PromptaBibliothecacanonica,etc., \° Festa, n
3, benedict. XIV, Const. Ciim semper.
qui réduisaient l'observance des fêtes en maintenant l'obligation d'assister à la messe, avaient soin d'ajouter que l'obligation persistait pour le curé d'appliquer la messe pro populo.
Mais, comme les motifs invoqués en faveur du peuple ne présentaient pas, quant au clergé, les mêmes caractères d'urgence, quand fut supprimée l'obligation du peuple, on n'en maintint pas moins celle du curé et si, dans la pratique, celle-ci ne fut pas toujours observée fidèlement, les souverains Pontifes ne se lassèrent pas de la rappeler. Le 3 mai 1858, Pie IX, par la Constitution Amantissimi, renouvelait en termes très nets l'énoncé de cette loi : L'obligation de célébrer et d'appliquer la messe pro populo ^ disaitil, est imposée à tous les curés, non seulement les dimanches et aux fêtes maintenues, mais encore aux fêtes supprimées depuis la Constitution d'Urbain VIII^
Cependant, les papes n'ignoraient pas que cette partie de la loi était, comme la précédente, d'institution ecclésiastique et que le législateur suprême pouvait modifier ou abroger ce que la coutume ou la loi avait créé. Quand des besoins semblables à ceux qui
1. « Declaramus, statuimus atque decernimus, Parochos aliôsque omnes ammarum curam actu gerentes sacrosanctum Missae sacrificium pro populo sibi commisso celebrare et applicare debere tum omnibus dominicis aliisque diebus, qui ex praecepto adhuc servantur, tum aliis etiam qui ex hujus Apostolicae Sedis indulgentia ex dierum de praecepto festorum numéro sublati ac translati sunt, quemadmodum ipsi ammarum curatores debebant, dum memorata Urbani VHi Constitutio in pleno suo robore vigebat, antequam festivi de praecepto dies imminuerentur et transferrentur. »
avaient motivé les réductions de fêtes en faveur du peuple se manifestèrent en ce qui concerne les œuvres générales de TEglise, les papes consentirent à des réductions équivalentes. Aussi, depuis un certain nombre d'années, afin de créer à l'Église les ressources pécuniaires dont elle a besoin, divers induits, dont le nombre va en se multipliant, permettent aux curés de recevoir, moyennant des conditions très expressément indiquées, pour la célébration de la messe aux jours des fêtes supprimées, des honoraires qu'ils verseront aux œuvres vitales de leur diocèse.
Résumé. — Tel fut le processus de ce que l'on nomme le deuxième commandement de l'Église. L'origine de nos fêtes chrétiennes remonte donc aux origines mêmes de l'Eglise, àla Résurrection du Christ qui forme la clef de voûte du christianisme, à la Pentecôte qui lui donna ses premiers convertis. Ces fêtes, toutefois, coïncidant avec le dimanche, ne lui surajoutèrent aucune obligation nouvelle : ce ne fut qu'un dimanche plus solennel. Puis on célébra, aux jours où ils tombaient, les anniversaires des martyrs, la naissance ou Epiphanie du Sauveur dont l'incidence fut indépendante du dimanche, les dédicaces d'églises, enfin d'autres fêtes sans attache particulière et réelle à une communauté chrétienne.
Dès l'origine il y eut donc des fêtes universelles et des fêtes locales ; des fêtes plus solennelles : Noël, l'Ascension, l'Epiphanie, l'anniversaire du grand martyr diocésain ou national, v. g. saint Cyprien en Afrique, de saint Martin, en France, etc., et des fêtes
moins solennelles : les anniversaires des autres martyrs. On les célébrait avec les mêmes rites que le dimanche : réunion liturgique et une certaine abstention du travail. Mais aucun texte législatif ne marque de quelle nature était l'obligation qui imposait l'accomplissement de ces rites.
A mesure que l'Eglise prend plus d'empire sur les âmes, l'obligation se précise et s'étend. Chaque diocèse conserve toutefois sur l'acceptation ou l'institution des fêtes une large indépendance; les fêtes ne lui sont presque jamais imposées par une loi universelle, mais plutôt par un concile provincial, par des souvenirs particuliers ou de fraternels échanges avec les diocèses voisins.
Peu à peu, la multiplication des fêtes en vient au point d'enlever dans certains diocèses plus de cent jours par an au travail des mains : les pauvres qui ont besoin de gagner leur pain chaque jour souffrent. Par pitié pour eux des conciles ou la coutume font en leur faveur des catégories de fêtes où le chômage est restreint. Cette mesure de miséricorde n'arrête pourtant pas le relâchement qui s'accroît dans la proportion où diminue l'influence de l'Église. On fut forcé de faire plus large la part du feu et, pour conserver l'observation complète des fêtes principales, d'abandonner les autres à la dévotion des fidèles plus pieux.
Plusieurs considèrent sans doute comme une sorte de profanation cette décadence progressive d'institutions vénérées : on peut regretter, en vérité, ce retour en arrière que rendaient nécessaires les conditions
économiques et la situation religieuse de nos sociétés modernes ; mais, en réalité, il n'y a en tout cela aucune profanation. L'Église, maîtresse absolue de son calendrier, adapte aux nécessités des temps une loi qui fut longtemps plus ou moins incertaine, qu'elle avait su accommoder, dans le xiii^ siècle, aux exigences des pauvres et longtemps auparavant, vers le vin®, à la bonne volonté mal affermie des peuples à demi convertis. Nous revenons aux premiers siècles. Le culte de Dieu ne sera point frustré si nos contemporains savent sanctifier le nombre restreint de nos fêtes avec les mêmes sentiments de ferveur que l'on attribue aux âmes chrétiennes des temps apostoliques.