‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 4 sur 236 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

es. Il n'était pas couché dans son tombeau d'Aix-la-Chapelle que déjà les hommes du Nord s'étaient répandus le long du littoral de l'empire et jusque dans la Méditerranée.

Ces barbares étaient, comme on le sait, originaires des pays qui forment aujourd'hui le Danemark , la Suède et la Norwége. Une vague passion d'aventure et surtout le désir du pillage les entraînaient, à certains intervalles, vers des climats plus doux, comme aux approches de l'hiver on voit ces bandes d'oiseaux sauvages se diriger à% régions septentrionales vers le Midi de l'Europe. S'élançant audacieusement sur les mers dans leurs légers esquifs , ils s'échouaient à l'embouchure des fleuves, remontaient au hasard leur cours et pénétraient à l'intérieur des terres, pillant et brûlant les bourgs , les villages et principalement les monastères et les églises. La terreur était grande à l'arrivée souvent imprévue et toujours soudaine de ces farouches envahisseurs. On la regardait comme un châtiment de Dieu, et longtemps il y eut dans les litanies un verset ainsi conçu : « De la fureur des Norimands, délivrez-nous. Seigneur'! «

Dès 820, une première irruption de Normands eut lieu sur les côtes de Flandre. Cette fois treize grands vaisseaux à rames et à voiles les avaient amenés, soit de leur pays natal, soit des rivages de la Grande- Bretagne que ces barbares avaient envahis depuis plusieurs années déjà et oia ils se trouvaient en lutte continuelle avec les populations indigènes. Ils se contentèrent d'enlever quelques troupeaux, d'incendier quelques habitatinns isolées et se retirèrent. En 832, ils reparurent sans causer plus de dommages. Quatre ans plus tard , ils brillèrent Anvers et pillèrent une des églises de Malines. Mais ce n'étaient encore laque des préludes qui devaient être bientôt suivis "8 plus sérieux désastres.

En effet, dans l'année 851, une quantité d'églises et de monastères furent saccagés en Belgique, entre autres la riche abbaye âr Saint-Bavon à Gand -. Les moines eurent

'j) A fiiro^i Xôythmavnorw). libéra nos. Domine. \ hron. Act. ■■ BpI(i. vnsxim.

(2) C'ron. r'arlhinannorum, ^p. Pertz, i, 533.

à peine le temps de sauver leurs reliques qu'ils transportèrent dans le pays de Laon, au couvent de Saint- Vincent. Le samedi de la Pentecôte en l'année 860, les pirates du Nord, partis de Nieuport, vinrent à l'abbaye de Sithiu, en pillèrent les richesses, tuèrent quelques moines et se retirèrent. Pendant plusieurs années ils ravagèrent toute la contrée sans rencontrer nulle part une résistance assez sérieuse pour qu'elle pût mettre fin à leurs dévastations.

Affaiblies par une longue servitude et par les malheurs que les précédentes invasions avaient fait peser sur elles pendant des siècles, les populations n'avaient plus la force de cohésion et l'élan guerrier des anciennes tribus germano-belges. Les Normands d'ailleurs ne menaçaient pas leur indépendance et ne se livraient qu'à des déprédations graves à la vérité mais isolées, sans songer à occuper le sol et à s'y établir. Leurs irruptions, nous l'avons dit, étaient soudaines; paraissant tantôt sur un point, tantôt sur un autre et disparaissant avec la même rapidité, ils étaient pour ainsi dire insaisissables. On n'aurait pu empêcher leur venue qu'en gardant les côtes ; mais les moj^ens manquaient et la flotte de Charlemagne s'était, comme son empire, dissoute après sa mort. C'est ce qui explique l'impuissance où l'on se trouvait de conjurer un fléau dont souffraient surtout les églises et les monastères dépositaires de tout ce qui pouvait exciter la sauvage convoitise des pirates. Pour remédier au mal, les faibles successeurs de Charlemagne se contentaient de convoquer en assemblées leurs leudes et les évêques et de délibérer avec eux sur ce qu'il y avait à faire. C'est ainsi que Charles-le-Chauve après un de ces synodes tenu à Senlis , en 853, envoya des commissaires poup constater les dommages causés dans la contrée soumise à la garde du forestier Ingelram. C'étaient Adelard, abbé de Sithiu et Immon, évêque de Noyon , massacré luimême un peu plus tard avec ses diacres sur le seuil de sa cathédrale par les Normands.

C'est à ces mesures stériles que se bornait toute l'action de la puissance publique si réduite d'ailleurs dans ces temps où l'anarchie politique et sociale s'accroissait au fur

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