CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME
SOMMAIRE
Innocent H, esleu pape, et comme chef d'armée combat Roger duc de Fouille.— Innocent prisonnier et puis mis en liberté. — Élection d'Anaclet en pape. — Innocent excommunie l'anti-pape. — Confirmation de cette excommunication. — Grandes divisions sur ce sujet. — Saint-Bernard deflend Innocent, le fait reconnoii- Ire pape. — Le duc se range du parti d'Anaclet. — Pour quel sujet. — Bernard abbé de Bonneval repris en ses escrits. — Chanoines de Sainct-Hilaire chassez, et la cause pourquoy. — Lettres du duc Hugues II doc de Bourgongne au duc. — Autre lettre de Sainct-Bernard au mesme duc pour le démouvoir du parti d'Anaclet , et pour le reslablissement des chanoines de Sainct-Hilaire. — Persévérance du duc à maintenir Anaclet. — Conférence du duc et des légats d'Innocent en la ville de Parthenay et le fruit d'i celle. — Guillaume évesque de Poictiers, auparavant chassé reslably. — Les troubles de la Guyenne pacifiez et le schisme finy. — Mort de Gérard d'Angoulesme. — Har Jie pensée de l'abbé de Bonneval sur la mort de Gérard.
— Don fait au monastère de Sainct-Jcan par le duc , avec droict de franchise.—, La cause de tel don. — Opinions diverses sur le nom de la femme du duc — Elle s'appelloit JEhot. — Les en fans du due et d'^Enor. — Erreur de ceux qui pensent qu'Aymar est la source des comtes de Valent inois et Diois. — Voyage du duc à Coropostelle. — Son testament avant son départ. — Supposition d'un testament attribué au duc inséré es mémoires de la Haye. — Le duc, tombé malade sur le chemin , confirme son testament. — La mort du duc et le lieu de sa sépulture. — Mariage du jeune roy Louys avec Aliénor fille du duc. — Mort du roy Louys, pére.
— Doute des hennîtes Augustins et Guillemites , sur la mort du duc', leurs pensées ridicules sur ce sujet. — Les grands seigneurs avoient de eoustume de mourir en habit de religieux. — Les moines faisoient des saincts comme ils le trouvoient advantageux pour leur ordre, plusieurs exemples.
Le pape Honoré II mourut le 16 février i i3o, le lendemain fut esleu Innocent II , lequel avant que de se bien establir et pourvoir à l'église se fit chef d'une armée , qu'il conduisit contre Roger duc de la Pouille. La fortune au commencement favorisa tellement son entreprise qu'il vainquit le duc Roger en bataille rengée , le contraignant de se sauver dans le chasteau de Galuzzo , où il t'assiégea
jusques à ce que son fils Guillaume le vint dégager , ayant mis.en déroute les trouppes d'Innocent qui demeura prisonnier , mais incontinent il fut mis en liberté , toutesfois le bruit de sa prison verni à Rome fut cause qu'on esleut un autre pape le 1 9 d'avril , lequel fut nommé Ànaclet II , à cette cause Innocent n'osant retourner à Rome , tint un concile à Pise , où il excommunia l'anti-pape , puis il se retira en France , l'azile ordinaire des affligez , où il célébra un antre concile à Clermont d'Auvergne. Et là de l 'ad vis des évesques confirma l'excommunication fulminée contre Anaclet Les princes de la chrestienté sur ce schisme se partialisèrent d'affection. Le roy assembla les prélats de son royaume à Estampes , où saioci Bernard l'un des plus dignes hommes qui nasquit jamais au momfe. de Rendit la cause d'Innocent avec tant de raisons qu'il persuafo l'assemblée de l'approuver, et de rejetter Anaclet, duquel néantmoins nostre duc se rendit partisan, par les menées et inductions de Gérard II évesque d'Angoulesme. Ce prélat durant plusieurs années avoit esté légat en Guyenne sous Paschal et ses successenrs, et fut l'un des premiers qui rescrivirent à Innocent , et pource qu'il refusa de continuer sa légation , il recourut à Anaclet qui lui accorda, y adjoustant la France et la Bourgongne. Le duc lui déféroit beaucoup de sorte que par ses persuasions il permit que les évesques Guillaume de Poictiers, et Eustorges de Limoges, fauteurs d'Innocent, fussent chassez de leurs sièges et autres évesques ordonnez en leur lieu , sçavoir un nommé Pierre archidiacre de Bourdeaux, de noble et illustre maison pour Poictiers: et Ranulfe abbé de Sainct-Pierre-du-Dorat pour Limoges ; Girard mesme s'empara de l'archevesché de Bourdeaux par la connivence du duc, en partie corrompu par argent, ce dit Bernard abbé de Bonneval; ce qui n'a guères d'apparence non plus que beaucoup de particularitez qu'il a rédigé par escrit sur ce sujet, en la vie de saiuct Bernard, en quoy il semble ne s'accorder pas bien avec ce qui # peut recueillir des missives de ce bon père , lequel durant le séjour d'Innocent en France , vint à Poictiers avec Jean évesque de Soissons , afin de divertir le duc du parti d'Anaclet , et croyans avoir gagné quelque chose sur lui s'en retournèrent. Toutefois après
leur parlement favorisant derechef la cause d'Anaclet, il chassa quelques chanoines de Sainct-Hilaire. Cela fut cause que sainct J^''^' 1 " Bernard rechercha tons moyens pour le réduire , jusques à em- «««. s , p. 4,4,
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ployer Hugues II duc de Bourgongue , qui rescnvit au duc qui lui
épirtrr, et
estant si estroictement conjoint de sang et d'affection , il n'avoit « *° u dUcourl
pelle niesle et
peu plus longuement dissimuler son erreur. Si quelqu'un du menu confond tout, peuple se fourvoyé du droict sentier , le péril en tombe sur lui tout seul, mais la faute du prince en enveloppe plusieurs, et nuit à tous ses sujels sur lesquels Dieu ne les a pas constituez pour les perdre, mais pour les régir et conserver; que c'est merveille comme un si prudent et sage prince qui a rendu tant d'excellens tesmoignages de service envers l'église ait esté si subtilement pipé qu'on l'ait porté à quitter et abandonner sa mère en une saison si périlleuse , et où elle a plus besoin de lui qu'elle n'eut jamais, puisque les roys en général qui sont naturellement curieux et jaloux de leur honneur, et l'église universelle qui ne respire que le salut des âmes , ont approuvé Innocent , il lui sera honorable et salutaire de le reconnoistre pareillement pour vicaire de Sainct-Pierre, et chef de la religion chrestienne, dont il le prie, et conjure par l'amitié , et parentelle qui est entre-cux. Sainct Bernard au mesme temps escrivit au duc une lettre pleine d'affection et d'ardeur, où il déclare combien il avoit receu de contentement de son voyage de Poictiers, l'espérance qu'il en avoit rapporté pour faire la paix de l'église au grand contentement de toute la chrestienté , s'ébahist de son subit changement en pis , et de ce qui s'est passé à Sainct-Hilaire ; quels charmes lui ont ensorcelé les yeux le divertissant du chemin de vérité et de salut, que quiconque en est l'autheur, Dieu juste juge lui en fera souffrir la peine , souhaite ceux-là estre retranchez qui lui causent ce trouble, le prie et supplie qu'il revienne, afin que lui aussi ne soit retranchez avec eux , le conjure de se réunir pour ramener ses amis à la paix , et le clergé à l'église, afin qu'il ne provoque point celui qui est terrible , et qui oste l'entendement aux princes, et est formidable à tous les rois de la terre; nonobstant cela, le duc persévéroit tousjours. Bernard de Bonneval adjouste , que sainct Bernard et Geo-
feio6 HISTOIRE DES COMTES DE POÏCTOU
froy évésque de Chartres, légat en Guyenne pour Innocent, entreprirent un second voyage vers lui , et prirent jour pour confé rer ensemble en la ville de Parlhenay , où ils exploitèrent si biei qu'ils le gaignèrent du tout, et lui réconcilièrent l'ancien évesqiii de Poictiers qu'il restablit en son siège : par ce moyen toute 1. Guyenne se vid hors de tionble et de schisme , sauf que Gréran d'Angonlesme ne pouvoit se rendre jusques à ce qu'estant tombi malade, et prest de sa fin il reconnut son offense, s'excusa de c< qu'il avoit pensé bien faire , et en pleurant amèrement rendit soi esprit à Dieu un jour de dimanche , avec grande contrition ayan le jour précédant célébré la messe et communié , selon qu'attesii l'annaliste des gestes des évesques d'Angoulesme : quoy que l'abbé Bonneval dise qu'il ait esté suffoqué de mort subite en son lict, tout enflé par une juste punition de Dieu, sans avoir eu le temps de se confesser et communier , et qu'en cet eslat il rendit l'âme , qui est un jugement un peu hardiment prononcé pour un abbé: mais on remarque d'ordinaire en lui et en ses semblables trop d'excez en leurs narrations, lequel ne procède pas tant de malice que de zèle inconsidéré ; qui n'est rien en comparaison de ce qui a esté pratiqué depuis ce siècle-là , mesme au fait de cette histoire, qu'on a tellement embarassé et brouillé de fables que c'est honte d'en souffrir les livres estre mis en lumière. Or l'évesque Gérard mourut l'an n3i avant juillet , qui est un tesmoignage que le schisme du duc de Guyenne avoit pris fin dès auparavant , suivant le propre discours de l'abbé de Bonneval, et par ainsi il ne dura pas l'espace d'un an et demi , et cependant les Chartres estoient dattées du papat d'Anaclet , il s'en trouve une de cet an là , par laquelle le duc donna au monastère de Sainct-Jean , son hostei et maison, places et fosse z , sciz vis-à-vis d'iceluy , que lui et ses prédécesseurs , avoient acconstumé posséder, et confirmé les droicts et coustumes que les religieux souloient lever sur la ville , lors bourg ; leur octroyant ce privilège que tout malfaicteur accusé de quelque crime que ce fust ponrroit se retirer à franchise en leur cour , sans qu'il en peust estre tiré non plus que de l'église , fit ce don en plein chapitre du couvent en la main de Hugues esleu abbé, en consi-
dératkm de ce qu'un jour de la célébrité de sainct Jean-Baptiste , il avoit violenté les religieux et converti les offrandes à son profit, dont il s'estoit repenti devant eux , et sortant du chapitre en leur
présence et de leurs barons , s'en seroit allé pour satisfaction nuds pieds les verges en main jnsqucs à l'autel de l'église en grande humilité ou prosterné à genoux demandant pardon a Dieu , déposa sur l'autel la chartre de cette donation après lavoir sous-signée , et fait approuver par les seigneurs «le sa suite , entre lesquels sont nommez Aldebert abbé de Luçon , et quelques religieux. Ranulfe évesque de Limoges , Mangot vicomte de Mello, Guillaume sire de Matizc , qui depuis fut gouverneur de Poictou durant le voyage d' Aliénor et du roy Louis eu la Palestine , Pierre sire de Fors , Hugues sire de Pons , et Hugues Tîrol du règne du roy Louis en France, Anaclet 11, pape; Gérard évesque d'Angoulesme et légat de l'église de Home , Guillaume Gardrat évesque de Saintes , Tan 1 1.3 1 le seing du duc monstre qu'il prenoit qualité de fils de la comtesse de Tolose f mais qui fut sa femme , ou de quelle maison , les historiens ne s'en accordent pas : les uns disent quelle avoit nom Jeanne , les autres Blanche , d'autres qu'elle estoit de la maison de Navarre ; il est certain qu'elle s'appelloit Afcnor, dont deux Chartres l'une de Saincte-Hadégonde et l'autre de Sainct-Hilaire-de-la- Celle de Poictiers font mention. Le duc en eust un fils surnommé Guillaume le Courageux ou le Hardy, lequel pcédécéda son père qui eut aussi deux filles, Aliénor et Alix ou Pernelle. Fioger de Houéden, historien anglois, donne un autre frère à Aliénor du nom de Joscelin , il faut ou qu'il fust frère de- mère ou bastard, autrement il eust succédé an comté de Poictiers et au duché de Guyenne. Quelques-uns lui donnent encores un autre frère nommé Aymar, perclus et impotent de jeunesse qu'ils font estre la souche des comtes de Valentinois et Diois , nonobstant que nous ayons monstre que cette famille-là est issue des comtes de Poictiers , beaucoup plus anciennement qu'ils ne disent pas : aussi cette fable est inventée depuis trente ou quarante ans en ça , pour en chasser un autre qui se rapportoit au comte Raimondin et a la fée Méiuzine , en quoy du moins y a quelque vaine délectation , et chastouiUement
d'oreilles à oiiir raconter des charmes et actions surnaturelles qui ue peuvent offenser ny nuire à personne , au lien que l'antre narration , outre la lourde rie et foute de sens , elle tient de l'impudence et de la malignité. Car en effecl c'est accuser Aliénor et ses successeurs d'injustice et d'usurpation , et pécher volontairement contre la vérité. Or le duc voulut faire un voyage en Coropostelle , où lui et les ducs ses prédécesseurs avoient une singulière dévotion à Sainct- Jacques ; avant partir , comme s'il eust deviné en mauvaise part de sa santé et de sa vie , disposa de ses affaires rl de sa dernière volonté par un testament qui se trouve à Montier- Neufde Poictiers: car celui qui est inséré ès mémoires publies sous le nom de la Haye lieutenant de Poictou , lequel est faux et controuvé , comme le reste du livre auquel il est incorporé , il est certain toutesfois qu'il avoit advisé de donner en mariage l'infante Aliénor sa fille aisnée au jeune roy Louis, fils de Louis le Gros , loi laissant en dot toutes ses terres et seigneuries; estant accueilly de maladie sur le chemin , il confirma ce testament et mourut le 1 1 avril de l'an 1187, avant arriver à Sainct-Jacques où il fut porté et mis en sépulture devant le grand autel. Puis les barons de sa suite retournèrent en cour , où ayant fait entendre an roy Louis le Gros le déceds de leur seigneur et sa dernière volonté , il l'accepta volontiers, et à cette fin fit dresser un bel équipage pour son fils, qu'il envoya en Guyenne en la ville de Bourdeanx où l'infante ré-sidoit. Le jeune roy estoit accompagne de cinq cens seigneurs et chevaliers , entre lesquels sont nommez Raoul comte de Vermandois, cousin germain du Gros, lequel espousera cy-après PerneMe de Guyenne, et Thibaud, comte palatin de Champagne et de Brie, et le sage abbé Suger. Le mariage accomply en présence des barons de Gascongne, Saintonge et Poictou, le roy receut les hommages de Guyenne , et emmena la reine à Poictiers où ils arrivèrent durant les chaleurs de Testé au moins de juillet avec grande réjouissance du peuple de la contrée. Le premier jour d'aoust ensuivant, le vieux roy décéda en la ville de Paris, le 3o de son règne, et le 60 de son aage; tellement qu'Aliéner se vid reine de France. Paul AEmile remarque que ee mariage fut ap-
ET DtJCS DE GUYENNE.
prouvé de tout le royaume avec un grand applaudissement pour veoir réunies de si grandes seigneuries, qui eussent esté capables tombans en mains estrangères, de caoser beaucoup de maux et de ruines , ce qui sera trop vérifié par îes événemens qui suivirent le divorce. Deux ordres de religieux, les hermites Augustins et les Guillemites, vulgairement appeliez Blancmanteaux, tiennent que le duc ne mounit pas l'an 1 137 , mais seulement que s'estant jette sur les méditations de ses péchez et offenses , surtout pour avoir fomenté le parti d'Anaclet contre le pape Innocent , fut trouver un bon h ermite , pour lui demander conseil de sa pénitence , lequel se défiant que ce fust une feinte, le renvoya à un second (ils né les nomment point, ni les endroicts de leurs demeures), cestui-cy après avoir oiîi et sondé le dnc , lui ordonna une assez dure pénitence : car il attitra un serrurier par lequel il se fit vestir^tme cotte de maille, qui fut rivée sur sa chair nue, et attachée avec sept ehaisnons on bandelettes de for, puis prenant trois autres" bandes de fer larges de deux doigts, de Tune loi en fit faire comme une eonron ne autour delà teste, sur laquelle les deux autres furent entre-croisées , tout cela juste à la mesure de la teste , bien serré et cloué, afin de le porter le reste de ses jours, vivant en prières et oraisons retiré du monde; cela fait, il entreprit le voyage de Sainct- Jacques , où estant arrivé en cet équipage, il se découvrit »' un Albret son serétaire , son maistre d'hostel et son valet de chambre. (Mais comment le duc pou voit- il céler ces larges bandes de fer qu'il avoit autour de la teste ? Comment cette cotte de maiHe ? 3Ne s'en apperceut-on point au lict, ou changeant de linge , sur le chemin) leur déclarant son intention estrede faire le mort. Ils en sèment donc le bruit , et supposent dans le cercueil un fardeau qu'ils ensevelirent , lui cependant se déroba secrètement , et fut visiter le pape Innocent à Rome , auquel il se fit connoistre , re-' ceut sa bénédiction , et lui ordonna de se retirer par devers le pa-> triarche de Hiérusalem , qui Tabsoudroit de son excommunication, ce qu'il fit H sçavok bien le chemin , car il avoit fait le voyage deux fois à ce qu'ils disent ; le patriarche lui ordonna de demeurer" neuf ans dans une grotte qui fat foite derrière l'entrée des maraittts;
de son palais, où il demeura renfermé en très grande repenlance T et abstinence de boire et de manger. Ses parens et amis en eurent le vent , l'allèrent trouver là, essayèrent de le ramener au monde , mais en vain; ne fat-ce point ce qui mena outre-mer le roy Louis le Jeune , et sa fille Aliénor l'an 1 1 47 » car les historiens pouvoient s y estre trompez , en assignant une autre cause de leur voyage ; se voyant découvert et visité de toutes parts (cecy ne ressent-il point le roy Carloman retiré au mont Soracte?) Il quitta la Palestine, fit un voyage en Toscane , et passant près d'un chasteau assiégé par les Luqnois, il s'offrit à les servir, dequoy il devint aveugle, pub recouvra la veue après sa repentance , et retournant en Hiérusalem , demeura deux ans dans un désert , et de là visita derechef Sainct-Jacques en Galice , puis repassa dans la Toscane en la forest Lyvalie , aujourd'huy Lupacano , où il dressa un hospital et congrégation d'hermites, lesquels s'estans débauchez, il fit un voyage en France , restaura Tordre des frères hermites de Sainct- Àugustin , fut fondateur des Gnillelmites qu'il réduisit des hermitages aux villes et citez , retourna en Toscane à Buriano , au terri— toire de Pise, où il enseigna les vertus et propriétez de TAgrimoine, garissant des maladies incurables , laquelle à cause de lui on appelle l'herbe de Sainct-Guillaume en ce païs-là : enfin sa dernière demeure fut en une vallée déserte , dit lors cstables de Rhodes, aujourd'huy Malvant, distant de Chastillon de la Pescherie environ une lieue et demie : l'an 1 1 55 il y fit bastfr un hermitage où estant entré fit mourir un merveilleux dragon , et fit plusieurs autres miracles , et finalement mourut le i o février 1 1 57 , et depuis canonisé l'an 1202, selon Meier en son histoire de Flandres. Voylà les principaux poincts de la vie de sainct Guillaume qu'on présuppose avoir esté duc de Guyenne père d' Aliénor. Mais il y a tant de choses à redire là-dessus , que le cardinal Baronius (juge qu'on pourroit en cecy soupçonner plus indulgent que suspect) a eu bonne raison de révoquer l'histoire en doute : joint que la vie que Surius a publiée sous le nom d'un Théobaldus évesque d'un lieu qu'on ne sçait pas , celle de Pierre de Natalibus, celle de la grande légende dorée de la correction de maistre René Benoist, celle de
Sanson de la Haye religieux de Tordre des Blancsmanteaux , celle de Baptiste Cavalcantini Florentin, ce qu'en ont escrit Volaterran , Pamphilus et autres , sont tellement différentes et remplies d'absurditez , qu'on pourroit penser qu'ils ont pris plaisir à se contrarier et à feindre des impiétez et vilénies , pour les attribuer à cet excellent et dévot seigneur. Ils le confondent avec son père, et les salétez que le Moyne de Malmesburi a inventé contre le père , ils les détournent sur le fils ; et au contraire ce qui se doit blasmer au fils ils en noircissent le père, puis ils en forgent un géant , duquel Cavalcantini a veu les ossemens , la cotte de maille et chesnons qui l'attouchoient ; un lestrigon ou gourmand, qui dévoroit et mangeoit plus que huict personnes, et faisoit un idole de son ventre , un fier-à-bras et violent , qui n'avoit de règles que ses passions tyran niques , un paillard et adultère , voire un incestueux , qui a ravi de force la femme ( les plus modestes disent) d'un sien proche parent, les autres qui sont moins scrupuleux / et qui possible n'en eussent pas fait conscience en leur particulier, disent de son propre frère. Bref pour monstrer un plus grand effect de la puissance de Dieu en sa conversion et pénitence , ils ie dépeignent d'autant plus meschant et détestable. Nous ne disons pas cecy pour soustraire aux Augustins leur restaurateur, ni anx Blansmanteaux leur patron et fondateur, mais à ce qu'inspirés d'un esprit pacifique ils assoupissent les disputes et contentions qu'ils ont excitées entre-eux sur ce sujet , qui ne les regarde en façon du monde. Ils doivent considérer que la qualité et condition grande ou petite entre les hommes, est indifférente devant Dieu, et leur doit suffire que leur ordre ait été institué par un personnage de bonne et saincte vie , qnoy que ni comte ni duc , et que l'église et les fidelles chr es tiens l'ayent approuvé, sans tascher par feintes pensées de le rendre plus recommandable sous prétexte d'un fondement si fragile , que celui qui est appuyé sur les grandeurs et puissances terriennes. Ce n'est pas de cet heure , ni en la seule Italie que les hommes ont appris de sanctifier ceux qui leur font du bien. De là sainct Guillaume le Piteux duc de Guyenne et comte de Provence, fondateur de Cluny l'an 879 , et si encores ce tiltre de Provence ,
et la datle sont faux. De mesme source procède ce'sainct Guillaume duc de Guyenne et comte de Provence, qui se fit religieux après avoir combattu vaillamment contre les Sarrasins et en avoir rapporté de belles victoires , et qui mourut Tan 806 durant le règne de Charle-magne , au lieu qu'il fauf dire que Guillaume III , duc d'Occitaine ou Languedoc , et comte de Provence délit les Sarrasins du Fraxinet, puis bastit un monastère et prit l'habit de religieux de Tordre de Sainct-Benoist, par les mains de Mayeul abbé de Cluny. Néantmoins vous voyez le désordre et Terreur , où nous ont plongé ces mauvais historiens : Durant ce siècle-là et autres suivans, les grands seigneurs avoient de couslume de mourir en Thabit de religieux ; les monastères on ils sont décédez voulant s'en prévaloir et en tirer du lustre les ont fait saincts ; ainsi Guillaume Teste-d'Estoupe , duc de Guyenne II du nom , pour estre mort en cet estât au monastère de Sainct-Cyprien faux-bourg de Poictiers est réputé sainct. Ce n'est pas Tayeul de Guillaume IX , qu'ils disent le V , mais son quadrisayeul : et Guillaume III , qui décéda pareillement en Tabbaye de Sainct-Maixant en a gaigné un pareil advantage. Albert Crants fait encores mention d'un autre duc de Guyenne, appellé Guillaume, instituteur d'un ordre de religieux, lequel a esté canonisé. Comment les estrangers ne seroient-ik aveugles en l'histoire de nos ducs , puisque nous mesmes qui sommes nez , eslevcz et envieillis dans les terres de leur obéissance , ni voyons rien non plus qu'au milieu des ténèbres ; il faut reconnoistre en cela nostre ignorance , et vaut mieux en user ainsi que confondre tout, et qui pis est adjouster à la lettre , et de propos délibéré controuver des fables , et penser honorer Dieu par un faux honneur: c'est tromper sa conscience et le monde; tendre des filets pour surprendre les simples et idiots, dont il faudra quelque jour rendre compte. Ainsi mourut Guillaume IX duc de Guyenne , le dernier en France en ligne masculine de la souche des anciens ducs ; fils de Guillaume VIII et non simplement cousin , comme a voulu feindre Claude Seissel , voulant défendre une bonne cause par de mauvais argumens : De ses deux autres frères , Tun Henry devint prieur de Cluny , l'autre Raimon , cstajriit sa fortune en la
Palestine, et laissa une glorieuse et puissante lignée dont sera parlé c y-après, ayant premièrement touché comme en passant la fortune d'Aliénor et de sa sceur Pernette , pour mettre fin â cet
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HISTOIRE DES COMTES DE PoiCTOV