CHAPITRE IV
comté d'Eenham ou d'Alosl et les Quatre- Métiers, c'est-à-dire les terres relevant de l'erûpire. Il lui donna en outre une forte somme d'argent, en lui faisant jurer sur les saints évangiles de se contenter de tout cela et de ne jamais porter préjudice à son frère*. Bauduin de Lille craignait que le caractère entreprenant et guerroyeur de Robert n'amenât des troubles par la suite. Aussitôt après s-on mariage avec Gertrude, Robert s'en alla en Hollande et reprit le cours de ses expéditions contre les gens de la Frise, qu'il finit, après plusieurs années d'efforts, par dompter et maintenir en obéissance.
Les historiens du temps s'accordent à dire que Bauduin, pendant la minorité du jeune Philippe, gouverna sagement le royaume, et qu'il éleva son pupille avec une vive sollicitude^. Du reste, l'intervention du régent dans les grands faits qui s'accomplirent durant cette époque, tels que la conquête de l'Italie méridionale par les Normands, et l'établissement plus fameux encore de ces mêmes Normands en Angleterre, n'est pas bien précise. On sait seulement qu'il fournit, comme souverain de la Flandre, des secours en hommes et en argent à son gendre, le duc Guillaume. Les rois Anglo-Normands payèrent même longtemps en considération de ces secours une somme annuelle de trois cents marcs d'argent au comte de Flandre.
Bien que la chevalerie flamande prît une assez grande part à la conquête de l'Angleterre, le peuple des villes et des campagnes, la classe des serfs ou des hommes libres qu'une affinité de race rattachait aux Anglo- Saxons, témoignèrent d'une manière non équivoque leurs sympathies pour ces derniers. Tandis que les barons de Flandre soutenaient les envahisseurs, l'on vit des troupes de malheureux flamands, fldèles au serment de leurs gildes, traverser la mer pour aller prêter le secours de leurs bras aux populations asservies^.
Quoique Bauduin prît à l'audacieuse entreprise de Guillaume un intérêt qu'expliquent ses liens de parenté avec le nouveau
(1) Chron. S. Baronis, ap. Pertz.
(2) Fraym. liist. Franc, ap, Duchesne , iv , 86. — Chron. brève ab orvjine Francorum usque ad an. 1137. Doc. Ined. 1. ii. p. 23. (3) Ord. Vilal, passim.
conquérant, il eut toutefois la loyauté de lui refuser, comme régent de France et tuteur du roi, l'aide qu'il réclamait.
L'année même où son gendre s'emparait de l'Angleterre, Bauduin se trouvait en Flandre avec son royal pupille et s'occupait d'œuvres toutes .pacifiques. C'est alors qu'il institua dans le bourg de Lille, pour lequel il avait une prédilection toute particulière, un collège de chanoines qui devint plus tard célèbre sous le nom de chapitre de Saint- Pierre. Le diplôme de cette fondation porte l'empreinte de la philosophie sim.ple et croyante qui caractérise l'esprit du siècle :
« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, d'un seul et vrai Dieu, Moi, Bauduin, comte, marquis des Flamands, procureur et tuteur de Philippe roi des Français et de son royaume, sachant d'après le témoignage des livres divins que le véritable héritage est dans le ciel, destiné à ceux qui de bonne volonté se livrent aux œuvres pieuses, je me suis appliqué à considérer attentivement eu moi-même qu'avec l'observance des divins préceptes rien n'était plus profitable à un serviteur de Dieu, et pour le salut de son âme et pour celui de son corps, que d'édifier des églises en l'honneur de Dieu et de ses saints, là où on le peut faire raisonnablement et selon les lois. Aussi, considérant avec les yeux du cœur ces paroles de l'Écriture annonçant qu'il sera beaucoup exigé de celui auquel on aura beaucoup donné ; et cette autre maxime : que celui qui sur la terre bâtit la maison de Dieu, prépare sa propre demeure au ciel ; acquiesçant au bon et salutaire avis de mon épouse Adèle et de mon fils Bauduin, ayant en outre fait élever dès les fondements une basilique en l'honneur de saint Pierre, prince des apôtres, j'ai institué un collège de chanoines chargés d'implorer jour et nuit la clémence de Dieu pour le salut de mon âme, de celles de mes prédécesseurs, de mon épouse, de mes enfants et de tous les fldèles chrétiens, etc. Fait à Lille dans la basilique de Saint-Pierre, en présence de Philippe, roi des Francs, la septième année de son règne''. »
La dédicace de l'église de Saint-Pierre
(1) V. Mirœus, Oper. diplom. i, 65.