CHAPITRE VIII
Vendredi, chair ne mangeras, ni le samedi mêmement.
Ce commandement, qui dans nos catéchismes français clôt la série, est comme une prolongation du précédent. Il prescrit l'abstinence de la chair le vendredi et le samedi de chaque semaine. Comparées à celles des premiers siècles, ses exigences sont bien modestes : l'observance en est plus modeste encore ; depuis longtemps la pratique ne répond plus à l'énoncé de la loi, si même elle y a, d'une manière générale, jamais répondu.
Phénomène bizarre I son histoire n'est pour ainsi dire que celle de ses déchéances, et tandis que nous avons vu quelques-uns des préceptes précédents se former peu à peu, se développer, puis se fixer définitivement quand ils avaient atteint leur développement complet, celui-ci, très développé à l'origine, n'a fait que se restreindre et se réduire, à mesure que les siècles s'accumulaient, jusqu'à n'être plus qu'une ombre de ce qu'il fut
Ce sont les étapes de cette déchéance que nous allons étudier.
Uabstinenee du mercredi. — Mais avant d'étudier l'histoire du vendredi, il nous faut jeter au moins un regard, en passant, sur son compagnon des premiers siècles, marqué des mêmes abstinences, et aujourd'hui disparu presque complètement, le mercredi. Aujourd'hui, quand on parle de l'abstinence hebdomadaire, deux noms de jours s'associent aussitôt dans notre mémoire : le vendredi et le samedi; autrefois, le nom du samedi était remplacé par celui du mercredi.
Le lecteur connaît déjà le texte de la Didachéj où l'on met en opposition avec le jeûne du lundi et du jeudi observé par les « impies » celui des chrétiens fixé au mercredi et au vendredi ^ . Plus tard des récits monastiques nous disent « que saint Pacôme voyait les anges du mercredi et du vendredi accompagner le cercueil d'un homme qui avait jeûné ces deux jours ^ ». A Rome, il est vrai, le pape Innocent I" n'en parle pas, mais l'observance du mercredi n'en est pas moins mentionnée, en Occident et en Orient, durant plusieurs siècles encore. En Occident, le c. IX du concile de Mâcon de 583 l'associe au vendredi et au lundi comme jour de pénitence pendant le carême particulier qui va de la Saint-Martin à Noël ^ ; dans