‹ Histoire des comtes de Poictou et ducs de Guyenne; contenant ce qui s'est passé de plus memorable en France, depuis l'an 811 jusques au roi Louis le Ieune ed. by J. Besly the youngerChapitre 37 sur 38 · CHAPITRE TRENTE-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-HUITIEME

SOMMAIRE

3)ivorce entre Raoul comte de Vermandois et Êïeonore son espouse. — Ives cardioal , par le commandement du pape Innocent, excommunie Raoul. -Le roy Louis fait la guerre au comte de Champagne. — La proximité d'entre hiy et le comte de Ver- • roandois. — L'absolution du comte avec cautele du pape — Le roy force Vitry-le- Partois , brwie l'église. - Le roy «ait vœu de faire le voyage du lerant. - Le sentiment des historiens sur ce sujet. - Bclle-Forcst noté. - Serment du roy YÎolé. - Fait vœu d'aller en Terre Saincte. - Son voyage et de la reine. - Bon accueil que Raimon .prince d'Antiochc fit au roy. — Le roy refuse secourir Raimon. — La vengeance qu'en prit Raimon principal motif de la dissolution du mariage du roy cl d'Aliénor. — Leroy emmène la reine. — Haine^ntre le roy et sa femme procédant de jalousie. — Le retour du roy en France. — Enfans du roy. — Thibaud comte de Champagne disgrâcié.- Consanguinité du roy et d' Aliéner, cause de lenr séparation. - Séparation jugée. - Les deux filles du roy demeurent légitimes. - Leur» mariages. - Les diverse* pensées et opinions des historiens sur cette séparation. - Parenté du roy avec Aliéner. - Le degré expliqué. - Maurienne est Savoye , et Morini est Pontbieu. - Relraicte d* Aliéner en Guyenne. - Thibaud comte de Blou etGeofroyde Plantegenet s'efforcent de l'espouser. — Elle se retire à Poictiew.- Henry I comte d'Anjou ïespouse. — Le «roy Louys ne trouve pas bon ce mariage. — Pourquoy est-il appellé le Jeune. — La reine Aliéner demeura duchesse de Guyenne. — Erreur de Cujas qui tient la Guyenne fief masculin.

Le mariage du roy Louis et d' Aliénor infante de Guyenne eut un assez heureux commencement pour l'affection mutuelle qu'ils

s'cntre-portoient. Pernelle n'estoit pas mariée. Raoul comte de n^eu*, Vermandois , séncschal ou grand maistre de France, qui avoit le ^""1^ ont' ^

germain sur le roy, fit divorce avec son espouse EléOnOre , .° rit1U • , • C ° , ■ to -,. " *• do Yarmandci»

t'nuphre la nomme Pernelle, pour prendre l'autre à femme fut excommunié l'an 1 142 , quoy que Belle-Forest ait advancé que le mariage en fut* 0 ^ p^jj^ solcmnisé dès l'an 1187 , en la ville de Bourdeaux. Yves cardinal» femme | fillepar le commandement du pape Innocent H, et à l'instance du jj"' 1 ^ d .',tu^û comte Thibaud, excommunia le comte de Vermandois, et suspen- « lbi » to5re . dit les évesques qni avoient connu du divorce. Le roy affectoit si iort celte affaire qu'il en meut guerre contre le comte de Champagne , et le réduisit au point de jurer que non seulement il essaieroit de faire lever l'excommunication, mais aussi qu'il l'obtiendroit. 11 faut Lieu dire que la répudiée le touchoit de proximité de sang, Onuphre, personnage incomparable en l'histoire, tient en son quatriesme livre des princes d'Italie, qu'elle estoit sœur d'Alix, troisiesme femme du roy, par ainsi fille de Thibaud, ce que nous ne trouvons nulle part, et la. grande chronique de France l'appelle sa cousine seulement. Tant y a que l'absolution du comte de Verinaudois fut obtenue avec beaucoup de peine et de difficulté , et . avec rautclle du pape , qui cetenoit dans son âme de procéder à . nouvel interdit , si tost que le comte de Champagne serait dégagé de sa promesse , et mis à couvert de la rancune du roi ; et de fait, il l'exécuta comme il l'avoit proposé. Le roy qui sentit la tromperie , marry qu'on se jouast de lui s'en adressa contre le comte de Champagne , et força Vitsy-le-Partois dont J'église fut bruslée , avec treize cents personnes. L'on dit qu'aux nouvelles qu'il en eut il en pleura à chaudes larmes , et qu'en expiation il voua le voyage du levant. Mathieu Paris et llobert du Mont rapportent* ces ex-r communications-contre le roy sur ce sujet de l'élection d'un Pierre^ en archevesque de Bourges, qju'il refusoit d'accepter. Toutesfois il est aisé à voir par le discours de plusieurs lettres de sainct Bernard, les grandes chroniques de France , celle de Tours, et pinsieurs autres, avec celle de Nangis, que c'est une calomnie des* partisans «l'Angleterre* quoique Vignier. les ait suivis : car quant a Belle-Forest sou authorité n'est de telle importance qu'il faille s'a-.

HISTOIRE DES COMTES DE POfCTOU

muser à le réfuter. Mais nous' ne voulons pas mer que leslection de 1 archevesque de Bourges, faite contre le gré du roy, ne le rendis! plus affectionné en cette guerre, pource que le comte Thihartè supportait l'archevesque contre loi, et favoriseit l'intention du pape : mats que le royaume ait été pour ce sujet mis en interdit, c'est pourquoy nous ne sommes pas d'accord. Et Mathieu Paris monstre bien la fourbe quand il attribue cela au pape Eugène IH , Tan i i^S veu que tout cecy s'est démeslé Tannée 1 143 et la suivante, du temps d'Innocent II. Davantage on ne sçauroit désirer un meilleur traict de roman que ce qu'il adj ouste , que le roj incbgné de fin jure et offense à lui faite par cette eslection , il fit serment sur les sainctes évangiles, pour' cet effect proposées en publie , que de son vivant l'archevesque ne mettrait le pied dans la ville de Bourges , et néantmoins depuis il le consentit , à la persuasion de sainct Bernard, et pour demeurer quitte de son parjure, il fit vom d'aller en la Terre Saincte. Comme si Kneendfe de Vi- , try et la mort de tant de personnes , ou la ruine d'Esse en la Mé- i sopotamie prise par les Turcs, avec la perte d'un nombre die chrestiens ne donnoient pas un plus légitime fondement à une si grande entreprise qu'un parjure , duquel sainct Bernard eust esté garend» Or le roy et la reine, et plusieurs princes et seigneurs du royaume, se croisèrent à Veselay durant les festes de Pasques, et commencèrent leur voyage d'outre-mer le 3o de juin, 4 jours après la Pentecoste, de l'an ii4&, passèrent en Antioche l'an n4g, où le prince Raimoo I , oncle paternel de la reine , les recueillit magnifiquement. Durant leur séjour en la ville , le prince voulut persuader le roy à lui prester ses forées contre les Turcs , qui lui occupoient quelques places , et eonceut un tel dépit du refus , qu'il excita la reine à mespriser son mary , et sous prétexte de parenté qu'elle apprit estre entre-eux entre lie tiers et le quart , déclara que pour le salut de son âme, elle ne pouvoit plus librement coucher avec lui , et désirait la dissolution de leur mariage. Le roy bien ébahy jugeant qu'il avoit besoin d'user d'artifices pour éluder ce dessein , estant d'ailleurs merveilleusement amoureux de la reiae , dit qu'il le wiloit biea, mais qirli faUoit avoir Kadvis et le

W DUCS DB GUYEHNE. 31?

consentement de son conseil et des barons de France î et là-dessus trouva moyen de faire sortir la reine de nuit et àla faveur des té^ nèbres et de quelques intelligences, sans prendre congé du prince Raimon , suivit la route de Hiérusalem. L'offense demeura gravée bien avant dans le cœur de tous deux, quoy qu'ils s'efforçassent de le dissimuler. Depuis ce temps là le refroidissement de leur amour ' conjugale ayant esté fomenté de nouveaux mespris , parvînt à un tel comble que le roy fut dès lors en volonté d'entendre à la dissolution de son mariage, de quoy il fut diverti par les lettres du sage abbé Suger, régent du royaume, qui lui conseilla de surçeoir jusqnes à son retour de deçà , où il arriva l'an Cette haine sourde au commencement prit de si fortes racines à la longue , et s'augmenta de sorte par diverses occasions , mesme de jalousie, que le roy se résolut de se séparer d'avec sa femme, quoy qu'il en eust deux filles , dont Tune estoit née depuis leur retour du levant; néantmoins avant que d'en venir là, H fit un voyage en Guyenne , où il convia le comte Thibaud de Champagne qui s'excusa, et à cette cause encourut la disgrâce de sa majesté , laquelle exécuta son dessein , et ostans les garnisons des villes et chasteaux de Guyenne, les emmena delà Loire. Cependant il avoit donné ordre pour l'assemblée d'un concile des prélats de son royaume , en la ville de Baugency par la permission du pape , afin d'adviser sur son divorce : enfin le mardy de devant Pasques- Flenries de l'an i i5a , la consanguinité jurée par te roy , et vérifiée par tesmoin», les parties furent séparées, et permis à elles de se marier où bon leur sembleront : Marie et Alix demeurèrent légitimes , la première espousa depuis Henry comte de Troyes ; et sa sœur, Thibaud le bon comte de Blois. Guillaume de Neubrige, ancien authenr et proche du temps, tesmoigne qu'Aliénor ne fut pas moins contente du divorce que le roy, parce qu'elle se desplaisoiten ses mœurs peu agréables , se plaignant avoir espousé un moyne, non un roy , ce qui a bien apparence, ven que les premiers motife de la séparation venoient de sa part, et les avoit fait esdater en la ville d'Antioche. L'on ne sçauroit s'imaginer les impostures 1 qui ont esté inventées et escrites sur ce divorce au pré-

3l8 HISTOIRE DES COMTES DE POJCTOU

judice de celte illustre princesse, de l'honneur du roy Louis et de la piété du pape ; les uns supposent qu'elle devint amoureuse de Saladin, et qu'en sa faveur il. délivra quitte de rançon un Saldebreiiil qui ne fut jamais en nature : comme aussi Saladin ne fut de long-temps après roy d'Egypte , au rapport de là chronique des caliphes , que le sieur Joseph de la Scala.a retiré des escrits d'A~

Abraham Za'ull, braliam Zacuti de Salamanque. Les. autres qu'elle essaya de; se dé- "7! roher pour aller, trouver. ce prince sarrasin, mais fut ar restée dans ;

«mm. n.fi. soo bateau par un chevalier François , un autre a escrit qu'elle fut diffamée d'aduler e avec un iofidelle et de race de diable, entre les autres il y en a un impudent en toute extrémité nommé Girard, qui ne fait point de difficulté de rappelle* paillarde , desbordée v tenant boutique ouverte à. tout le monde, et que le roy de honte de confesser sa misère prit le prétexte de parenté ,.pour rompre . honnestement son. mariage, combien qu'il n'y en eust point en degré prohibé : mais le pape conniva avec lui, qui dist le mot en ; l'oreille des évesques, qui sont termes de ,gens impies et sans religion-, comme si le roy, le pape et les. évesques,. eussent voulu abuser des sacremens. de l'église > pour couvrir un. maléfice digne de punition exemplaire : ils osent denier cette parenté , nonobstant que lesiauthcnrs du temps en demeurent d'accord avec saioct Bernard,, qui estun tesmoin sans reproche , et d'autant plus.croyable qu'il en parle plusieurs années devant le voyage d'Asie,. et en une saison que l'amitié du roy et de la reine estoit en sa plus, forte vigueiir, à,sça voir l'an. u4? ou 43 , traietanfc de l'excommunication, du comte Haoul de Vermaodois à cause de son mariage , et de PéV : trouille de Guyenne so$ur de la reine; en un point seulement il semble différer des. autres autheurs, qu'il désigne leur parenté du tiers an quart degré, disant qu'ils, s'a Uaignoient de consanguinité « presque au tiers degré ; où Jes autres- disent nommément au quart, ce qui est aisé à concilier, parce que ceux-cy. parlent selon une règle du droict canonique , qui veut qu'en question de^deux parents , desquels l'un est descendu d'un degré, on compte par le plus proche; mais de particulariser cette consanguinité* c'est ce qui est difficile , . ne se trouvant rien parmi les escrivaios qui nous

Et DtlCS DÈ GUYENNE. ÛtC)

puisse aider , les uns ladéclarans d'une façon , les autres d'une autre. Les uns qu'une fille de Philippes I, sœur de Louis le Gros , tante du roy Louis VII, fut femme de Raimon comte de Tolose, et que d'eux vint Aldéardc aycule d'Aliénor: comme aussi qu'Im- "bert, comte de Terouenne, avoit espousé une tante paternelle d'Aliénor , et d'eux estoit issue Alix femme de Louis le Gros , mère de Louis VII et cousine germaine d'Aliénor, en quoy il y a plusieurs -erreurs : car par ce moyen on confond Maurienne qui est Savoye ,

et Morini , qui est Ponthieu , estant certain que la reine Alix femme de Louis le Gros , estoit fille d'Humbert comte de Maurienne. Puis Aldéardc estoit bisayeule et non ayeule d'Aliénor , ny fille de madame Constance de France femme de Raimon, ayeul du dernier Raimon comte de Tolose , lequel ayeul, et Aliénor estoient entre le tiers et le quart. Autres disent que i'ayeul d'Aliénor avoit espousé une sœur du roy Louis VII , et que la mère du roy estoit sortie de I'ayeul d'Aliénor qui est mesme chose. Pour accorder cela et trouver la vraye parenté , il est besoin prendre pour fondement le degré que sainct Bernard a déclaré, et par ainsi il se trouvera qu'Aldéardc, bisayeule d'Aliénor, estoit sœur de la femme de Humbert comte de Maurienne , et conséqemment tante de la reine Alix mère du roy Louis VII, tellement que le roy et le père d'Aliénor estoient issus de germains, et au tiers degré de consanguinité. La reine estant descendue d'un demi degré, qui est-ce que sainct Bernard veut signifier disant que le roy et elles estoient cousins presque au tiers degré, et cela n'empescheroit pas que le marquis de Snze fils du comte Humbcrt n'eust espousé Agnès de Guyenne, sœur du duc Guy-Geofroy mary d'Aldéarde, et bisayeul d'Aliénor, comme vent Philebert de Pingon. Car ce n'est qu'une alliance réciproque et mutuelle, prise entre les deux maisons. Or, la séparation faite , Aliénor que plusieurs barons de ses sujets estoient allez trouver , voulut se retirer en Guyenne, et passant à Blois , le comte Thibaud qui depuis fut son gendre , essaya de l'espouser par force et de fait il eust effectué son dessein, sinon qu'elle trouva moyen d'eschaper de nuit et gaigna la ville de Tours, où elle receut encore une autre traverse : car le comte Geofroy Plan-

du ro). et que p*r tout le chemin elle n'entre-

tegenet fils de Geofroy IV dit le Bel , et frère prôné de Henri I , comte d'Anjou , lequel estoit simple seigneur de Chioon , Loudun et Mirebeau , tenta pareillement de l'espouser , et à cette fin loi dressa une embusche au port de Pilles en intention de la ravir: mais advertie par ses anges (ce dit le chanoine de Tours) c'est-^ oij«,, k«u>. dire , qu'en ayant eu advertissemenl par gens exprès, elle prit m ri«.a.p«ii,ia aulre cncmm et finalement se saura dans la ville de Poictiers, vers

i«u*to que Ro|*r la feste de la Pentecoste ensuivant Henry I , comte d'Anjou , le "™ ! wmîT'dê Mayne et la Tour aine , duc de Normandie , la rechercha en ma- Fo.«, r.c«)mp«- niçç auquel elle condescendit, c estoit un jeune seigneur, on peu co„,™.n4.n«,t rousseau , de grande beauté et d'un magnanime courage , héritier présomptif de la couronne d'Angleterre et d'Irlande , de par sa mère Mahaut fille aisnée du roy d'Angleterre , laquelle veufre de Henry I empereur , avait espousé Geofroy Plantegenet père de " cet Henry. Le roy Louis ayant sceu le mariage de la princesse ne fut pas à se repentir de lui en avoir laissé la liberté , et en cooeeut une baine mortelle contre Henry. Aucuns pour blasmer sa faute ont volontairement péché contre la vérité de l'histoire , disans que pour ce divorce fait trop à la légère qni lui importoit de plus du tiers de son royaume , il en lut surnommé le Jeune , car ceux qui l'ont ainsi escrit sçavoient assez qu'on l'appelloit le Jeune , à la différence de son père , avec lequel il régnoit portant un pareil nom , mesmes il se trouve des Chartres de lui de L'an 1137, ou ^ * donne le tiltre de jeune , avant le déceds de son père , telle est b chartre de lui pour Tarchevesque de Bourdeaux. Comme aussi b Guyenne demeurant à la reine Aliénor après la séparation , tesmoigne que le docteur Cujas sans raison , a laissé par escrit que la Guyenne estoit fief masculin , dont les femmes n'estoient capables, sous couleur qu'après le déceds du duc Guillaume IX, pèred'Aliénor , le roy Louis le Gros l'avoit mis en sa main , et allègue IsV dessus l'abbé Suger pour garend. Toutesfois il ne se trouva poûi* que Suger ait escrit ce qu'il dit ; majs, un antheur incertain qui » poursuivi les gestes du roy Louis VJL

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