Hïst. eccles., LY, c. xxii
3. « Ut habeant monachi... pinguedinem ad esum excepte sexta feria et viginti diebus ante nativitatemDomini et Bcptimana illa quae
viande, nul ne doute qu'il ne fût compris dans l'exclusion de la chair. Pourtant, sur ce point comme sur le précédent, l'Église a introduit dans sa discipline de légers adoucissements. D'ailleurs, depuis plusieurs siècles on a toujours traité diversement la chair proprement dite, et ses dérivés comme le lard et la graisse. Les théologiens abondent sur cette matière en discussions, en controverses et en détails précis, et les opinions les plus opposées en appelaient également à la coutume. Enfin, l'Eglise a jugé utile de ramener par des induits la paix et le calme dans les consciences. Tous les ans, dans nos diocèses, le Mandement de Carême fait état de ces induits pour permettre, depuis quelques années, l'usage d'assaisonnements au gras pour tous les jours sauf le vendredi saint. A ces adoucissements nous en avons joint d'autres qui eussent fort étonné nos ancêtres. Le concile de Laodicée recommandait la xérophagie, c'est-à-dire, en particulier, l'abstinence de tout ce qui était chair ou en provenait, durant tout le Carême ^ . Sans aller aussi loin, toute la discipline ancienne excluait la viande en Carême, même le. dimanche, et l'on a pu constater plus haut les scrupules de l'archevêque de Braga s'adressant au pape Innocent 111 pour lui demander quelle pénitence il doit infliger à ses malheureux diocésains qui, dans un temps d'horrible famine, où une grande partie de la popur
ante Quadragesimam vocatur Quinquagesima. » Capitulare monasiicum, c. XXII. BoRETius, t. I, 345.
i. c. L, cité dans Gratien, c. vm. D, ni, t?e Consea^atione.
lation mourait de faim, s'étaient vus contraints de manger de la viande en Carême. Le pape donna la solution que réclamaient le bon sens et la pitié : ces malheureux ne méritaient aucune pénitence, puisque, dans ce cas, la nécessité les excusait de toute faute ^ Mais le fait seul que l'archevêque se crut obligé de poser la question montre avec quelle rigueur on excluait en Carême l'usage de la viande.
Nous avons beaucoup changé depuis lors. La viande fut d'abord tolérée , puis permise , le dimanche, au moins pendant la majeure partie du Carême. Nos anciens se souviennent encore de l'époque où l'usage en était interdit complètement à partir du vendredi de la Passion. Plus tard, de nouvelles dispenses permirent peu à peu de joindre au dimanche le mardi et le jeudi de chaque semaine jusqu'au jeudi avant le dimanche des Rameaux. Vers le commencement du pontificat de Pie IX, on ajouta aux jours dispensés de l'abstinence le lundi '^; encore quelques années, l'usage de la viande , en ces quatre jours, est permis jusqu'au mercredi de la semaine sainte exclusivement. Enfin, le sa medi lui-même, excepté celui des Quatre-Temps et la veille de Pâques-, a été enfin compris dans les mê-
1. « Quum autem quaesieris, quae sit illis poenitentia injungenda, qui diebus quadragesimalibus quo tempore lantae famisinedia ingruebat, quod magna pars populi propter inopiam annonae periret, carnes comedere sunt coacti, libi breviler repondemus quod in tali articuio illos non credimus puniendos, quos tam urgens nécessitas excusavit... » c. Consilimn, X, de Observ. jejunîoriim, dans Friedbevg, Corpus Juris, t. H, qui donne le texte complet.
2. Je trouve l'indication dans le mandement de W Morlot, archevêque de Tours, pour lé Carême de 1847.
mes dispenses. Hors de France, des induits plus larges sont parfois concédés. Nos pères ne reconnaîtraient plus, dans nos abstinences réduites pour ainsi dire au minimum , leurs abstinences ni leur Carême d'autrefois.
L'abstinence du laitage et des œufs. — Ils ne, le reconnaîtraient pas mieux en ce qui concerne l'abstinence des œufs et du laitage. A l'origine, en effet, on vient de le voir par le texte du concile de Laodicée, l'abstinence atteignait tout ce qui constitue ou peut constituer la vie : les œufs et le laitage sont évidemment exclus. Ils l'étaient dans le jeûne-abstinence de la semaine sainte, tel que le décrivent les Constitutions apostoliques et la Didascalie^ puisque les seuls aliments permis sont le pain, le sel, les légumes et l'eau. Ils l'étaient, d'après le IV* concile de Tolède qui ne permet que le poisson et les légumes ' , et d'après saint Isidore qui cite, à côté du conseil de saint Paul de s'abstenir de viande et de vin, cet autre : que celui qui est infirme se nourrisse de légumes (Rom., xiv, 2)2.
Ils l'étaient avec une rigueur toute particulière en Orient, où le canon LVI du concile in Trullo reprend avec hauteur les Arméniens et les autres chrétiens qui osaient se servir d'œufs et de fromage comme aliments, les samedis et dimanches de Carême ^.
4. « In quibus etiam praeter piscem et olus, sicut in illis quadraginta diebus, ceteris carnibus abstinetur... » Conc. Toleù. (633), c. XI. BnuNS, t. I, 226.