‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 180 sur 236 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

fait inscrire sur les registres de la bourgeoisie. Il y avait acquis sur les mécontents une grande influence ; car, outre qu'il s'était signalé dans les précédentes révoltes , il savait émouvoir les masses par l'énergique indignation avec laquelle il retraçait les attentats portés aux libertés publiques ^ Ces deux chefs intrépides se mirent à la tête d'une bande nombreuse ; et, marchant eux-mêmes à pied comme le reste de la troupe, ils se présentent devant Nieuport, qui appartenait à Robert de Flandre. On les y reçoit sans la moindre difficulté. Il en fut de même à Furnes, où Nicolas Zanekin avait laissé de nombreux amis et où il était plus considéré que le comte de Flandre lui-même ou son oncle Robert. Chassé autrefois par la faction des riches, il n'en était que plus cher au bas peuple , qui voyait en lui, dit un historien, le véritable envoyé du CieP.

Robert de Flandre se trouvait dans la position la plus singulière. D'une part, il avait à défendre ses seigneuries contre les agressions populaires ; de l'autre, il devait prendre garde que la noblesse ne le crût affilié à ces associations plébéiennes pour lesquelles il semblait avoir montré d'abord quelque penchant. Zanekin et Janssone s'avançaient toujours sur le littoral pour gagner Dunkerque. Lorsqu'ils furent en vue de cette place importante, ils divisèrent leurs troupes en trois corps. Janssone commandait le premier avec les Flamands orientaux ; les seuls habitants de Furnes formèrent le second corps, en tête duquel Zanekin marchait triomphant; les gens de Nieuport composaient la troisième aile de cette armée tumultueuse, dirigée par un chef appelé Gautier Ratger. Robert de Cassel était accouru se jeter dans la ville de Dunkerque ; quelques seigneurs l'avaient suivi avec une poignée d'hommes d'armes : mais tout cela était bien chéiif, bien indolent, bien peu aguerri en comparaison de ces hommes formidables et déterminés qu'avaient ameiïés les deux tribuns.

Robert personnellement était un prince

(1) Citron, de Flandre, fol. cLXviii. v°.

(2) Chron. comilum Fl, 190.

courageux et magnanime. Il voulait tout d'abord se présenter presque sans armes devant les conjurés : déjà il avait fait une sortie, et, malgré le nombre immense des assiégeants qui s'offrirent à sa vue, il persistait à marcher au devant d'eux ; mais les nobles, qui affectaient un superbe dédain pour cette tourbe sauvage, s'efforçaient de retenir le prince. Enfin l'un d'eux, saisissant la bride de son cheval, le ramena de force dans l'intérieur de la ville, où il fut suivi de tous les cavaliers charmés de se soustraire avec lui au danger qui les menaçait. Le reste de la garnison, que la valeur de Robert avait vivement encouragé, voyant cette lâche retraite des seigneurs, passa complètement du côté des révoltés et leur prêta serment. Cette fois, chose rare, le peuple triompha sans répandre de sang.

Robert, la nuit venue, fit monter sa femme en croupe derrière lui, et regagna son château de TerwaeP.

A la nouvelle d'un tel succès les gens de Bruges, de Cassel, de Bailleul, de Thourout, de Roulers, de Courtrai firent cause commune avez Zanekin, qui dès lors s'arro- .gea comme la souveraine puissance, établit partout des chefs, des magistrats pour défendre les villes et villages contre la noblesse. La ville d'Ypres et son territoire étaient restés fidèles au comte; Zanekin se porta de ce côté et attendit à Poperingue les ordres du peuple brugeois, sans le bon plaisir duquel il n'eût osé rien entreprendre.

Et toujours les déprédations, les massacres, les incendies continuaient. Tous les domaines de la noblesse étaient en proie à la fureur révolutionnaire*. On n'épargna ni Casse), ni Dunkerque, principales seigneuries de Robert de Flandre. Le peuple vengea ainsi la mort de six députés du Franc de Bruges que l'on avait envoyés naguère vers ce prince â Zudscoote pour négocier de la paix, et que Robert, outré de colère, avait fait décapiter. La noblesse, il faut le dire, avait provoqué toutes ces atrocités; elle avait poussé le peuple à bout par ses exigences cupides, par son ardeur

(3) Chron. de Fl. fol. CLXix.

(4) Chron. comilum, Flandrensium, 191.

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