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ARNOUL-LE-VIEUX

BAUDUIN III

rien ; et celte invasion n'est qu'un fait accidentel qui, fort heureusement, ne se reproduisit pas, comme on le craignait. Toutefois, l'apparition des Hongrois laissa des traces sanglantes dans le pays ; et le siège de la vieille cité épiscopale de Cambrai en 953 est resté dans le souvenir des peuples, en raison de l'horreur qu'il avait primitivement inspirée. Grâce à l'héroïsme de l'évêque Fulbert et des habitants, les barbares ne purent pénétrer dans le bourg ; mais ils pillèrent et brûlèrent le riche monastère de Saint-Géri placé en dehors des murs '.

Cette invasion, en forçant le comte Arnoul à veiller sur ses propres domaines, l'empêchait de prêter assistance au roi Louis, dont la position devenait de plus en plus précaire. Abandonné de chacun, le prince se retira au delà du Rhin près de l'empereur Othon. Là il se plaignit au concile d'Ingelheim des trahisons de Hugues, et surtout des imputations calomnieuses que celui-ci portait contre lui. Hugues prétendait, en effet, que Louis était tellement idiot qu'il se trouvait incapable de régner. Le roi offrit au concile de se défendre de ces imputations soit par le jugement de l'empereur Othon, soit par un combat singulier^.

Hugues fut excommunié par les évéques réunis à Ingelheira ; mais l'anathôme ecclésiastique ne l'empêcha point de continuer la guerre plus rudement que jamais. Louis cependant ne restait pas oisif : de la Germanie il alla à plusieurs reprises dans les provinces du Midi, dont les seigneurs lui donnèrent quelques secours qui l'aidèrent à reprendre la ville de Laon. Il n'en jouit pas longtemps, car il mourut en 954, à Reims, dans le palais de l'archevêque, qui avait bien voulu lui donner l'hospitalité.

Tandis que ces événements se passaient, le comte Arnoul mariait son fils Bauduin à Mathilde, parente de ce Wichman châtelain de Gand pour l'empereur et qui avait déjà épousé Lutgarde, sœur ainée de Bauduin.

Arnoul concluait ainsi une double alliance avec la maison de Saxe ; alliance qui lui assurait un appui en Germanie alors qu'il

(1) Bald. cJiron. Camer. et Atreb, 112.

(2) Script, ver. Franc,, vin, 202.

n'avait plus rien à espérer des princes francs de sa famille, dont la puissance allait bientôt s'éteindre à jamais.

Nous n'avons eu à signaler jusqu'ici que des scènes de la vie féodale provoquées par le conflit des intérêts entre les souverains ou les seigneurs laïcs, ou entre ces derniers et les seigneurs ecclésiastiques, maitres comme eux d'une partie du sol provenant de la conquête. Quant à l'élément populaire, c'està-dire à la classe des bourgeois et des serfs,^ il a passé inaperçu au milieu de ces incidents divers comme s'il n'appartenait pas à l'ordre social . Cependant sa participation à la vie publique a dû se manifester au nord des Gaules dans bien des circonstances ; mais l'histoire reste muette à cet égard jusqu'au dixième siècle, époque à laquelle on trouve dans un fait qui se passa à Cambrai le plus lointain signal de cette révolution qui produira l'affranchissement progressif des communes.

-V l'évêque Fulbert, qui avait toujours vécu en bonne intelligence avec les Cambrésiens, succéda en 958 un prélat qui ne l'était réellement que de nom. Bérengher, issu d'une illustre famille de Germanie, tenait à l'empereur Othon par de très-proches liens, et celte circonstance l'avait, malgré toute son indignité, élevé à l'épiscopal. 11 s'était en effet beaucoup plus occupé des choses profanes que des intérêts de l'Église. La noblesse de sa race lui avait inspiré un tel orgueil qu'il n'avait pas craint de se charger d'un ministère peu en harmonie avec ses goûts et son genre de vie tout mondains. Ses mœurs étaient , dit-on , si farouches j que non-seulement son langage tudesque, tombé en désuétude depuis longtemps en Cambrésis, mais encore sa manière de vivre le faisaient considérer par son peuple comme un vrai barbare^. On le haïssait instinctivement avant même que son arrogance et ses pertécutions fussent venues justifier cette antipathie. De graves dissensions, des luttes très-animées ne tardèrent pas à s'élever entre l'évêque et ses sujets*.

Un jour Bérengher se rendit en Germanie pour faire sa cour à l'empereur ; et, comme il tardait quelque temps à retourner

(3) B'ia. Chron. Camerac, et Atrehat, 125. [i] llUi.

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