‹ Histoire des comédiens de la troupe de MolièreChapitre 36 sur 60 · MADEMOISELLE DB8BR0SSB · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DB8BR0SSB

Venez donc lui parler, tout le monde s'enroue Pour lui faire entendre raison.

DANCOURT

Mais peut-être, en a-t-U quelques-unes.

BfADBMOISELLB BEAUYAL

Lui? bon !

Ses raisons ne sont pas meilleures que les nôtres? La pièce est sue, il faut la Jouer, vous dit-on. Appuierez vous, monsieur, ses raisons?

DANCOURT

Pourquoi non Vous m'avez déjà fait presqu'approuver les vôtres.

MADEMOISELLE BEAU VAL

Mordlenne I monsieur, finissez.

Je n'aime pas qu'on me plaisante, Avec votre sang-froid...

DANCOURT

Que vous ôtes charmante, Lorsque vous vous radoucissez !

LES BBAUVAL 275

MADBMOISBLLB BBAUVAL

Je suis la douceur mômet et Je ne me tourmente

Que quanf] les choses ne vont pas Selon mes intérêts ou selon mon attente.

Mais quand on me fâche, en ce cas, Je deviens vive et Je suis pétulante.

Regnard ne devaîl-il pas connaître à fond le caractère de Tactrice qui eut llnsigne honneur de créer dans son répertoire la Nérine du Joueur, et la Lisette des Folies amoureuses ? D'ailleurs c'était assez l'usage au xvii* siècle de mettre en scène les acteurs sous leurs propres noms, et de leur faire dire en face du public leurs petites vérités.

Molière, lui-même, n'avait-il pas écrit YImpromptu de Versailles pour être joué devant le roi? M»* Beauval, avec son caractère difflcile et ses nombreux travers ne devait pas échapper à cette sorte de confession publique, et en ce qui la concerne Regnard ne faisait que suivre l'exemple de Baron, le camarade de théâtre de M"' Beauval, qui déjà l'avait peinte au naturel dans son prologue du Rendez-vous des Thuilleries,

Le rôledeZ/Wc//^ des Folies amoureuses Ajersnii être le dernier rôle joué par elle sur le théâtre de ses succès.

Après trente-quatre ans de service à Paris, M"* Beauval apprit un jour que Mu* Desmares, qui avait joué à Versailles avec quelque succès, venait de recevoir un ordre du Dauphin pour apprendre ses rôles et doubler son emploi. « Je vois bien que cet ordre est pour me « faire entendre que je ne suis plus capable de remplir € mon emploi, dit -elle à ses camarades, aussi je me € retire. »

Ni prières, ni supplicatioDS ne purent lui faire changer d'avis. Elle demanda son congé, et Tobtint, ainsi que celui de son mari ; et tous deux se retirèrent à la fermeture de Pâques 1704.

Elle avait eu vingt-quatre enfants, et jamais, si ce n'est le temps de ses couches, elle n'avait cessé de faire exactement son service au théâtre.

Si ses camarades avaient pu se plaindre de son caractère, ils n'avaient pa: pu au moins se plaindre de son service.

On dit qu'elle savait à pe "^ lire, et que son mari était

forcé de lui copier ses rôles u une certaine façon afin

qu'elle pût les apprendre. Et cette anecdote, si exagérée

qu'elle paraisse, pourrait bien av^ ijuelque semblant de

vérité, si nous en rapprochons ce ^ ^ssage du prologue

de Regnard déjà cité :

Ma foi, monsieur. Je vous admir^^ *

U semble aux gens, parce qu'ils sa-'f'nt lire.

Qu'on ne saurait parler aussi bien ■ uz.

Si le fait est vrai, il est assez plaisant de voir le moucheur de chandelles de la troupe de Paphetin apprenant à épeler à la soubrette I

M"* Beauval vécut encore seize ans après sa retraite, et ne s'éteignit que le lundi 20 mars 1720, âgée d'environ soixante-treize ans.

On l'avait vue reparaître à de rares intervalles sur une scène d'amateurs dans les fêtes données par la duchesse du Maine, dans son château de Sceaux. Beauval était mort, lui, depuis 1709.

Eh bien ! parmi ces vingt-quatre enfants, dont quel-

ques-uns moururent dès le berceau, mais dont beaucoup aussi survécurent, un seul ou du moins une seule, une fille, embrassa la carrière du théâtre. Elle aussi, quoique bien jeune, devait faire partie de la troupe de Molière, et en être la dernière survivante, ce qui d'ailleurs était dans Tordre régulier des choses dlci-bas.

Car elle était bien jeune, la petite Louise Pitel de Beauval, lorsqu'elle créa le rôle AeLoiiisoîi dans le ^alade imaginaire. On place sa n dssance à Lyon en 1665, et, comme le Malade fut représenté en 1673, elle avait donc huit ans. .'i

Ses véritables débuts au théâtre ne devaient avoir lieu qu'en 1684. Mais, bien que fille d'une comédienne de talent, elle ne sor jamais de la médiocrité. Sa laideur venait encore^ ./paraît-il, augmenter ses défauts. Elle ne resta pas hiuins à la comédie, où elle tenait l'emploi de confident^b ■ Elle se retira du théâtre au bout de trente-quatre '*"■§ de service, comme sa mère, mais y laissa moins regrets. Elle eut également la pension de mille livres.

Louise Pitel, le petite Louison de Molière, se maria trois fois : la première avec Jacques Bertrand, maître perruquier; la seconde avec François Deshayes, ayant charge à la cour, la troisième avec l'acteur Beaubourg, son camarade. C'est pourquoi, en 1685, elle figure sur la liste de la Comédie, sous le nom de Bertrand.

Elle mourut au mois de juin 1740 à l'âge de soixantequinze ans. Depuis bien longtemps déjà, c'était la seule actrice qui pût se vanter d'avoir connu Molière — et qui plus est — d'avoir jo\ié avec lui.

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Avec elle disparaissait aussi sans doute la dernière des Beauval, des Beauval qui avaient donné au théâtre une comédienne illustre, la servante de Molière, la forte en gueule de Regnard, Nicole^ Toinette, Lisette^ ces trois mattresses-femmes ; — un comédien modeste, mais utile à son rang, — le Thomas Diafoirus immortel ; — et une enfant dont le nom ne serait sans doute jamais passé à la postérité, si elle n'avait été pour Molière, sa « petite Louison ».

APPENDICE

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