II PREFACE
les étoiles. C'est ce qui est arrivé pour Molière au milieu de ses comédiens. Le Maître a pris pour lui tous les rayons. Il n'en reste plus pour les autres.
Et cependant qu'étaient-ce que ces gens qui ont vécu eôte à côte avec le poète pendant trente ans, mangé à sa table, souffert de ses peines et ride ses joies? N'étaitîl pas curieux, après avoir étudié et admiré le Maître, de connaître et d^admirer les disciples ?
Et puis, n'ont-ils pas contribué à la gloire immortelle de leur chef, et ne leur revient^il pas une petite part ? Demandez à nos auteurs d'aujourd'hui la collaboration qui existe entre le poète et le comédien.
Un instant nous avions eu l'intention d'appeler cette étude: les Collaborateurs de Molière, Ce titre eût été mal interprété et paru un peu prétentieux. Nous y avons renoncé.
Or donc quand, de nos jours, un Augier, un Labiche, un Dumas, un Sardou écrit un rôle en vue de tel ou tel artiste, pourquoi n'admettez- vous pas que Molière ait écrit un rôle pour Lagrange, pour M"' De Brie, pour Armande Béjart? 11 n'a pas fait autre chose.Nous le prouverons tout à l'heure à chaque page.
Pour bien comprendre le répertoire de Molière, il est indispensable de savoir pour qui ces rôles furent écrits et par qui ils furent créés.
J'exagère? Alors enseignez-moi pourquoi l'on
PREFAGB III
dit que Jodelet est pâle, qu'Ergaste est gros, queLaflèche est boiteux. Si je sais que ces rôles ont été créés, l'un par Jodelet, qui Jouait toujours avec de la farine sur le visage, Tautre par Du Parc qui était rond comme une futaille, l'autre enfin par Louis Béjart, qui était devenu boiteux par suite d'un accident, tout me sera expliqué; ainsi du reste.
Mais où trouver leur histoire, celle de leurs débuts, de leurs chutes ou de leurs succès ? Je me mis à chercher. Ce n'était pas facile, je Tavoue. Je pris d'abord la Galerie historique des acteurs du Théâtre Français par Lemazurier (Paris 1810). Mais je découvris bientôt que beaucoup de noms étaient oubliés, et que> dans les biographies succinctes qu'on y trouvait, il y avait presque autant d'erreurs que de pages.
Je me rejetai alors sur la Galerie historique des porr traits des Comédiens de la troupe de Molière, gravés à l'eau-forte par Frédéric Hillemacher. Mais, comme le titre l'indique, ce n'est qu'une série de portraits très remarquables du reste, et chaque portrait n'est accompagné que de quelques lignes biographiques, empruntées la plupart du temps à Lemazurier déjà cité. Je n'étais guère plus avancé.
J'avais déjà jeté les bases de cet ouvrage lorsque parurent: les Comédiennes de Molière, par Arsène Houssaye. Je crus alors que mon livre avait vécu. Il n'en