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CHAPITRE XXII

sentit enfin à se réunir, et une trêve fut arrêtée. Le roi de France offrit alors son arbitrage et convoqua les parties belligérantes à Amiens; il y rendit son jugement le 27 août 1334. Toutes les difficultés étaient résolues à l'exception de la plus grave, c'està-dire les prétentions contradictoires du duc de Brabant et du comte de Flandre sur Malines. Le roi, en attendant qu'il pût prononcer sur ce conflit, retint l'objet en litige sous sa garde. Cependant le duc et le comte firent, le 1" avril 1336, à Tenremonde, un traité de paix et d'alliance qui mit fin à toute contestation. Il j était stipulé, entre autres choses, que les deux princes posséderaient en commun la ville et la seigneurie de Malines, comme l'évêque de Liège et le comte de Gueldre en avaient joui. Marguerite, fille du duc de Brabant, fut alors fiancée au fils aîné du comte de Flandre, le jeune Louis, dit de Maie, lequel n'avait encore que trois ans.

La ville de Gand s'était toujours montrée assez favorable au comte, et, seule avec Audenarde, n'avait point participé à l'insurrection comprimée par la bataille de Cassel et ensuite si sévèrement punie. Cependant elle commençait à partager le mécontentement général. Elle s'apercevait bien que Louis de Nevers, trop préoccupé de la conservation de son autorité personnelle, ne songeait pas assez au bien-être et à la prospérité de son peuple ; et elle ne pouvait voir de bon œil l'arrière-petit-fils de Grui de Dampierre passer presque toute sa vie à cette cour de France, oti l'on avait tant de fois médité la ruine de sa famille et celle de la Flandre. Et puis, les vengeances combinées du roi et du comte, bien qu'elles n'eussent pas frappé les Gantois directement, n'en avaient pas moins blessé leur fierté nationale. Un incident fortuit vint rompre tout à coup les liens qui unissaient encore à Gand le prince et les sujets.

Un citoyen, nommé William van Artevelde, avait été, on ne sait dans quelle circonstance ni pour quel motif, gravement insulté par un habitant de Fleydinghe. Ce dernier, quelque temps après la dispute, vint à Gand régler certaines aff'aires. Van Artevelde se mit à le chercher afin d'en tirer

vengeance. Deux fois il l'aborda ; mais deux fois les sergents du bailli, sire Watier de Bederwane, l'empêchèrent de se jeter sur lui. Il prit alors une rue détournée, et, chemin faisant, rencontra deux tisserands de ses cousins. Van Artevelde déceignit son épée et, la présentant à l'un de ces hommes : " Cousin, dit-il, prenez cette épée et venez avec moi'. » Les sergents Walter et Peeters n'avaient point perdu de vue ce mouvement : ils s'approchèrent du bourgeois qui tenait l'épée et le sommèrent de la leur donner ; van Artevelde leur défendit de toucher à cette arme, qui était sienne, et, la querelle s'échauffant, beaucoup de monde s'attroupa dans le quartier. Le sang allait couler sans doute, lorsque messire Foukes de la Rose, notable et sage bourgeois, intervint au milieu du groupe où l'on disputait. « Eh quoi, William! dit-il à van Artevelde, voulez-vous luer ou faire tuer ces pauvres valets? » Il parla si doucement et si bien qu'on rengaina les armes déjà tirées hors du fourreau et que l'on s'en alla chacun de son côté sans coup férir.

Mais des rassemblements nombreux restèrent formés, et il y circulait de mauvaises rumeurs contre le prince, son bailli, ses sergents et même contre les magistrats municipaux. Alors les échevins firent, probablement à la réquisition du bailli, ordonner i van Artevelde, à ses deux cousins et même à maître Foukes de la Rose de se rendre à la prison de la ville. Or il faut savoir que Foukes était mal vu du bailli, parce que, aux dernières élections communales, ce citoyen, désigné par le comte pour, avec d'autres délégués, choisir les échevins, avait mis en avant plusieurs hommes du métier des foulons, qu'on regardait comme hostiles à l'autorité du prince. Ainsi Foukes, dont la conduite toute pacifique et conciliatrice avait empêché les officiers du comte d'être tués, se voyait traité de la même façon que les perturbateurs. 11 attendait avec ceux-ci le résultat de l'enquête ordonnée par le magis-'' trat, lorsqu'une multitude immense, se portant en armes contre la prison, en força

(1) Arch. de FI. Lettre autographe du bailli de Gand au comte de Flandre au sujet de la révolte des Gantois.

LOUIS DE NEVERS

l'entrée et le délivra ainsi que van Artevelde et les deux tisserands.

Le peuple ne se borna point à cette démonstration, il se rendit au Vieux-bourg, devant la maison des échevins, et réclama à grands cris l'abolition des tailles et des impôts'. Les échevins répondirent qu'ils en référeraient au comte ; mais qu'il fallait qu'on se retirât en paix, et que deux personnes de chaque paroisse revinssent avec les griefs du peuple couchés par écrit. Le bailli, Watier de Bederwane, dépêcha vers son maître un rapport de tout ce qui s'était passé, en le priant de venir au plus vite en sa ville de Gand, afin déjuger par lui-même de l'état inquiétant des esprits et de la situation périlleuse où se trouvait le pouvoir souverain. Le temps fixé pour la réélection des échevins approchait, et c'était un embarras de plus. On ne dit pas si Louis de Nevers vint de sa personne à Gand ; mais il pria le seigneur André évêque de Tournai, de se porter médiateur entre lui et la ville révoltée.

Une conférence fut assignée pour le samedi avant la Toussaint, dans l'abbaye d'Eechout à Bruges. Les députés du peuple gantois, savoir : maitre Jean de Latour, maitre Jean de Louvain, clercs ; Henri le Grutere, Evrard son frère, Raes de Varmuck, Guillaume son frère et plusieurs autres bourgeois vinrent exposer une longue série de plaintes et de demandes ; ce qui rendit l'arrangement trèsdifficile. On parvint néanmoins à s'entendre ; mais ce ne fut qu'au prix de bien des concessions et en s'aflfaiblissant beaucoup que l'autorité du comte put alors se maintenir à Gand 2.

LOUIS DE NEVERS. 1335-1340

Motifs de la guerre entre la France et l'Angleterre. — Les deux pays se disputent l'alliance des Flamands.

— Impopularité du comte. — Jacques van Artevelde.

— Ses discours et son influence à Gand. — Assemblée du Paddenhoek. — Van Artevelde est élu capitaine de la paroisse de Saint Jean. — Son entrevue avec le

(1) Arch. de FI. Orig. parch. scellé.

(2) Archiv. de FI. Acte du 7 novembre lS3ô,

comte. — Tentatives de ce dernier pour recouvrer en Flandre son autorité. — Négociations des Flamands avec le roi d'Angleterre au sujet du commerce des laines. — Excommunication. — Démonstrations hostiles du roi de France. — Supplice de Siger le Courtraisien.

— La commune de Gand prend les armes. — Combat de Biervliet gagné par van Artevelde contre les nobles. Philippe de Valois permet la neutralité aux Flamands et leur accorde la liberté de commerce. — Van Artevelde envoie chercher le comte de Flandre et rétablit son autorité. — Nouveaux efforts du roi d'Angleterre pour attirer les Flamands à lui. — Van Artevelde l'empêche de débarquer en Flandre. — Remontrances de ce tribun au comte, au sujet de son alliance exclusive avec le roi de France. — Louis de Nevers abandonne de nouveau son comté. — Sage administration de van Artevelde. — Ses entrevues avec le roi d'Angleterre à Anvers. — ■ Edouard, vicaire de l'empereur, s'allie avec le duc de Brabant, le comte de Hainaut et autres princes, et se porte en Cambrésis. — Prise de Thun-l'Evêque. — Sirge de Cambrai. — Le roi d'Angleterre lève le siège de Cambrai et se porte en Vermandois au-devant du roi de France. — Incidents divers. — Les deux armées en présence à Buironfosse.

— Elles se retirent sans combattre. ■ — • Le roi d'Angleterre revient à Bruxelles. — Nouvelles entrevues avec van Artevelde et les plus puissants bourgeois du pays. — Magnifiques promesses du monarque. — Scrupules des Flamands. — Ils conseillent à Edouard de prendre le titre et les armes du roi de France. — Edouard y consent et ils traitent avec lui. — Il retourne en Angleterre et adresse un manifeste aux vassaux et sujets de la couronne de France. ^ Charte conflrmative des dons et promesses qu'Edouard avait faits aux Flamands. — Continuation de la guerre en Hainaut et en Cambrésis. — La garnison de Tournai ravage les environs de Courtrai. — Van Artevelde se porte vers le Tournaisis. — Les comtes de Salisbury et de Suifolck sont surpris et faits prisonniers aux environs de Lille. — Van Artevelde renonce à son projet et revient à Gand, — Thun-l'Evêque assiégé par le duc de Normandie, fils du roi. — Le duo de Brabant, le comte de Hainaut et van Artevelde se portent au secours de cette ville. — Le duc de Brabant ne veut pas livrer de combat aux Français avant l'arrivée du roi d'Angleterre, chef de la guerre. — Edouard s'embarque pour revenir en Flandre. — Bataille navale de l'Ecluse gagnée par ce roi. — Van Artevelde harangue l'armée et le peuple sur la place du marché de Valenciennes. — Les princes vont trouver le roi d'Angleterre à Gand : l'on y traite de la guerre contre la France. — ■ La Flandre, le Hainaut et le Brabant s'allient plus intimement à la persuasion de van Artevelde. — Siège de Tournai. — Expédition malheureuse de Robert d'Artois aux environs de Saint-Omer. — Le roi de France s'avance vers Tournai. — Sa sœur Jeanne de Valois, religieuse à Fontenelles près de Valenciennes, s'entremet entre les princes pour arrêter l'effusion du sang humain. — Elle réussit et une trêve est conclue. — Levée du siège de Tournai et licenciement des armées.

La situation s'aggravait tous les jours au milieu de conflits dont la solution, quells

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