NOTICE SUR JEAN BESLY
Jean Besly naquit en 1571, à Coulonges-les- Royaux, petite ville située à quelques kilomètres de Niort. La précoce intelligence et les heureuses dispositionsdu jeune Besly, décidèrent ses parens à l'envoyer étudier à Poitiers. Cest dans cette ville qu'il fit ses humanités et sa philosophie. Il se rendit ensuite à Toulouse et suivit avec succès un cours de droit civil. Ses études terminées, il vint se fixer à Fontenay, et se consacra au barreau. Il se fit bientôt remarquer par sa profonde connaissance de la jurisprudence et par ses brillantes qualités oratoires. Les hautes capacités , F intégrité , la douceur des mœurs de Besly , lui gagnèrent l'estime générale et lui firent obtenir en mariage Catherine Brisson, jeune fille qui appartenait à Tune des familles les plus honorables de Fontenay ; mais il eut bientôt la douleur de la perdre. C'était un homme d'un caractère doux et sociable ; il ne put se résigner à passer la fin de son existence
dans la solitude , il épousa en secondes noces Claude Boileau.
La réputation qu'il s'était acquise dans Y office d'avocat du roi, le fit choisir par ses concitoyens, avec F. Brisson, pour être députés aux états de Paris, tenus en 1614.
Placé sur un théâtre plus vaste que celui où il avait paru jusqu'à ce jour, il prit une large part aux discussions qui s'élevèrent dans cette assemblée, et se distingua d'une manière toute particulière, en montrant les dangereuses conséquences de l'acceptation du concile de Trente, demandée par les partisans de Rome. Besly, pendant son séjour à Paris, se lia avec les plus grands hommes de l'époque, et reçut les marques d'estime les plus flatteuses, de la part des Pithou , des Bignon , des Dupuys , des de Thon, des S te -Marthe et des Syrmond.
De retour à Fontenay il renonça, en faveur de son fils, à sa charge d'avocat du roi, et ne se réserva que le titre d'avocat honoraire. Ainsi dégagé des devoirs de la magistrature, il put se livrer entièrement à l'étude de Y Histoire des comtes de Poictou et des ducs de Guyenne^ à laquelle il travaillait depuis longtemps. Cet ouvrage qui lui coûta quarante années de laborieuses recherches, nous est resté comme un précieux monument historique. Avant Besly F Histoire des comtes de Poitou était à peine connue, tout n'était que confusion et chaos. C'est lui qui le premier, est parvenu après d'immenses travaux à établir la chronologie des comtes de Poitiers , et k re-
cueillir un monde de faits enfouis dans les archives de notre province. Son récit naïf el pittoresque est plein de charme, et rappelle souvent la manière de raconter de Froissard.
La mort le surprit au milieu de ses travaux littéraires, le 18 mai 1644, à l'âge de 72 ans. Il fut enterré dans l'église de Notre-Dame de Fontenay. « Besly, dit Nicolas Macquin, était bien pris dans sa taille, assez beau de visage, d'un esprit vif, d'un jugement net, fait pour les discussions, et d'une mémoire très heureuse, affable, officieux, ami sincère. » Il laissa à son fils le soin de publier son grand ouvrage qui parut à Paris en 1647, chez Gervais Alliot.
Besly composa dans sa jeunesse plusieurs pièces de vers, mais il ne possédait point le feu sacré du poète. Sa véritable gloire littéraire est toute entière dans ses travaux historiques. Là, il a retracé avec une fidélité remarquable la physionomie des anciens temps, et il a saisi avec une pénétrante sagacité le sens politique des grands événemens qui s'accomplirent au moyen-âge.
Nous devons aux savantes recherches de Besly , les ouvrages suivans.
Remarques sur les Mémoires et Recherches de la France et de la Gaule Aquitanique , faussement attribuées au sieur de la Haie. — De l'Origine et de l'Ethymologie des mots Roture et Roturier. — Lettre à M. Dupuy du Fou, sur les mots Podium fagi. — Evêques de Poitiers, avec les preuves, in- 4° , Paris chez Gervais Alliot. — Ce dernier ouvrage
a servi aux auteurs du Gallia Christiana, pour publier la liste des évêques de Poitiers.
« On peut ajouter à l'Histoire des comtes de Poi- « tou, dit un biographe, les commentaires que Besly « fit en sa jeunesse sur les hymnes de Ronsard ; quel- « ques Mémoires que posse'dait M. Dupuy, alléguez « manuscrits par M. Ménage dans ses origines de la « langue françoise, pages 314, 381 et 660; un beau « fragment d une lettre à André du Chesne, écrite « de Fontenay , le 26 juin 1617 , que celui-ci a mis à « la teste des Œuvres d'Alain Chartier qu'il a com- « mentées; une autre lettre, fort travaillée, écrite à « M. l'évêque de Poitiers (touchant une inscription « de l'église cathédrale de la mesme ville), insérée « dans les Annales de Bouchet , imprimées à Poi- « tiers, l'an 1644; une préface : Ad Pétri Tudebodi « sacerdotis Sivracensis historiam de Hierosolimi- « tano itinere , qui est dans le quatrième tome des « Historiens de France de du Chesne; un sonnet sur « l'Histoire généalogique de la maison de France, de « MM. de Sainte-Marthe, et des vers à la louange « de Rapin. »
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J'expose aux yeux du public ce qu'autrcsfois j'ai recucilly et rédigé par escrit des comtes héréditaires de Poictou , qui ont estes ducs de Guyenne. Le désir de servir ma patrie, m'a principalement convié d'entreprendre ce labeur, outre que nous nous plaisons plus volontiers à lire et à apprendre quelques nouveautés de Testât, et des actions de nos ancestres, que de ce qui s'est passé chez les estrangers: parce que de ceux-cy , l'intérest pour estre plus esloigné , nous est moins sensible, que celuy de nos prédécesseurs , qui est plus proche, et qui se trouve si naturellement conjoint avec le nôtre , qu'il semble que leur gloire et leur réputation nous sont communes, et que nous prenons part aux événemens de leur bonne ou mauvaise fortune. Certes je puis justement appeller nouveauté , ce qui est demeuré ignoré et ensevely durant tant de siècles , qui est ce que je communique aujourd'huy au public, et qui paroist au jour par mes soins. L'utilité qui en reviendra ne sera pas peu considérable, veu qu'en une si grande variété de belles choses et d'exemples si remarquables, on en peut tirer des préceptes de prudence , pour servir à la conduite et au maniement des affaires. Outre cela j'ay pris la peine de rechercher les anciennes origines du pays , et d'une [bonne partie des familles des seigneurs et Gentilshommes , incognuës jusques à présent , en telle sorte que l'histoire en reçoit une grande lumière, la postérité [de cette no, blesse une gloire nompareille , et la France un grand advantage par
l'obligation qu'ont les seigneurs de respondre aux belles actions de leurs ancestres. Ceux qui ont leu les Annales de Bouchet , et les mémoires faussement attribuez au sieur de la Haye pourroient penser que je répète ce qu'ils ont desjà donné au public , et que je le desguise pour leur en ravir l'honneur : mais qui voudra conférer attentivement mes escrils avec ce que nous avons d'eux et en juger sincèrement, confessera volontiers que nous n'avons rien de commun que le liltre de nos ouvrages , lequel encore se fait remarquer de plusieurs différences assez considérables. Pour ce qui est du corps de l'œuvre , je serois blasmé, si ayant promis le traicté d'une seide Province , je venois mal à propos à m'engager à pleines voiles à travers l'Histoire générale de France , comme un pilote sans expérience dans une vaste mer enflée d'orages, en danger de faire naufrage , et de briser contre le premier escueil , au lieu de me contenir dans mes bornes , et conduire ma navigation par la droite route, jusqnes à jetter l'ancre au port où j'ay dessein d'arriver. C'est en quoy pèche le premier de ces deux , lequel au reste , pour le particulier de nos comtes et ducs , qui est le vray poinct qu'il falloit traiter à fonds , il en a si peu parlé , qu'on le peut réduire à quatre ou cinq feuillets au plus: et ce peu là est si confus et si négligemment escrit, qu'il n'y a rien en luy qu'on puisse asseurer purement véritable , ou qui mérite qu'on le considère. Néanmoins son travail , à mon advis , mérite de la louange pour sa façon d'escrire simple, et naifve, où il fait quelques fois paroistre son courage plein d'ardeur et d'affection pour le service de sa patrie. Que si son dessein luy a mal succédé , c'est faute de meilleures instructions , et de bons mémoires nécessaires à un bon ouvrier. Quant au second , mon Histoire ne mériteroit pas d'estre leuë et approuvée des gens de bien ^si j'avois esté aussi peu curieux de conserver mon honneur que luy , en confondant l'ordre des temps par des anachronismes insupportables , et corrompant par une espèce de sacrilège la source et la suitte des familles , meslant des enfans mesiifs et imaginaires avec les naturels et 'les légitimes. J'ay leu plusieurs exemplaires de ce livre escrit de la main propre de l'autheur, qu'il i.ous seroit facile de réfuter, et monstrer clairement ses er-
réurs : mais mon dessein n'est pas d'examiner ponctuellement les fautes d'autruy. Le fil de sa narration , qui est plein d'impostures et de fausses histoires monstre assez qu'il vouloit tromper le public: car de dire que le sieur de la Haye ait commis de si grandes fautes , c'est ce que nous ne voulons pas faire , aussi nous serions blasmez de luy attribuer des suppositions advancées par un autre qui a pris son nom pour garand. Il avoit tant de conscience et chérissoit son pays d'un amour si cordial , qu'il n'eust pas voulu imposer de la sorte, et si souvent, pour s'acquérir une fausse réputation. Quant à moy, le public se peut bien asseurer qu'en composant cette histoire, je n'ay eu pour object que la pure vérité, qui se verra clairement par ceux qui daigneront en examiner les circonstances. Je suis certain que s'il y a de l'erreur aux généalogies des seigneurs dont cette histoire fait mention , et si leurs faits d'armes leurs deceds, les lieux , et les temps ne sont cottez fidèlement, ce n'est pas faute d'y avoir apporté toute la diligence imaginable. Pour ce qui est mesme du fonds de l'histoire , il n'y a rien de plus obscur , rien de plus confus : tous les historiens , je dis tous , depuis mille ans , n'ont rien escrit de certain dont le public se puisse prévaloir et se servir pour tirer les origines des plus anciennes maisons du Poictou et de la Guyenne. Que si mon entreprise a mieux réussi , j'en loiie Dieu, qui m'a donné le courage et la vigueur de consommer quarante années en ces pénibles recherches , véritablement curieuses et relevées pour les matières qui y sont traictées. Plusieurs maisons remarquables pour leur antiquité, quasi estouffées, auront suject de m'en sçavoir gré , et de loîier mon travail. Outre les gestes de chacun de nos comtes, le lecteur curieux trouvera un agréable meslange des faicts de nos roys de France regnans au temps que nos comtes héréditaires de Poictou ont vescu , avec ce qui s'est passé de plus considérable dans l'esglise : ce qui certes apportera un grand esclaircissement à l'histoire générale , d'autant plus grand qu'il n'y a rien qui n'ait esté exactement vérifié par tiltres et Chartres authentiques. 11 est vray que j ay esté obligé en plusieurs rencontres de me servir des authoritez des anciens historiens et de quelques nouveaux, mais rarement, pour y avoir p«u de créance:
ce que j'ay faict lors que les Chartres m'ont manqué , et quelquesfois je me suis servy et des Chartres et des passages ensemble, pour donner plus de foy et de vérité à mes généalogies. Je confesse aussi ingénuement, que si le principal travail en la composition de cette histoire composée de menus fragmens tirez de diverses bibliothèques de la Guyenne vient de moy, mes amis n'y ont pas en moins de peine et de gloire , en m'envoyant diverses Chartres et autres mémoires , et me communiquant libéralement ce qu'ils ont remarqué dans les histoires. Et certes je mériterois une rude censure, si messieurs de Thoul, Petau, Salo, Bignori, de Peirese , Sirmond, Dupuy , Savaron , de Saincte Marthe , du Chesne , l'Abbé , Taveau de Sens , des Cordes , Jnstel , Brisson de cette ville de Fontenay , Trincant de Loudun , Robert du Dorât , et autres , ne trouvoient en ce lieu des rcconnoissances , non pas égales aux obligations que je leur ay, mais qui partent d'un cœur ouvert à confesser qu'ils m'ont cordialement et franchement assistez. Monseigneur le révérend évesque de Poictiers , Henry Louis Chastaigner de la Roche-Pozay , prélat entre les évesques de son siècle , tré— éminent en piété et doctrine , ne mérite pas une moindre recog^noissance pour les mémoires servans à notre matière , qu'il a pris la peine de nr envoyer escrits de sa propre main , et mesmçs de ce qu'il m'a assisté de ses bons advis en la conduite de cet œuvre. Or comme .les obligations recettes ont tiré de moy les grâces que je rends en public , l'on ne peut pas trouver mauvais si j'ose advancer que je devois aussi avoir de pareil tesmoignage de gratitude de quelques personnes que j'ay guidez en leurs desseins , et faict part du talent qu'il a pieu à Dieu me départir: et par ce moyen faict passage à la publication de leurs histoires à quoy (l'on me le permettra de le dire) ils ne fussent jamais parvenus: mais tout au contraire , ils n'ont pas daigné me nommer dans leurs préfaces , et de plus, après leur avoir déclaré franchement mon dessein , de mettre au jour la nouvelle Histoire des Comtes de Tolose , et envoyé divers mémoires touchant cette matière , pour en avoir leurs sentimens , au lieu d*y faire response , selon la civilité ordinaire, ils les ont retenus , et les ont employez dans les histoires qu'ils ont faict im-
primer , où n^antmoins ils ont commis grand nombres de fautes , qu'il me seroit facile de faire veoir , si je n'avois d'autres desseins» et si mon âge de soixante et douze ans ne m'obligeoit à de meilleures pensées : il suffira pour le présent de faire sçavoir leur ingratitude et peu d'expérience , afin que chacun sache que j'ay bonne part en ce qu'ils ont mis au jour sous leurs noms , et que j'ay grand subject de me pleindre d'eux. Cela n'empeschera pas pourtant , si ma santé le permet, que je ne mette la dernière main à l'Histoire des Comtes de Tolose et des Comtes de Béarn. Cependant je me sais résolu de faire voir cette Histoire des Comtes de Poictou et Ducs de Guyenne, et attendray en patience lad vis de ceux qui en peuvent bien juger, suivant lequel je donneray au public cette nouvelle Histoire des Comtes de Tolose et des Comtes de Béarn, et en suitte les Evesques de Poictiers. Les remarques sur les Roys de France du Sieur du Tillet. Les Chanceliers de France des deux premières races de nos Roys , et le Traité contre l'erreur de ceux qui ont escrit , que durant l'interdit du roy Philippes premier, les François ne mettoient plus aux actes publics les années de son règne , mais la clause, régnante propheta Jesu, ou régnante Christo , et l'usage de cette clause : l'histoire de cet interdit j et de celuy du roy Philippes Auguste , dont je feray voir l'injustice. L'amour que j'ay pour ma patrie m'emporte à promettre la publication de ces ouvrages: Mais quand je considère mon âge si advancé et mes continuelles infirmitez , je juge que je n'auray jamais ce contentement entier, et croy que ce me sera beaucoup d'y pouvoir mettre la dernière main , espérant que mon fils après ma mort, satisfera à ce que je promets, en prenant l'advis de mes bons et anciens amis.