‹ Histoire des commandements de l'eglise [microform]Chapitre 130 sur 141 · Fleury, op. cit., ch. xi · texte numérisé non relu

Fleury, op. cit., ch. xi

qui a crû sous ses yeux et par ses mains, il ne peut le faire qu'après l'avoir envoyé moudre dans le moulin et cuire dans le four de ces mêmes hommes. C'est à leur faire des rentes que passe une partie du revenu de son petit domaine, et ces rentes sont imprescriptibles et irrachetables.

« Quoi qu'il fasse, il rencontre partout sur son chemin ces voisins incommodes, pour troubler son plaisir, gêner son travail, manger ses produits ; et, quand il a fini avec ceux-ci, d'autres, vêtus de noir, se présentent qui lui prennent le plus clair de sa récolte ^ . » On a dit plus haut dans quelle mesure il est vrai que la dîme prend au paysan « le plus clair de sa récolte » ; mais, survenant la dernière parmi tant de redevances, elle paraissait la plus onéreuse : les précédentes soulevaient l'exaspération, celle-ci l'achevait.

La dîme sera-t-elle jamais rétablie à l'état d'impôt de proportion? Il est permis d'en douter. Elle n'existe sous cette forme dans aucun pays chrétien. En France, les lois de la Révolution, à commencer par celle du 21 septembre 1789, la supprimèrent, en même temps qu'elles abolissaient les droits féodaux.

Dans les régions où elle s'est conservée comme impôt véritable avec obligation codifiée on se contente souvent de ce que chacun peut donner. C'est au cœur que l'on s'adresse, ce ne sont plus les biens euxmêmes que l'on taxe. La dîme personnelle, qui disparut la première, est seule ressuscitée, au moins

1. Tocqueville, l'Ancien régime et la Révolution, liv. H, c. i.

dans son esprit, et récemment le Souverain Pontife a marqué très clairement aux évêques de France combien lui déplaisait l'idée d'une redevance taxée, imposée aux fidèles, et corroborée d'une sanction ^

Déjà, au seizième siècle, dans le diocèse de Cologne, on invitait les fidèles, sans doute afin de suppléer à l'insuflisance des dîmes, à faire chacun, quatre fois par an, à Noël, Pâques, Pentecôte et Assomption, l'offrande de deux deniers 2. C'est sous une forme analogue que se fait chez nous la quête pour le denier du culte. La générosité, dont les catholiques de France ont toujours fait preuve, sera la collaboratrice de la Providence et nous pouvons avoir pleine confiance en Celui qui ne laisse manquer de rien même les petits des oiseaux.

1. Lettre du cardinal Merry del Val, du 8 octobre 1907, aux évêques de France.

2. Conc. Colonien. (1S36), paravni», c. vi.Mansi, t. XXXII, 1270.

TABLE DES CONCILES

Page 1