LES DU CROIS Y, BRÉCOURT, LA THORILLIÈRE, HUBERT
deux petites Grâces qui descendent du ciel avec Vénus dans une grande machine. Quelques biographes affirment que Tune de ces Grâces était M"' Dancourt, c'està-dire Thérèse, et non pas Charlotte qui était Taînée. Nous le voulons bien, mais nous préférons dire que ce fut une des deux filles de La Thorillière, qui avaient alors huit et dix ans. •
La Thorillière décéda rue du Renard, le 27 juillet 1680, et fut enterré le lendemain à la paroisse Saint- Sauveur. M. Jal nous déclare qu'il n'a jamais pu retrouver l'acte d'inhumation de sa femme. Avant de quitter La Thorillière, qui était gentilhomme, mentionnons par curiosité ses armes qui étaient : « d'azur aune hure « de sanglier de sable (noire), accompagnée de trois « glands de sinople (verts). > (Armoriai de Paris, Ms. B. Nat. t. IL p. 1027.)
Lorsque Brécourt quitta Molière pour entrer à l'Hôtel de Bourgogne en 1664, il fut remplacé par Hubert. On n'a presque rien dit sur Hubert, dont on ne connaît même pas l'état civil, puisque ses actes de baptême et d'inhumation n'ont pas été retrouvés.
On sait qu'il s'appelait André, et c'est tout. Quel âge avait-il quand il entra dans la troupe en 1664 ? C'est un mystère. 11 devait être jeune assurément. Lemazurier le fait mourir le 19 novembre 1700.
Hubert était au Marais quand Molière alla Ty découvrir. Brécourt parti, la troupe manquait encore une fois de second comique. Brécourt avait repris en partie l'héritage de Jodelet ; Du Parc était sur son déclin et allait s'éteindre quelques mois après. 11 fallait un jeune
homme à la mine éveillée, vif, espiègle, futé, naïf au besoin, un Pierrot, un Lubîn, un maître Jacques. Molière jeta son dévolu sur Hubert.
Il est à supposer que Hubert fut un peu Télève de Molière ; Hubert avait fait ses premiers pas sur le théâtre du Marais, mais que de choses encore il avait à apprendre ! Et puis Hubert réalisait pour Molière un bien autre rêve.
A cette époque l'emploi de duègne n'existait pas encore, ou plutôt était tenu par un homme.
Aucune femme n'aurait voulu se charger déjouer M"* Femelle ou M"* Jourdain,
Le temps n'était pas encore si loin oîi les rôles de servantes dans la comédie et la farce, et ceux des nourrices dans la tragédie étaient tenus par des hommes à l'Hôtel de Bourgogne. La licence des propos que l'on faisait tenir par les servantes dans la farce était un peu la cause de cet usage. La comédie s'était épurée avec Corneille et Molière. Mais la coutume n'en demeurait pas moins en vigueur. Hubert, qui eut pour successeur Beauval, dans cet emploi, fut un des derniers acteurs chargés de ces rôles au théâtre. U faut dire aussi que sa voix, son physique et sa tournure s'y prêtaient à merveille.
Le premier rôle créé par Hubert au Palais-Royal fut celui â'Iphitas, père de la princesse, dans la Princesse d'Elide, Ce rôle n'est pas bien compromettant. Puis il trouve sa vraie voie avec Pierrot dans Don Juan^ ^"« Pernelle dans Tartuffe (rôle que l'on dit aussi avoir été tenu par Béjart le cadet), Maj/rc Jacques dans l'Avare^
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ilf"» de Sotenville dans George Dandin, Lucette dans M. de Pourceaugnacy Anaxarque dans les Amants ma" Sftiifiques^ if"** Jourdain dans le Bourgeois gentilhomme, Cléomène dans Psyché, Ar gante dans les Fourberies de Scapin, M. Thibaudier dans la Comtesse d'Esearbagnas, Philaminte dans les Femmes savantes. Après lecture de cette liste, il est incontestable que Hubert avait réussi dans ce genre. Hubert était tout à la fois le second comique el la duègne de la troupe.
Mais si Brécourt a laissé une réputation de bravoure, et Béjart de présence d'esprit, Hubert, au dire de Grimarest, en a laissé une de poltronnerie, devenue légendaire. Il est vrai que les bourgeois de Paris qui payaient leur place au parterre, n'avaient rien à voir là dedans. Pourvu que Hubert fût bon acteur et qull sût bien son rôle, ils s'en allaient contents d'en avoir eu pour leur argent.
Or donc,la comédie fut envahie, un beau jour,par les mousquetaires, les gardes du corps et les chevaulégers, qui entraient auparavant sans payer et à qui les comédiens réclamaient maintenant le prix de leurs places, de par Tordre du roi. Nous avons déjà parlé de cette bagarre, à l'article de Louis Béjart, qui calma les fureurs par quelques mots dits à propos. Mais tandis que Molière et Louis Béjart cherchaient à calmer les rebelles, le pauvre Hubert était plus mort que vif. Laissons la parole à Grimarest:
« Le bruit et les cris avaient causé une alarme terri- € bledansla troupe ; les femmes croyaient être mortes; € chacun cherchait à se sauver, surtout Hubert et sa
€ femme, qui avaient fait un trou dans le mur du Palais- « Royal. Le mari voulut passer le premier, mais parce € que le trou ii*était pas assez ouvert, il ne passa que € la tête et les épaules; jamais le reste ne put suivre. On € avait beau le tirer de dedans le Palais-Royal, rien « n'avançait ; et il criait comme un forcené par le mal € qu'on lui faisait^ et dans la peur qu'il avait que quelque € gendarme ne lui donnât un coup d'épée dans le der- « rîère. Mais, le tumulte s'étant apaisé, il en fut quitte « pour la peur, et l'on agrandit le trou pour le retirer « de la torture où il était.
€ Quand tout ce vacarme fut passé, la troupe tint « conseil, pour prendre une résolution dans une occa- « sion si périlleuse. € Vous ne m'avez point donné de « repos, leur dit Molière, que je n'aie importuné le Roi € pour avoir l'ordre qui nous a mis tous à deux doigts « de notre perte ; il est question présentement de voir ♦ ce que nous avons à faire. > Hubert voulait qu'on «. laissât toujours entrer la maison du Roi, tant il appré- « hendait une seconde rumeur. Plusieurs autres, qui ne « craignaient pas moins que lui, furent du môme avis. € Mais Molière, qui était ferme dans ses résolutions, « leur dit que puisque le Roi avait daigné leur accorder « cet ordre, il fallait en pousser l'exécution jusques au « bout, si Sa Majesté le jugeait à propos, et « je pars « dans ce moment, leur dit-il, pour l'en informer. » « Ce dessein ne plut nullement à Hubert, qui tremblait « encore. >
On sait que Tordre fut maintenu et que la maison du Roi paya pour voir la comédie.
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On a vu qu'il est question, dans ce récit, de la femme de Hubert ; mais elle ne faisait pas partie de la troupe, à moins que ce ne fût comme figurante, costumière î ou habilleuse. Il faut rendre cette justice à Hubert, qull fut un des fidèles à la tradition de Molière.
Lorsque la troupe se démembra par suite de la mort de son chef, Hubert suivit Lagrange et devint, pour ainsi dire, son second. Si Lagrange était Tadministrateur en chef, Hubert était comme une manière de régisseur.
On a peu parlé de Hubert, malgré toutes ses qualités, et la raison en est bien simple. Hubert n'est pas un bruyant, c'est un modeste. Hubert ne fera pas un éclat, comme Baron, ne quittera pas la troupe, comme La Thorillière, ne se fera pas mettre en prison pour dettes, comme Brécourt; voilà pourquoi, talent à part, on ne parlera même pas de Hubert comme on a parlé de Brécourt et de La Thorillière.
Conservé à la jonction des troupes en 1680, Hubert figure sur la liste à part entière, à charge cependant de payer pension. On connaît Tusage établi : sur les vingtsept acteurs, les uns étaient à part entière sans charges, les autres à part entière payant pension, c'est-à-dire •prélevant sur leurs gains la somme nécessaire pour payer les pensions des comédiens retraités, et enfin les autres étaient à demi-part. Il faut ranger Hubert dans la deuxième catégorie.
En 1683, survint une autre combinaison. Hubert restera toujours à part entière, à charge de payer une somme fixe de 571 livres. 13, sols, par an, à la troupe.
188 LKS C0MKDIKN3 DS LA TROUPE DR MOLIÎSRE
Enfin, en 1685, c'est Hubert, à son tour, qui demande à quitter la troupe et qui est mis à la pension. Dancourt et Raisin cadet héritèrent de la part de Hubert.
Mais Dancourt dut payer à son tour 750 livres à Hubert, à valoir sur sa pension annuelle de 1000 livres.
Hubert vécut donc ainsi encore une quinzaine d'années, et s'éteignit soit à Paris, soit en province, puisque Ton n'a pas retrouvé trace de son inhumation sur les registres des paroisses. Nous avons répété, sans pouvoir la contrôler, la date de sa mort, donnée par Lema^urier, 19 novembre 1700.
Tel fut Hubert, comédien paisible, mais fin acteur comique, et de ceux dont une troupe s'honore, car de tels collaborateurs de second plan lui sont souvent plus qu'utiles, nous voulons dire indispensables.
En mettant à l'écart Armande Béjart, Baron et les Beauval. dont nous nous occuperons plus loin, qui nous reste-til donc à citer pour compléter la troupe de Molière ?
Eh! mon Dieu! les passants, ceux d'un jour, les gagistes, les bouche-trous peut-être, et ceux-là ne sont pas nombreux, car Molière n'aimait pas les inconstants et les chercheurs d'aventures. Son théâtre n'était point une hôtellerie. C'était une famille, où l'on vivait trente ans, et dont l'on ne sortait — à quelques exceptions près — que par la retraite ou la mort.
Nous avons dit, à l'article de Lagrange, ce que nous pensions de M"* Marotte. On a voulu en faire une actrice spéciale de la troupe de Molière. Pour nous, M**