CHAPITRE XV
princesse pour la méinoire de son époux Fornand. — Ses actes nombreux de bienfaisance. • — Sa visite aux frères mineurs de Valenciennes. — Incidents divers.
— Mariage de Jeanne avec Thomas de Savoie. — Portrait de ce prince. — Le comte'et la comtesse de Flandre prêtent hommage au roi Louis IX. — Discussion à ce sujet. — Progrès des institutions politiques en Flandre. — Heure octroyée par Jeanne et Thomas à la châtellenie de Bourbourg, à celle de Fumes et à
• la terre de Berghes-Saint-Winoc. — Guerre on Br;ibant. — Le comte Thomas prend la ville de Bruxelles et fait prisonnier le duc de Brabant. — Guerre au comté de Namur. — Maladie de la comtesse Jeanne.
— Elle se retire à Tabbaye de Marquette. — Sa résignation et sa piété. — Son testament. — Sa mort édifiante. — Avènement de Marguerite de Constantinople aux comtés de Flandre et de Hainaut.
L'année même de la mort du comte Fernond, le pape Grégoire IX fit prêcher une croisade contre une sorte d'hérétiques que l'exemple et J'influence des Albigeois, sans doute, avaient suscités aux environs de la ville de Staden en Allemagne.
Les Stadinghen, comme on les appelait, du nom de la cité où ils prirent naissance, devenaient d'autant .plus à craindre que le peuple commençait à être rempli pour eux d'une naïve admiration, d'une pieuse terreur, à cause du stoïcisme qu'ils manifestaient en présence de la mort. On racontait qu'ils adoraient le diable sous la forme d'un chat\ qu'ils ne poussaient aucun cri quand on les tuait, et qu'on ne voyait aucune goutte de sang sortir de leur corps. On disait bien d'autres choses encore. Dans ce temps de fanatique superstition, le prosélytisme faisait de rapides progrès. La papauté se hâta d'y mettre ordre.
A la voix du souverain pontife, Florent, comte de Hollande, le duc de Clèves et Henri, duc de Brabant, prirent les armes contre les hérétiques qui déjà s'étaient livrés à de graves excès. La comtesse de Flandre avait été sommée de se joindre à la croisade. Elle y envoya l'avoué de Béthune et Guillaume son frère, Arnould d'Audenarde, Rasse de Gavre, Arnould, sire de Materne, son frère, Thierri de Beveren, châtelain de Dixmude, Guillebert de Sotteghem et plusieurs autres. Tous ces chevaliers combattirent avec acharnement. Philippe Mouskes rapporte qu'Arnould d'Audenarde,
(1; Ph. Mouskes, Chron. rimée, v. 2S20S.
ne pouvant faire charger contre les Stadinghen son cheval bardé de fer, les aborda à reculons, et que, s'abattant au milieu d'eux, il en occit un grand nombre. Déroutés, poursuivis à travers les marais et les bois, ils périrent presque lous; ceux qui avaient échappé au massacre se noyèrent dans les marais ou dans les flots du Weser.
Des historiens ont dit, d'autres après eux ont répété que Jeanne n'avait jamais eu d'enfants. C'est une erreur. De son union avec Fernand, mais seulement lorsque ce prince fut délivréde sacaptivité, naquit une fllle qui eut nom Marie, sans doute en souvenance de sa grand'mère Marie de Champagne, la digne épouse de l'empereur Bauduin. Cette enfant, héritière de Flandre et de Hainaut, avait même été promise en mariage à Robert P"" , comte d'Artois , frère de saint Louis. Mais elle mourut trop jeune, le jour de Saint-Etienne, en août 1234^.
Une résignation pleine de douceur et de piété préside aux actes qui signalèrent le veuvage de la comtesse de Flandre. Ses premiers soins, après le trépas du comte Fernand, furent d'exécuter religieusement les dernières volontés de ce prince. Mais elle ne s'en tint pas là. Dans la seule année 1233, elle répandit tant de bienfaits sur les pauvres, les hôpitaux, les maisons religieuses, qu'il est aisé de reconnaître là les eff'ets d'une profonde sollicitude pour la mémoire de Fernand. L'expression de cet amour se retrouve à chaque instant dans les actes nombreux que renferment nos archives; et quant aux preuves des pieuses libéralités dont nous parlons, il faut aller les demander, car, sans doute, elles y sont vivantes encore, aux hôpitaux d'Ypres» d'Audenarde, de Saint-Jean à Bruges, de Notre- Dame à Gand, de Saint-Sauveur à Lille, de Saint-Antoine à Paris, à la Maladrerie de Lille dite de Canteleu ; aux abbayes de Saint- Aubert à Cambrai, de Marquette, à l'église Notre-Dame de Boulogne, à l'église des Frères-Mineurs de Valenciennes, ces vieux compagnons de guerre de l'empereur Bauduin^.
Ces oeuvres pies n'empêchaient pas Jean-
(2) Arch. de Flandre.
(3 Ilid. pass'm.