Bruns, t. I, b
En Occident, ils sont aussi exclus d'une manière générale de ce qu'on nomme les cîbi quadragesimales, les aliments de Carême. Toutefois, au ix^ siècle se produit un relâchement très sensible. On a vu plus haut que Théodulfe d'Orléans n'attribuait pas une extrême importance à la question des aliments, pourvu qu'on s'attachât essentiellement à sauvegarder le jeune. Si on l'eût poussé un peu, il eut peut-être même concédé l'usage de la viande à ceux qui sans cela ne pouvaient jeûner. A plus forte raison accorde-t-il l'usage du laitage et des œufs. « Celui qui peut s'abstenir d'œufs, de fromage, de poissons et de vin, fait, dit-il, preuve de grande vertu; quant à celui qui ne peut pas s'en abstenir, qu'il en use. Le principal, c'est qu'il observe le jeûne jusqu'au soir et qu'il ne boive de vin qu'autant qu'il en faut pour restaurer ses forces. Mais s'abstenir de lait, de beurre et d'œufs et ne pas jeûner, c'est pure folie ^ . »
Ce texte est important, car, avec un autre passage de Bède antérieur d'un demi-siècle, il montre qu'en Occident on devenait moins sévère en matière d'abstinence. Et Jonas, le successeur de Théodulfe, semble
!• « Qui vero ovis, caseo, piscibus et vino abstinere potest, magnae virtutis est; qui autem his, aut infirmitate interveniente, aut quolibet opère, abstinere non potest, utatur. Tantum ut jejunium usque ad vesperum soleraniter celebret ; et vinum non ad ebrietatem, sed ad refectionetn corporis sui sumat. A caseo vero, lacté, butyro et ovis abstinere, et non jejunare, dementissimum est, et omni ratione semotum. vini enim ebrietas etluxuria proliibita sunt, non lac et ova. Non enim ait Apostolus : Noliie comedere lac et ova, sed : Nolite inebriari vino, in quo est luxuria. » Theodulphi CapîiMZœ,c.xt.P.L. t. GY, 204.
attacher moins d'importance encore au choix des aliments, quand il dit qu'il y a plus de vraie pénitence à prendre en minime quantité des chairs délicates, qu'à se gonfler d'aliments permis ^ .
Aux théories de Théodulfe et de Jonas correspondait la pratique des peuples : Énée de Paris l'avoue dans sa discussion contre les Grecs et même il plaide à ce sujet les circonstances atténuantes. « Dans une partie de l'Italie, dit-il, on s'abstient trois jours par semaine d'aliments cuits, et l'on se contente de légumes et de fruits des arbres qui abondent dans ce pays ; mais il faut bien permettre une autre nourriture aux habitants des pays qui n'ont pas ces abondantes ressources. La Germanie, en général, ne s'abstient pas de lait, de beurre, de fromage et d'œufs pendant tout le Carême, à l'exception de ceux qui le font spontanément 2. » Le concile de Quedlimbourg, deux cents ans plus tard, dut prendre une décision spéciale pour interdire en Carême les œufs et le fromage^. De même, en Italie, la règle de Pierre de Honestis ne prescrit l'abstinence des œufs et du laitage que pendant certaines périodes spéciales de l'année, et jamais aux fêtes à neuf leçons''; or notons qu'elle est faite pour des clercs tenus à des observances plus rigoureuses que le commun des fidèles.
i. De In&titut. laicali, 1. I, c. x. P. L., t. CVI, 139 et suiv.