CHAPITRE XXVI
pouvoir en tirant de ceux qui le lui avaient enlevé cette vengeance qui était devenue l'ardent mobile de toutes ses aspirations. Sentant la vie lui échapper avec son dernier espoir, il appela en l'abbaje de Saint-Bertin, 'auprès du tombeau de Bauduin Bras-de-Fer, les rares mais fidèles compagnons de ses malheurs. Là, en présence des sires de la Gruthuse, du doyen de Saint-Donat de Bruges, de Robert Maerschalck, son gendre, de Jean de Heusden, son médecin, et de quelques autres, il dicta tristement l'expression des sentiments d'humilité et de repentir que toute grande affliction inspire souvent au moment suprême. « Je fais savoir à tous que considérant les grands honneurs, biens et possessions, que notre Sauveur Jésus- Christ m'a donnés de sa pure grâce en- ce siècle et dont je n'ai point usé comme j'aurois dû le faire uniquement pour son service
et son honneur, mais en vaine gloire Je
recommande ma pauvre âme pécheresse le plus humblement que je puis à Notre- Seigneur Jésus-Christ, à la benoite Vierge Marie, fontaine de miséricorde, et à tous les saints et saintes du paradis que je supplie humblement de m'accorder miséricorde et rémission de mes péchés qui sont plus nombreux et plus grands que je ne saurois le dire'.... » Il conjurait ensuite le duc de
(1) Arch. génér. du royau:nô, Kervyn de Lettenhove, Hist de Flatxare, m, 503.
Bourgogne son gendre et héritier de réparer les torts qu'il aurait pu avoir vis-à-vis de ses peuples. Le lendemain, 30 janvier 1383, il rendait le dernier soupir.
Les restes de Louis de Maie furent, par les soins de son successeur au comté de Flandre, le duc de Bourgogne Philippe-le- Hardi, transférés à l'abbaye de Loos près de Lille, puis en l'église Saint-Pierre de la même ville, oii l'on célébra ses obsèques avec une pompe extraordinaire. Là figurait conduisant les destriers de guerre ou de tournoi, ou portant les bannières, les écus, les glaives, le heaume d'apparat, tous les insignes enfin d'une grandeur qui n'était plus que nominale, cette noble chevalerie flamande illustrée par- les croisades et tous les exploits fameux des guerres féodales.
Mais ces hommages posthumes s'adressaient moins au prince qui les avait si peu mérités qu'à la vieille dynastie dont il était le dernier représentant et qui allait se ressouder à une race plus puissante, plus vivace, plus digne enfin du peuple généreux dont les destinées lui étaient désormais confiées. C'est devant elle seule que la fière commune de Gand qui n'aurait jamais courbé son front redoutable devant un pouvoir avili, consentit plus tard à l'incliner, sans abdiquer toutefois sa mâle indépendance, ni son rôle de gardienne, souvent passionnée mais toujours fidèle, des libertés flamandes.