‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 186 sur 236 · CHAPITRE XXIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIi

Ardenbourg, cinq cents livres de rente ; Ostende, cent livres de rente et deux cents livres en une fois ; Alost, trois mille livres de rente ; Ysendyke, trente livres de rente ; Grammont, sept cents livres de rente et six mille livres en une fois ; Furnes, cent livres de rente; le territoire de Furnes ou Furnambacht, deux cents livres de rente. La plupart de ces villes eurent leurs franchises et privilèges modifiés ou renouvelés ; et quantité de bourgeois durent signer des actes de soumission au comte leur souverain seigneur et maître'.

Lorsque le roi eut ainsi fait rentrer la Flandre sous l'obéissance de Louis de Nevers, il appela ce prince au moment de retourner en France et 'lui dit : " Beau cousin, je suis venu ici avec mes barons et j'ai travaillé pour vous à leurs dépens et aux miens. Je vous rends votre terre acquise et en paix. Or faites tant que justice y soit gardée, et que par votre faute il ne faille plus que j'y revienne ; car si j'y revenais, ce serait alors à mon profit et à votre dommage^. »

L'interdit jeté sur la Flandre par ordre du pape avait été levé et la tranquillité publique paraissait complètement assurée, quand, au mois de février, l'on apprit que Zegher Janssone, qui, après la bataille de Cassel, avait trouvé moyen de se réfugier en Zélande, venait de débarquer à Ostende avec deux cents conjurés et s'était avancé jusqu'à Ardenbourg en préchant la révolte et tuant tous ceux qui ne voulaient pas prendre les armes et se joindre à lui. L'écoutète de Bruges mit aussitôt cette ville en état de défense ; et le bailli du comte se porta au-devant de Janssone avec une troupe nombreuse de cavaliers. L'ancien tribun était plein d'espoir et d'audace, car il comptait que sa présence seule suffirait pour soulever les Brugeois. On vint lui annoncer que le bailli s'approchait pour le combattre. » Tant mieux, dit-il, et plus il aura de monde avec lui. plus nous rencontrerons dans cette troupe d'amis et de compagnons d'armes^. ..

Il sortit d' Ardenbourg et se dirigea en

(1) Arch. de Flandre, pasfim.

(2) Les Gr. Chr. de France, v, 319, à la note.

(3) Chron. corn. FI. 208.

toute confiance au-devant des Brugeois. Mais quand il s'aperçut que le bailli n'avait avec lui que des cavaliers et aucun homme du peuple, il perdit courage et au premier choc s'enfuit avec les siens vers Ardenbourg. On le poursuivit et il fut pris, ainsi qu'une vingtaine de ses gens, vers un pont situé près du monastère de Saint-Arnoul. Amené vivant à Bruges, Janssone fut d'abord marqué d'un fer rouge sur tous les membres; on le traîna ensuite sur une claie par la ville jusqu'au gibet ; là on lui brisa les cuisses et les bras, on lui coupa la tète ensuite, et on suspendit son cadavre à une roue fixée au sommet d'un mât élevé sur la place du marché ; ses vingt complices furent torturés de la même façon. Un autre chef des révoltés flamands, appelé Guillaume Kane, s'était réfugié en Brabant. Il eut l'audace d'exciter le duc à faire la guerre au comte de Flandre : le duc le fit arrêter sur l'heure et conduire à Paris, où se trouvait alors Louis de Nevers . Guillaume Kane périt dans un supplice aff'reux. A Bruges, les exécutions continuèrent jusqu'au mois d'août; on décapita surtout beaucoup de bouchers : entre autres Guillaume Van Coukelare et Jacques Breydel, fils du fameux patriote Jean Breydel que le comte Gui de Dampierre avait jadis armé chevalier de ses propres mains ; mais dont la fin n'est pas bien connue.

Marié, en 1320, à l'âge de seize ans à peine, avec la jeune Marguerite de Flandre, Louis de Nevers avait toujours vécu .séparé de sa femme. Il s'était pris pour elle, dès les premiers jours de son union, d'une antipathie singulière. Quelles que soient les causes de cette répugnance, il parait qu'elles avaient cessé en 1327 ; car le comte manifesta le plus vif désir de se rapprocher de Marguerite, comme le prouve la promesse suivante qu'il adressa à Mahaut, comtesse d'Artois et de Bourgogne, aïeule de la princesse, et à Jeanne, reine de France et de Navarre, mère de ladite princesse. « Nous, Louis, comte de Flandre et de Nevers, faisons savoir à tous que, comme à notre requête, et prière, très-hautes et très-nobles, nos trèschères dames et mères, madame Mahaut, comtesse d'Artois et de Bourgogne, palatine et dame de Salins, et madame Jeanne, par

LOUIS DE NEVERS OU DE CRECI

la grâc3 de Dieu, reine de France et de Navarre, ont consenti et accordé que nous puissions emmener avec nous ou envoyer chercher notre très-chère et trcs-aimée compagne Marguerite, leur fille, et, pour ce que par quelques vraies conjectures elles craignoient que nous ne la traitassions pas bien et dûment, attendu que, quand nous l'emmenâmes autrefois en notre comté de Nevers, nous lui fîmes plusieurs griefs et duretés par inductions et exhortations mauvaises d'aucuns qui alors nous gouvernoient'; nous avons promis et promettons par notre lojal serment et en bonne foi, à nos très-chères dames et mères dessus dites, que notre très-chère ettrès-aimée compagne, tant comme elle sera en notre compagnie, nous traiterons amiableraent et courtoisement, aimerons de bon cœur et honorerons de tout notre pouvoir, et lui porterons bonne et loyale compagnie, et toutes ses nécessités pour son corps lui donnerons ei, administrerons, ferons donner et administrer bien honorablement et dûment, selon son état et le nôtre, et pour les gens de son service aussi en la manière que nos devanciers l'ont accoutumé. Item, que, à notre dite compagne, nous ne dirons, ferons, ni souffrirons faire ou dire vilenie, injure ou offense, et ni ne ferons commandement, prière ou exhortation qui puisse être contre son honneur ou état, etc. Donné à Poligny, l'an de grâce 1327, le 18'' jour d'octobre^. »

Marguerite mit pour la première fois le pied en Flandre au mois de septembre de l'année 1327. Elle y fut reçue avec de grandes démonstrations d'allégresse. Il y eut des jeux et divertissements de diverses espèces ; on représenta des mystères et allégories, et l'on joncha de verdure et de fleurs ces places publiques que des milliers de citoyens avaient naguère inondées de leur sang. La jeune comtesse alla résider avec son époux au château de Maie, près de Bruges, où elle donna enfin un fils au comte de Flandre.

Cet enfant naquit le 25 novembre 1330.

(1) C'est là le motif allégué par Louis, mais ries actes reposant aux archives de Flandre attestent une répulsion toute personnelle, sans cependant en expliquer la raison.

l2) Arch. de FI., copie parch. C. DE FL.

Sa naissance fut un grand motif de joie pour le pays. Son baptême se fit avec une grande solennité par Guillaume, évêque de Tournai, assisté de Pierre Roger, évêque d'Arras, qui devait un jour arriver au souverain pontificat sous le nom de Clément VI. On y avait également convié les abbés de Salnt-Bertln, de Saint-Bavon, de Bergues, de Salnl-Nicolasde-Furnes, ainsi que l'élite de la noblesse. Les parrains de l'enfant furent Jean, duc de Biabant, le comte deBlois et Gui de Flandre. La comtesse de Namur et Alise de Flandre, dame de Fiennes, furent les marraines.

Louis de Nevers redoutant toujours cette population séditieuse de Bruges, qui lui avait donné tant de soucis, modifia ses privilèges de manière à augmenter le pouvoir du souverain aux dépens de celui de la ville. Ainsi il se réserva la connaissance et la répression de tous les crimes et délits contre l'Eglise, contre l'écoutète, les magistrats, les receveurs ; s'attribua le droit exclusif de percevoir les amendes, de punir les émeutes et les crimes des faux monnayeurs ; de réformer les sentences des magistrats, lorsqu'il serait prouvé qu'elles avaient été rendues par corruption, haine ou faveur. Il fit plus : il divisa la ville pour la mieux maîtriser. Il en fit trois communautés différentes, à chacune desquelles il assigna des échevins particuliers et annuels. Cette institution fut appelée par le peuple, le mauvais j)rivilége. On n'en trouvait aucune copie ni chez les Brugeois , ni dans les archives du Franc ; mais l'original existait et il existe encore dans les archives des comtes à Lille.

Du reste plusieurs villes reçurent, comme nous l'avons dit, des lois nouvelles. Celles de Monikereede et d'Ostende furent soumises à la charte de Dam. Lombardsyde suivit la loi de Furnes. Les habitants de Dixmude obtinrent un échevinage dont le comte se réserva la nomination et qui avait pour chef un rmoaert, gardien spécial des droits du comte. L'ancienne charte de Grammont fut confirmée avec des modifications qui réservaient également au conseil du prince la connaissance de certains crimes : tels que les attentats contre le clergé et lès gens du comte, le rapt et la fausse monnaie.

Page 1