‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 18 sur 236 · ARNOUL-LE- VIEUX · texte numérisé non relu

ARNOUL-LE- VIEUX

BAUDUIN III

devait lui devenir funeste à lui-même, car il y trouva la mort*.

Le comte Arnoul ne prit point une part personnelle aux tragiques événements de la guerre suscitée entre son neveu Raoul et les enfants d'Herbert de Vermandois. En ce temps-là des remords et des pensées d'expiation agitaient son esprit. « Réfléchissant, dit la chronique, combien la discipline avait été jadis florissante à l'abbaye de Saint-Bertin, et combien elle dépérissait sous sa gestion, songeant au péril de son âme, car il était alors atteint d'une maladie grave, il résolut d'après les conseils d'un vertueux abbé de Brogne, nommé Gérard, de résigner ses fonctions abbatiales et de rétablir Saint-Bertin dans sa règle primitive^. » Il réforma en même temps plusieurs monastères, et prêta un grand soin aux intérêts religieux de la Flandre.

Mais des événements se préparaient en France qui allaient rappeler de nouveau le marquis des Flamands sur la scène politique. Lorsque Louis d'Outremer eut en son pouvoir le jeune duc Richard, que les Normands lui avaient si imprudemment confié, il l'emmena dans sa forte ville de Laon. Afin de ne pas trop éveiller les susceptibilités, il feignit de conserver une grande horreur de l'assassinat du duc Guillaume, et de vouloir en tirer vengeance ainsi qu'il l'avait hautement annoncé au peuple de Rouen. Le comte Arnoul lui-même craignit que le roi se crût dans la nécessité de faire quelque démonstration hostile contre la Flandre. Il lui envoya donc à Laon dix livres d'or pur ; et, pour donner à la conscience du monarque une satisfaction que celui-ci pût invoquer, le cas échéant, il lui jura qu'il n'avait en rien trempé dan§ l'assassinat de Guillaume, offrant de nouveau, de se purger de l'accusation par l'épreuve de l'eau froide ou bouillante, ou par le fer rouge ^. Le roi saisit cette occasion pour absoudre entièrement le marquis, et le jeune Richard fut gardé plus étroitement que jamais. Il parvint néanmoins à s'échapper quelque temps après, grâce au dévouement d'un de ses chambellans, nommé Osmond, qui le cacha dans une

(i; Voir ci-dessus, pnge 26.

(2) Chart. Sith. 143. (3) Chr. des ducs de JV. i, 545.

botte de foin, le prit dans ses bras et l'enleva au galop de son cheval sans qu'on pût l'atteindre''.

Après sa délivrance, Richard fut pendant quelque temps en butte aux ambitieuses tentatives de Hugues-le-Grand, comte de Paris, et de Louis d'Outremer, qui, furieux d'avoir perdu une si belle proie, cherchait à la reprendre par force. Ces deux rivaux s'unirent même un instant contre l'héritier de la Normandie ; mais leur alliance fut de courte durée. Harald, roi des Danois établi dans la Grande-Bretagne, avait amené par mer des secours à ses compatriotes et repoussé les princes coalisés. A la suite d'une entrevue avec Harald, entrevue qui, loin d'amener la paix, se termina par un massacre, Louis fut fait prisonnier et remis aux mains de Hugues-le-Grand, naguère son allié, qui profita d'un changement de fortune pour changer de politique. Afin de se soustraire au pouvoir de Hugues, Louis fut obligé de renoncer à ses prétentions sur la Normandie et de donner la ville de Laon où il faisait son séjour habituel et qui était la plus considérable de ses possessions. Peu de temps après, le comte de Paris, n'ayant pu rien enlever par la force des armes au jeune Richard, songea à ménager le mariage de ce riche souverain avec une de ses filles.

Louis d'Outremer l'apprit ets'en émut. Une telle union ajoutait, en effet, à la puissance déjà fort redoutable des comtes de Paris. Le roi manda le marquis des Flamands pour aviser avec lui aux moyens d'empêcher le mariage. Il fut décidé que Louis réclamerait le concours de l'empereur Othon, son beaufrère ; et Arnoul se chargea de l'aller trouver lui-même en Allemagne pour le décider à entrer en France avec une armée. L'empereur se rendit à l'invitation du marquis, et arriva bientôt à la tête de nombreux hommes d'armes.

Louis, désormais en position de prendre l'offensive, se jeta sur les terres des fils d'Herbert de Vermandois, alliés des Normands ; puis, renforcé par l'arrivée de l'empereur, il se dirigea sur Reims. Le comte Arnoul et Erluin de Montreuil avaient réuni

(4) Ibid,

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