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LES DU CROISY, BRÉCOURT, LA THORILLIÈRB, HUBERT

de Guénégaud, cette fois, la Cassette; cette pièce avait nécessité quelques frais, car malgré la recette de la première représentation, recette qui s'éleva à 441 livres

10 sols, les sociétaires ne touchèrent rien, abandonnant leur part pour couvrir les dépenses.

La Cassette ne réussit pas, car elle ne fut jouée que trois fois.

Brécourt n'avait toujours que demi-part. Mais il y eut du changement le 19 juin 1684 par ordre du roi et de madame la Dauphine. Les uns restèrent à part entière comme ils étaient; les autres furent augmentés. Brécourt fut dans ces privilégiés et toucha depuis cette époque une part entière. Il ne devait pas en profiter longtemps.

11 avait fait jouer, le 13 août 1684, une pièce nouvelle à Guénégaud, Timon, dont nous avons déjà parlé. Cette pièce eut quelque succès, car on la retrouve assez souvent sur l'affiche. Lemazurier nous dit qu'il se rompit une veine par les efforts qu'il fit en représentant à la cour le principal rôle de sa comédie de Timon, et mourut des suites de cet accident vers la fin de février 1685. Là encore, il est permis de douter, car Lagrange qui note bien exactement sur son Registre les représentations au théâtre et à la cour, inscrit cette dernière représentation de Timon le 17 décembre 1684 à Versailles, devant la cour, et ne nous fait part de la mort de Brécourt que le 23 mars 1685. Si Brécourt s'était rompu une veine le 17 décembre, il est peu à supposer qu'il eût vécu jusqu'au 28 mars suivant, c'est-à-dire plus de trois mois après son accident.

Nous allons emprunter à M. Jal le récit des derniers

moments de Brécourt : Se sentant malade, et désespérant de revenir à la vie, Brécourt fit prier le curé de Saint-Sulpice de venir le voir. M. Claude Bottu de la Barmondière se rendit rue dô Seine, au logis du comédien qui se confessa et demanda les derniers sacrements. Le curé consentit à les lui administrer, à la condition cependant que le moribond signerait un acte de renonciation à son état qui le séparait de TÉglise. Guillaume Marcoureau ne résista pas au désir manifesté par M. de la Barmondière ; on fit venir trois ecclésiastiques en présence desquels le curé rédigea l'acte en question, qui, le 15 mars 1685, fut signé par Brécourt et par les quatre témoins (Registres de Saint-Sulpice). Brécourt vécut encore treize jours, et le 28 mars il rendit le dernier soupir.

Le lendemain, un vicaire inscrivit au registre de Saint- Sulpice la déclaration suivante: € Le 29* jour du dit € mois (mars 1685) a esté faict le convoy, service eten- € terrement de Guillaume Marcoureau, comédien de la € troupe du roi, qui avait renoncé à la Comédie par acte, « dont la copye est cy-dessous, âgé de quarante-huit € ans, mort le 2&' de mars, demeurant rue de Seine, « aux Trois Poissons, et ont assisté aud. enterrement € François Du Perrier, son nepveu, André Hubert et € autres amis. (Signé) François Du Perrier et Hubert. >

Nous avons cité tout au long ce passage pour faire voir quels étaient les rapports des comédiens et du clergé au siècle du grand roi.

Bien que Chappuzeau dans son Théâtre français ait consacré tout un chapitre à Y assiduité des comédiens

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aux exercices pieux ^ nous afBrmant qu'ils se gardaient bien d'y manquer les dimanches et les fêtes, ne représentant la comédie qu'après que roffice de ces jours-là était

achevé, on peut conclure cependant de ce qui précède que les prêtres ne donnaientpas les derniers sacrements aux comédiens avant de leur avoir fait signer une renonciation à leur état.

Il nous reste à dire quelques mots dé la femme de Brécourt, qui était aussi au théâtre, mais qui ne fit jamais partie de la troupe de Molière. Brécourt avait en effet épousé Estiennette Des Urlis, sœur de Catherine Des Urlis dont nous avons trouvé déjà le nom dans l'énumération des comédiens qui firent partie de y Illustre Théâtre. Les deux sœurs étaient actrices au ttéâtre du Marais. Lors de la jonction des troupes en 1680, M"' Brécourt déjà retirée du théâtre, figure

pour une pension de 1.000 livres dans la liste des comédiens retraités, et l'on ne sait trop rien de son talent. M"* Brécourt survécut vingt-huit ans à son mari. Elle mourut à l'âge de quatre-vingt-trois ans, le 2 avril 1713, rue Sainte-Marguerite (Registres de Saint-Sulpice).

Nous avons vu que le 10 juin 1662, un autre acteur du Marais entrait au Palais-Royal avec Brécourt. Cet autre acteur était La Thorillière.

François Le Noir, écuyer, sieur de La Thorillière,bien que l'on trouve son nom souvent écrit Torillière, naquit vers 1626 ; à Tépoque de son mariage, en 1658, il était capitaine d'une compagnie de gens de pied dans le régiment de Lorraine et maréchal de camp. On voit par là qu'il n'embrassa le parti de la comédie que fort tard, puis-

qu'il avait déjà trente-deux ans lorsqu'il épousa Marie Petit-Jean, âgée de vingt et un ans, € fille de Pierre € Petit- Jean, bourgeois de Paris,et de Marie Bidot,demeucrant rue de Poitou. » Or, ce Pierre Petit- Jean, bourgeois de Paris, n'était autre que Laroque qui administrait la troupe du Marais, et qui y jouait lui-même. Le mariage du capitaine atec la fille du comédien fut, à n'en pas douter, une mésalliance, et ce qui le prouve bien, c'est qu'aucun parent de La Thorillière n'assista au mariage.

Deux ou trois ans après cette union, et peut-être même bien plutôt encore, La Thorillière a déposé l'épée et chaussé le cothurne. Grand, bel homme, bien fait, il était prédestiné pour jouer les rois, et c'est dans cet emploi qu'il va débuter aux côtés de son beau-père. Laroque excellait plus dans l'administration que dans la comédie ; mais intelligent, éloquent, brave au besoin, Laroque avait encore l'emploi d'orateur dans la troupe du Marais, emploi dont il s'acquitta à merveille pendant vingt-sept ans.

Avec une protection semblable La Thorillière entra au Marais par la grande porte que lui tenait ouverte à deux battants son beau-père.Nous avons dit que La Thorillière se maria en 1658. Or son entrée au théâtre doit se placer vers 1660 ou 1661, puisque le 10 avril 1660, il se qualifie encore, c capitaine au régiment de Lor- € raine, demeurant rue de Bretagne » et le 16 avril 1661 € cy devant capitaine au régiment d'infanterie de Lor- € raine. »

Faisons remarquer en passant que tous ses biogra-

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phes, jusqu'à ce jour, Tonl toujours qualifié « capi- « taine de cavalerie » on ne sait trop pourquoi, — ou . plutôt si, parce que Lemazurier Tavait dit, et que tous les autres l'ont recopié sans contrôler le fait.

Notre ci-devant capitaine ne resta pas bien longtemps au Marais. Que s'était-il passé entre lui et Laroque? Peut-être rien". Ou les comédiens du Marais regardaient-ils d'un mauvais œil ce gentilhomme officier, gendre de Tadministrateur, entré dans la troupe comme par passe-droit? Toujours est-il que La Thorillière quitta le Marais pour le Palais-Royal. D'un autre côté Molière, qui prévoyait la retraite prochaine de TEspy, était ravi de cette nouvelle acquisition. La Thorillière en effet était un homme précieux ; les seigneurs et les rois de tragédie n'abondaient pas dans la troupe, riche surtout en acteurs comiques. La Thorillière venait combler cette lacune. De plus il était homme de bonne compagnie, et cela ne déplaisait pas au Maître, qui y regardait maintenant à deux fois avant d'introduire une nouvelle recrue dans cette espèce de cénacle,nous allions dire de famille.

Cependant La Thorillière a besoin encore d'apprendre son métier. Ce n'est pas à trente-cinq ans que l'on s'improvise comédien. Aussi, bien qu'entré dans la troupe le 9 juin 1662, ne le voyons-nous créer un rôle pour la première fois dans le répertoire de Molière qu'en octobre 1663, le rôle de La Thorillière dans V Impromptu de Versailles ; encore fait-il bande à part, sous la qualification de marquis fâcheux^ et il ne fait pas partie des comédiens bien connus de la cour et de la ville à qui

Molière donne des conseils ou décoche des traits de satire. La Thorillière était trop neuf ; Molière le sent bien, et une allusion à son adresse n'eût pas été comprise.

Le premier rôle un peu sérjeux créé par La Thorillière est celui de Géronimo dans le Mariage forcé. Cet emploi rentre assez dans le genre dit des raiso7i?ieurs, et c'est bien là l'affaire de Tex-capitaine. Quand il ne sera pas roi dans la tragédie, il sera raisonneur dans la comédie. D'une manière comme de l'autre, il en imposera toujours par s^ prestance.

Le sérieux de son caractère n'a pas tardé à le faire apprécier bientôt de tous ses camarades. Dès 1664, on le charge volontiers de certaines mesures administratives — Lagrange ne peut pas tout faire — et c'est ainsi que nous « le voyons compter avec toute la traupe « des sommes qui «lui avaient été mises entre les mains pour lescasimpré- « vus. Il est demeuré reliquataire de la somme de 22 li- « vres qu'il a donnée à M. Baraillon sur ce qui est dû. >

Ce Baraillon est le costumier du théâtre. .

Dans la Princesse d'Elide, La Thorillière joue d'original i4rô«^e, gouverneur du prince d'Ithaque, encore un raisonneur, et dans les plaisirs de Vile enchantée^ nous le retrouvons sous les traits de YAiitomnCy « avantageu- « sèment vêtu > nous dit la relation, et qui plus est,

.« monté sur un chameau. >

On ne saurait dire ce qu'il joua dans Don Juan puisque la tradition donne le rôle û.^ Don Louis k Louis Béjart, mais il créa le rôle immortel de Philintè dans le Misanthrope^ et ce rôle seul suffirait pour qu'on se souvînt de La Thorillière.

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