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CHAPITRE XXIII

immense avantage, surtout si l'on remarque que déjà les provinces contiguës de Brabant et de Hainaut se trouvaient ouvertes aux armées anglaises. La guerre ne pouvait néanmoins se rallumer en ce moment, car on était au fort de l'hiver. On résolut de la reprendre au mois de juin, et le roi d'Angleterre retourna dans ses états. Il laissa sa jeune femme à Gand, en gage de la bonne amitié qui unissait l'Angleterre à la Flandre. Cette princesse, logée à l'abbaye de Saint-Pierre avec toute sa maison, y menait grand état et recevait souvent la visite des seigneurs, dames et damoiselles de Gand. Le capitaine van Artevelde était un des hôtes les plus assidus de la reine, qui lui faisait beaucoup d'accueil et d'honneur.

Arrivé en Angleterre, le roi Edouard réalisa une partie des promesses qu'il avait faites aux Flamands, en leur accordant des privilèges commerciaux très-étendus , et comme « droit roi de France » disait-il, confirma toutes leurs franchises et libertés. Il leur rendait en outre, toujours en la même qualité, les villes de Lille, Douai, Béihune et Orchies , le comté d'Artois et la .cité de Tournai^.

Prince inoffensif et nul, Louis deNevers, après avoir suivi l'armée du roi son suzerain, était retourné vivre à Paris, et l'on n'entendait point parler de lui. La Flandre, soumise tout entière aux volontés de van Artevelde, agissait sous l'impulsion de ce tribun fameux, mais avec calme et sans haine contre la personne d'un prince qui lui était devenu tout à fait indifférent. Le roi de France se préoccupait bien plus de ce qui se passait en Flandre que Louis de Nevers lui-même. L'alliance de ce pays avec les Anglais le tourmentait fort. 11 adressa des lettres aux villes flamandes pour leur enjoindre d'abandonner le parti du roi Edouard et de revenir à la foi et à la couronne de France, assurant qu'à cette condition tous griefs seraient pardonnes, promettant d'augmenter leurs privilèges, de les tenir quittes de toutes sommes et redevances, de favoriser leur commerce et de maintenir une parfaite neutralité.

(Ij AiclùvLS de Flandre, ann, 1310.

pcf-isiin.

Ces propositions furent repoussées ; et les Flamands répondirent que tout ce que le roi Philippe leur promettait, le roi Edouard le leur avait déjà donné. Philippe n'eut plus d'autre recours que de se plaindre au pape de la rébellion des Flamands. Benoit XII fit jeter l'excommunication et l'interdit sur toute la Flandre. Cette mesure produisait toujours un grand efiet sur les peuples ; mais elle se renouvelait si souvent qu'elle avait déjà perdu de sa force. Les Flamands en conçurent autant de colère que de peur. Ils s'adressèrent au roi d'Angleterre, qui leur répondit de ne point s'inquiéter : « La première fois que je repasserai la mer, disait-il, je vous mènerai des prêtres de mon pays, qui vous chanteront la messe que le pape le veuille ou non"^. » Les esprits se calmèrent et l'on ne songea plus à l'interdit. D'un autre côté, Philippe de Valois travaillait à rompre la liaison qui s'était formée entre Edouard et l'empereur Louis de Bavière. Edouard avait donné 80,000 réaux à l'empereur en lui promettant le double de cette somme. Philippe offrit de faire lever l'excommunication que le pape avait, naguère fulminée contre Louis de Bavière.

Durant les derniers mois de l'hiver et le printemps de l'année 1340, les hostilités se continuèrent avec assez de vigueur entre le comte de Hainaut et les gens d'armes que le roi de France avait répartis dans la Flandre wallonne, en Cambrésis, au pays de Tournai, et qui portaient leurs déprédations en Hainaut et en Ostrevant. Il se fit même des incursions en Flandre. Un soir, après souper, Matthieu de Trye, maréchal de France, Matthieu de Roye et Godemar du Fayt, capitaines de Tournai pour le roi, mirent en campagne une chevauchée de mille armures de fer et trois cents arbalétriers des garnisons de Tournai, Lille et Douai, et se dirigèrent vers Courtrai, aux environs duquel ils arrivèrent avant le jour. Les coureurs pénétrèrent même dans les faubourgs où ils blessèrent et tuèrent plusieurs personnes. Au lever du soleil, le gros de la troupe se répandit dans la campagne le long de la Lys, du côté de

(2) Chroii. deJ. Froissarl, i, 94.

LOUIS DE NEVERS

Warneton, et enleva toutes les proies qu'il put rencontrer. Il ramena à Courtrai plus de dix mille moutons et autant de porcs, de veaux, de bœufs et de vaches, de sorte que la ville se trouva ravitaillée pour longtemps.

Les nouvelles de ce ravage émurent tout le pays et vinrent à la connaissance de van Arievelde qui se tenait alors à Gand. Il en fut vivement courroucé et jura qu'il ne larderait guère à se venger sur le Tournaisis. A cet effet il manda à toutes les milices des villes flamandes de se tenir prêtes à marcher et leur assigna un jour pour le venir joindre. Il écrivit aux comtes de Salisbury et de Suffolck que le roi Edouard avait laissés en Flaudre, et qui, pour .lors, séjournaient à Ypres, afin que ces seigneurs lui amenassent leurs gens de guerre. Il partit de Gand en tête de forces considérables et alla s'établir entre Audenarde et Tournai, en un endroit appelé le Pont-de-fer, attendant l'arrivée des barons anglais. Mais dans l'intervalle il survint à ceux-ci un grand méchef. Comme ils se disposaient à gagner l'armée flamande, les gens d'Ypres les supplièrent d'aller attaquer dans Armentières une troupe de Génois à la solde de France qui les gênait beaucoup. Les chevaliers objectèrent qu'ils avaient très-peu de monde avec eux pour cette entreprise ; à quoi les bourgeois d'Ypres répondirent qu'ils les accompagneraient armés, et en aussi grand nombre qu'on le pouvait désirer.

Les Anglais acceptèrent et l'on se porta sur Armentières qui fut bientôt enlevée, saccagée et brûlée ^ Les Yprois retournèrent chez eux et les deux comtes et leur suite songèrent à rejoindre van Artevelde. Pour aller d'Armenlières à Tournai, il convient de passer près de Lille. La garnison de cette ville avait eu connaissance de la prise d'Armentières et savait que les seigneurs d'Angleterre devaient longer les routes aux environs. On y établit de fortes embuscades ; et les comtes de Salisbury et de Suffolck furent surpris, traversant près de Marquette un chemin profond, étroit, bordé de haies vives et de fossés. On les

fl) Chron. de Flandre, msc. de la Bai. Imp. n" S380, fol. cmi>:»xvi.

envoya prisonniers au roi de France. Ce fut pour Artevelde un sujet de vive afiliction : il renonça à son projet contre le Tournaisis, licencia ses troupes et retourna à Gand dans l'espoir d'être plus heureux une autre fois^.

Vers les fêtes de Pâques qui, cette année là, tombaient le 19 avril, le roi de France fit partir son fils, le duc de Normandie, avec une nombreuse chevalerie et beaucoup de gens d'armes pour retourner en Hainaut.

Le duc pénétra par le Cambrésis, attaqua et prit le château d'Ecaudœuvres près Cambrai, puis alla faire le siège de Thun-l'Evêque dont Gautier de Mauny s'était emparé naguère et que le comte de Hainaut avait solidement fortifié ; car c'était, comme nous l'avons dit, une excellente position. On fit venir pour ce siège, de Cambrai et de Douai, des machines d'une grandeur et d'une force extraordinaires qui lançaient en l'air d'énormes pierres. En retombant, ces projectiles effondraient les toits et les planchers, de sorte que les habitants étaient obligés de s'abriter dans les caves voûtées. Ces engins fonctionnaient jour et nuit : on s'en servait encore pour jeter dans la place les chevaux et les autres bêtes qui mouraient au camp, et Thun-l'Evêque devint bientôt le foyer d'une infection insupportable. La peste et les maladies y faisaient d'affreux ravages, de sorte que les chefs de la garnison se virent contraints de capituler.

Il fut donc arrêté qu'il y aurait une suspension d'armes pendant quinze jours, et que si, avant ce terme, le comte de Hainaut n'amenait pas de secours on se rendrait. Guillaume-le-Hardi, depuis qu'il connaissait les dispositions du roi contre le Hainaut, n'était point resté inactif. Il était allé trouver ses alliés le duc de Brabant, les comtes de Gueldres et de Juliers et Jacques van Artevelde qui était devenu son grand ami 3. Il avait même poussé jusqu'en Allemagne et il arrivait de ce pays lorsqu'il apprit la détresse des gens de Thun-l'Evêque. Il se rendit en toute hâte de Mons à Valenciennes, semonçant tous ses hommes de guerre et alla camper vis-à-vis l'armée du duc de Normandie, l'Escaut entre eux. Le duc de

(2) Chron. de .7. Froiss.:(rt, i, 9ô.

(3) Ibid. I, 102.

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