LES DU CROISY, BRÉCOURT, LA THORILLIÈRE, HUBERT
Nous retrouvons encore La ThorillièTe sous les traits d'Bali, le turc esclave dans le Sicilien, et nous arrivons à parler du voyage qu'il fit à Lille en compagnie de Lagrange pour demander au roi de lever la défense qui frappait Tartuffe. Nous avons déjà parlé de ce voyage à Tarticle qui concerne Lagrange. Le premier président M. de La Moignon avait défendu la pièce. Le roi se trouvait au siège de Lille. Il fallait choisir deux comédiens de bonne compagnie et sachant bien se présenter auprès du roi, pour ifaire valoir la réclamation. Molière choisit sans hésiter Lagrange et La Thorillière. On connaît la réponse du roi qui fit dire qu'à son jretour il examinerait la pièce.
Ce voyage avait lieu en août 1667.
A rexemple de son camarade Brécourt, La Thorillière se piquait un peu de littérature ; c'est ainsi qu'il fit jouer sur le théâtre du Palais-Royal, le 2 décembre de la même année, une certaine Cléopâtre que l'on joua onze fois en attendant la première A' Amphitryon. On la reprit encore dans la suite. Nous ne croyons pas que celte pièce ait été imprimée, ce qui nous prive du plaisir d'apprécier La Thorillière comme auteur dramatique.
Dans Tartuffe, point n'est besoin, n'est-ce pas, de demander l'emploi tenu par ce raisonneur par excellence ; il joua Cléante beau frère d'Orgon,
Quel autre comédien pouvait mieux représenter Jupiter que La Thorillière? Ne vous étonnez donc pas non plus de le retrouver sous les traits du maître des dieux dans Amphitryon,
Mais ce qui surprendra davantage, c^est la distribution * de George Dandin, pièce dans laquelle on affirme que La Thorillière joua Lubin. Nous avons déjà dit que Brécourt jouait les rois et les paysans. C'était Tusage assure-t-on.Nous ne comprenons guère cet usage,et tant que la chose ne sera pas prouvée par un document certain, nous aurons de la peine à nous représenter La Thorillière, ce grand et bel homme, à Tair martial, aux yeux superbes, sous les traits du petit paysan et trop nAt Lubin.
Parmi les rôles créés encore par La Thorillière dans le répertoire de Molière, nous pouvons citer Dora7ite dans le Bourgeois géiitilhomme, le Roi dans Psyché^ Trissotin dans les Femmes sava?itesy et peut-être M. Fleurant dans le Malade imaginaire.
Il avait encore joué Créo?i dans la Thébaïde de Racine (1664) et Porus dans Alexandre (1665).
Molière meurt à Timproviste, et voilà la troupe dans le plus grand embarras. C'est La Thorillière qui sauvera la situation; en dix jours il a appris le rôle i'ArgaUy et le 3 mars le Malade imaginaire reparaît sur l'affiche avec La Thorillière remplaçant Molière. On ne lui avait pas laissé le temps de pleurer son maître et son ami. L'état de comédien a de ces dures nécessités.
Cependant son goût et sa nature le portant davantage vers le tragique, La Thorillière se tourna de préférence vers l'Hôtel de Bourgogne où il ne tarda pas du reste à succéder à Lafleur qui mourut le 24 octobre 1674.
Molière mort, rien ne retenait plus La Thorillière au Palais-Royal. Il quitta la troupe à Pâques 1673 et passa