C. DE I
mités ils feront peser sur mes descendants et leurs peuples '. »
Les pressentiments si prophétiques de l'empereur s'appliquaient aux Danes ou Normands qui, dès l'année 810 et sous la conduite de Gothefrid un de leurs chefs, avaient abordé en Frise avec deux cents vaisseaux et causé de grands ravages dans ce pays. C'était en prévision d'une prochaine irruption de ces pirates du Nord qu'il avait rassemblé ses navires sur le littoral saxonique [littiis saxonicum) ainsi qu'on l'appelait en ce teraps-là, à cause des tribus saxonnes qui y avaient été déportées ou s'y étaient successivement établies à la suite de diverses migrations. Charlemagne fit restaurer sur la plage de Boulogne un phare élevé depuis longtemps déjà en ces parages; puis, après avoir veillé au complet équipement de sa flotte, il se rendit sur les bords de l'Escaut, en un lieu appelé Gand, afin de visiter les chantiers de constructions maritimes qu'il avait ordonné d'y établir. Ce fut, dit-on, dans ce voyage, qu'il institua comme abbé du monastère de Saint-Pierre de Blandain fondé par saint Amand, son propre secrétaire et historiographe, le célèbre Eginhard.
Le grand empereur aurait pu seul, de sa main puissante, conjurer l'orage qui s'amoncelait et détourner les calamités qui pendant plus d'un siècle devaient frapper les Gau-
(1) Mon. S. Ga'li, il, 52.