‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 181 sur 236 · UIS DE NEVERS OU DE CRECI · texte numérisé non relu

UIS DE NEVERS OU DE CRECI

impitoyable dans l'exercice des droits seigneuriaux. Le comte lui-même, malgré la douceur de son caractère et peut-être même à cause de cette douceur , n'était guère propre à gouverner un peuple si fier et si turbulent ; il eût fallu à cette nation agitée un souverainplein d'expérience, plein d'énergie, et toujours présent au milieu d'elle ; ces séjours continuels en France amenaient de déplorables résultats.

On devait à tout prix mettre fin à des troubles sans cesse renaissants. Le comte prit enfin le parti de se rendre à Gand, où se tinrent des conférences qui avaient pour objet le rétablissement de la tranquillité publique. Robert de Flandre d'une part, les Gantois et les gens d'Ypres de l'autre, ayant été choisis pour arbitres, le pays se calma pour un moment en attendant l'issue de ces délibérations, c'est-à-dire depuis le dimanche de la Passion, 24 mars, jusqu'à la fête de saint Barnabe en juin 1325. Les arbitres travaillaient activement à la pacification du comté ; mais l'effervescence populaire souflrait impatiemment tant de contrainte ; la populace armée et guidée par Zanekin et Janssone prit tout à coup une altitude menaçante. Elle renouvela avec amertume ses anciennes plaintes contre la noblesse, qui, disait-on, avait fait massacrer à Zudscoote et ailleurs plusieurs hommes du peuple. Les arbitres réunis à l'abbaye des Dunes le jour de saint Barnabe s'occupaient paisiblement de la tâche difficile qui leur était imposée, lorsque Zanekin et Janssone, suivis de la multitude furieuse, se présentèrent aux portes du monastère et inspirèrent aux arbitres une telle terreur qu'ils n'osèrent pas prononcer la décision convenue entre eux.

La guerre civile était donc plus imminente que jamais. Les gens de Furnes et ceux de Courtrai se mirent de nouveau en campagne. Vainement le comte Louis, qui se trouvait à Ypres, fit-il punir du dernier supplice quelques coupables saisis par ses troupes ; vainement appela-t-il auprès de lui les gentilshommes ses vassaux, au nombre de quatre cents. La ville de Courtrai, qu'il voulait retenir dans le devoir, fit alliance avec les Brugeois, dont l'audace et l'indépendance

croissaient de jour en jour. Le comte, pour mettre obstacle à cette alliance redoutable, fit brûler la partie des faubourgs de Courtrai qui communiquait à la route de Bruges. Mais le vent du nord, qui soufflait alors fortement, reporta les flammes de l'incendie sur la ville même, franchissant et les remparts et la rivière de la Lys ; les principaux quartiers furent dévorés par le feu. Cet événement ne fit qu'accroître l'antipathie du peuple à l'égard de la noblesse et du souverain. Elle se transformait en une sorte de rage que rien, si ce n'est le sang et le feu, ne pouvait apaiser. Désormais c'était une guerre à mort entre le pays et ceux qu'il regardait comme ses tyrans les plus exécrables.

Lorsque le comte de Flandre, logé au sein même de Courtrai, aperçut les déplorables conséquences de l'expédient ordonné par lui, il songea, la mort dans l'àme, à s'échapper de cette ville embrasée, et voulut se retirer à Lille avec les délégués brugeois qu'il conservait toujours en otage. 11 se tenait tout armé à cheval, considérant les progrès de l'incendie et ceux de la tempête populaire. A ses côtés les captifs de Bruges étaient déjà liés sur une charrette' ; on allait partir. Mais le peuple informé de ce projet d'évasion, le peuple errant encore sur les débris fumants de ses habitations, se hâta de fermer les portes et se rua furieux sur cette noblesse qu'il accusait de félonie et de trahison. Le combat fut horrible. Les gentilshommes se défendirent avec une valeur héroïque ; mais le nombre les accablait : on les massacra sans pitié, les uns par le glaive, les autres sous le bâton, sous le marteau des artisans. Il y eut un moment où l'exaspération et la soif du sang furent telles que les vainqueurs ne distinguaient plus les nobles d'avec les roturiers ; ils tuaient tout, amis et ennemis. Le tocsin sonnait sans cessé et à grandes volées. Au bruit lugubre, les femmes échevelées parcouraient les rues en poussant d'épouvantables clameurs. Peu soucieuses d'éteindre l'incendie ou de sauver le reste de leur avoir, elles jetaient leurs meubles par les fenêtres pour empêcher la

(1) Chron. coni. Fl. 194.

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