‹ Histoire des comédiens de la troupe de MolièreChapitre 35 sur 60 · AR6AN · texte numérisé non relu

AR6AN

TOINETTE

ARGAN

TOINETTE

ARGAN

TOINETTE

ARGAN

Tais-toi donc, coquine, que Je te querelle.

Nous ne voulons pas abuser de ces citations. Mais n'est-il pas bien évident que l'auteur avait en vue la Beauval, en écrivant ces lignes, et ne les écrivait que pour elle ?

Si Ton ajoute à ces rôles ceux de Cidippe dans Psyché (1671) et de/i//i>dans Isl Comtesse d'Escarbagnas{iS72)^ nous aurons énuméré toutes les créations de M'"* Beauval dans la troupe de Molière.

Après la mort de l'illustre poète, M"' Beauval passa avec son mari à l'Hôtel de Bourgogne. C'est là que nous la retrouvons en 1677, jouant d'original le rôle d'Œnone dans la Phèdre de Racine.

Lorsque les troupes furent réunies en 1680, M"® Beauval créa encore nombre de rôles importants. Nous nous contenterons d'énumérer les principaux :

LES bbàuyal 271

1686 Marton de VHomme à bonnes fortunes et Marton de la

Coquette, 1691 Gatau du Grondeur et Marine du Muet, 1693 Justine du Fto^teur, Nérine du Joueur et Lisette du Distrait. 1700 Cléanthis de Démocrite.

1702 Frosine du Double Veuvage et Mysis de VAndrienne. 1704 Lisette des Folies amoureuses.

Outre remploi de soubrette dans la comédie, M"* Beauval tenait encore celui de reine dans la tragédie, car Tusage voulait alors que chaque artiste parut dans les deux genres. C'est ainsi qu'elle joua Fatime, princesse de Grenade, dans Zaîde de La Chapelle, et Orithie, reine de Tauride, dans YOreste de Boyer et Leclerc, mais ce n'est pas au titre d'actrice tragique que M"' Beauval devra passer à la postérité.

Son humeur,fort difficile à supporter, lui attira comme on pense une foule de désagréments avec ses camarades de théâtre. M. Arsène Houssaye, pénétrant dans sa vie privée, nous fait cx)nnaître des pièces de procédure retrouvées aux archives dans lesquelles nous la voyons se colletant avec ses femmes de chambre. Nous nous contenterons de retracer avec Regnard le fond du caractère de cette servante maîtresse par excellence.

Nous avons dit plus haut qu'elle créa le rôle de Lisette dans les Folies amoureuses. Mais ce que Ton ignore assez généralement, c'est que cette pièce comportait à l'origine un prologue, supprimé dans presque toutes les éditions de Regnard, et que ce prologue mettait en scène M"* Beauval sous son propre nom.

Laissons la parole à Regnard :

MADEMOISELLE BEAU VAL

Qui! moi, chercher querelle? H6 bien! la médisance!

Parce que naturellement, Avec simplicité, je dis ce que je pense;

Que J'avertis le public bonnement, Qu'une pièce n*a rien du titre qu'on lui donne.

DANGOURT

Ouf, vous êtes tout à fait bonne !

MADEMOISELLE BEAUVAL

Hé bien ! monsieur, pourquoi me chagriner?

Vraiment, Je vous trouve admirable !

On me lait passer pour un diable.

Moi, qui, comme un mouton, suis facile à mener.

DANGOURT

su est ainsi, laissez- vous donc conduire.

Rentrez dans les foyers, songez à commencer.

MADEMOISELLE BEAUVAL

Commencer, moi ! non, vous avez beau dire.

DANGOURT

De grâce...

MADEMOISELLE BEAUVAL

Là dessus, rien ne peut me forcer.

DANGOURT

Mademoiselle...

MADEMOISELLE BEAUVAL

Ah ! oui I VOUS saurez m'y réduire !

DANGOURT

Quoi...

MADEMOISELLE BEAUVAL

Je ne jouerai point, monsieur.

LES BEAUVAL Zl'i

DANCOURT

Maison dira...

MADEMOISELLE BEAUVAL

Mais on dira monsieur, tout ce que l'on voudra.

DANCOURT

La bonne cervelle!

MADEMOISELLE BEAUVAL

Il est drôle I J'aurai chaussé ma tôte, et l'on me contraindra ! Ah I vous verrez comme on réussira^l

DANCOURT

Si...

MADEMOISELLE BEAUVAL

L'on me contredit, mais ce qui m'en console Jouera le rôle qui pourra.

DANCOURT

Mais si vous ne Jouez, la pièce tombera ;

Et pour ne point Jouer un rôle.

Il faut avoir des raisons, sll vous plaît,

MADEMOISELLE BEAUVAL

J'en ai. Monsieur, une très bonne.

DANCOURT

Et c'est?

MADEMOISELLE BEAUVAL, tfèS VUC,

J'en ai, \ous dis- Je, et Je ne suis point folle.

Je n'en démordrai point, en un mot comme en cent.

Votre discours devient lassant.

Vous me prenez pour une idole ; Vous croyez me pétrir comme une cire molle,

Mais vous êtes un innocent.

Et votre éloquence est frivole.

Vous avez beau parler, prier, être pressant.

Je ne saurai jouer; J'ai perdu la parole.

DANCOURT

Il y parait.

274 LB8 G0MÉDIBN8 DB LA TROUPB DB MOUBRE

Une autre actrice, M"* Desbrosses vient les avertir que Fauteur a changé dldée, et qu'il ne veut plus laisser représenter sa pièce. C'est assez pour que M"* Beau val veuille la jouer immédiatement :

MADEMOISELLE BBAUYAL

on ne la Jouerait pas?hô! pourquoi, je vous prie? L'auteur Tentend fort bien, il serait beau, ma fol, Que messieurs les auteurs nous donnassent la loi!

Oh ! contre sa mutinerie, Puisqu'il le prend ainsi, je me rAvolte, moi, Pour le faire enrager, je prétends qu'on la Joue.

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