BAUDUIN DE LILLE
BAUDUIN DE MONS
eut lieu le 2 août, en présence de tous les dignitaires ecclésiastiques de la Flandre ; et la consécration en fut faite par Bauduin évêque do Nojon, Gui évêque d'Amiens, et Drogon évêque de Térouane. Des domaines considérables furent assignés à cet illustre chapitre et les diplômes qu'on dressa de ces donations sont souscrits par le jeune roi des Français.
Bauduin voyant approcher la fin de ses jours, ne s'occupa plus que d'œuvres pieuses. Le 29 mai de l'an 1069, il inaugura en grande pompe la nouvelle église de Saint- Bavon, qu'il avait fait élever à Gand sur l'emplacement de la basilique primitive. Ce fut là le dernier acte de sa vie ; car bientôt après il tomba malade, à Lille, dans l'hôtel qu'il habitait d'ordinaire, et expira le l®'" septembre, après un règne de trente et un ans. On l'enterra dans la nouvelle église de Sai nt- Pierre, où son tombeau et l'épitaphe qui y était inscrite se voyaient encore au siècle dernier.
La Flandre était arrivée sous son règne à un degré de prospérité que le témoignage d'un auteur contemporain nous permet d'apprécier. L'archevêque de Reims Gervais écrivant au comte Bauduin lui parle ainsi : « Que dirai-je de l'aflSuence des richesses diverses que le Seigneur a voulu l'attribuer par droit héréditaire à un si haut degré qu'il est peu d'hommes qui puissent t'être comparés à cet égard ? Que dirai-je des efforts persévérants par lesquels tu as si habilement fécondé un sol qui, jusqu'alors inculte, surpasse aujourd'hui les terres les plus fertiles? Docile aux vœux des laboureurs, il leur prodigue les fruits et les moissons, et les prés se couvrent de nombreux troupeaux.
Raconterai-je que les peuples te doivent le don du vin qui leur était inconnu ? Afin que rien ne manquât aux habitants de tes provinces, tu parvins à apprendre aux agriculteurs à cultiver la vigne, de sorte qu'après avoir longtemps ignoré ce qu'était le vin, ils président aujourd'hui aux travaux des vendanges. Qu'ajouterai-je sur tes autres trésors, sur tes joyaux et tes vêtements précieux? Tout ce que le soleil voit naître, dans quelque région ou sur quelque mer que ce soit, t'est aussitôt offert, ô prince Bauduin !
et puisse-t-il longtemps en être ainsi, puisqu'il n'est personne plus digne que toi de posséder ces biens ' ! "
Devenue veuve, Adèle de France prit la résolution de finir le reste de ses jours dans la retraite ; elle choisit l'abbaye de Messines qu'elle avait fondée, et y vécut, dit une vieille chronique, comme morte entre les nonnes, passant sa vie dans le silence, occupée à prier et à jeûner. Désirant recevoir le voile des mains du pape lui-même, elle partit de Messines pour aller à Rome, « dans un char recouvert d'une courtine pour la protéger contre le vent et la pluie, car elle ne voulait pas être empêchée de dire ses oraisons le long du chemin^-. » Peu de temps après ce voyage, la fatigue, la vieillesse, la maladie, et peut-être aussi le chagrin de voir la Flandre ensanglantée par la guerre civile, conduisirent au tombeau cette vertueuse princesse. Suivant le nécrologe de l'abbaye de Messines, elle mourut en 1071, l'année même où son petit-fils périt traîtreusement aux champs de Cassel, et où l'usurpation devait pour la première fois triompher en Flandre.
Lorsque Bauduin de Mons succéda à son père, il n'était déjà plus jeune. Depuis son mariage avec Richilde et la paix conclue avec l'empereur , il avait tranquillement régné sur le Hainaut ; et quand la Flandre lui advint par droit de succession il n'eut à exercer sur les deux pays qu'une domination pacifique, grâce à l'habileté avec laquelle Bauduin de Lille avait conduit ses affaires, tant au dehors qu'à l'intérieur, depuis plus de trente ans. A la vérité, ce fut le calme avant l'orage: mais ce calme, Bauduin de Mons en jouit pendant les trois années qu'il porta la couronne des marquis flamands ; et il lui fut permis de réaliser un acte que la révolution communale peut revendiquer comme un de ses premiers points de départ. En l'année 1068, Bauduin acheta, sur les bords de la Dendre, la villa d'un baron nommé Gérard, et résolut de l'élever au rang de bourg ou ville fortifiée. En consé-
(1) Beldisch. Muséum, iv, 172.
(2) Li Estore des comtes de Flandres, msc. de la bibU hnp. no 455, fol. 51.