CHAPITRE CINQUIÈME
SOMMAIRE
Dficcnlr des Normands en Guyenne. — Leurs ravages. — Si*guin comte de Bordeaux, et de Saintes tué. — Hério ou Noirmoustier bruslé. — Aix prés la Rochelle.— Boyaume de Guyenne relève de la couronne de France. — Pépin et Charles, eufans de Pépin I, prisonniers se sauvent, sont repris et tondus. — Charles, archevesque de Maïence. — Cornes Àrbatiliccncis, comte d'Herbauge. — RanuHc combat les Normands. — BriUac. — Monasière de Luçon bruslé. — Êvesché de Luçon.
La perte de Renaud et de Hervé et Bernard ses enfans fut à grand dommage à toute la Guyenne : car, l'année d'après, les Bretons sortans de leurs frontières se jettèrent sur le pays Nantois et sur l'Anjou jusques à la rivière de Mayenne , mettant tout à feu et à sang, et s'en rendirent les maistres, comme aussi les Normands descendirent entre Saintes et Bordeaux, dont le comte, que Loup de Ferrières nomme Seguin , s'estant voulu opposer à eux fut tué en une bataille à pied. Ils forcèrent Saintes dont ils tirèrent les thrésors, et enfin s'espandirent par tonte la Guyenne, bruslèrent Hério , qui est Noirmoustier, et non pas Oleron , comme a pensé Nangis , ny Rhé, ce qu'autres ont escrit. Les Chartres de ce tempslà font mention d'une autre Isle appellée Hèro, ou Hérus aujourd'huy Hièrcs eu Marennes, au gouvernement du pays- d'Aunis , afin
qu'on ne les confonde. Ils embrasèrent aussi le monastère ou prieuré conventuel d'Aix situé en une petite Isle près la Rochelle à présent destruite et abandonnée , combien que le prieuré qui despend de Cluny soit de bon revenu. Bourdeaux, Limoges , Angoulesme, Tours, Beauvais, Noyon, Orléans, Poictiers, Bourges, Clermont d'Auvergne, et infinis monastères, églises et chasteaux souffrirent pareille infortune , et furent saccagez et destruits. Paris ville capitale du royaume n'en fut pas exempte , car ils y descendirent par la rivière de Seine, d'où le Chauve les chassa par composition , et à force d'argent. Dieu ce semble vouloit par ce moyen chastier la France de ses divisions et partialitez, et du peu de respect et d'honneur qu'ils portoient au jeune Pépin ÏT , avec lequel le roy son oncle avoit cy -devant pacifie , et luy avoit bissé le royaume de Guyenne à la charge de l'hommage à la couronne de France, comme on recueille d'un concile de Soissons. Et de fait Pépin s'en qualifia toujours roy au tesmoignage de plusieurs Chartres, mesmement d'une de S. Estienne de Limoges du i5 des calendes de Février, indiction 8, de son règne le 8, qui revient au 1 7 Janvier 845, mais ce jeune prince fit tant de tours de jeunesse , et se comporta si indiscrètement qu'il s'accueillit la haine des seigneurs du pays , jusques au peuple qui se plaignoit de l'oppression des plus grands, sans qu'il leur en fist faire justice. Le Chauve prît de là occasion de vouloir rentrer en ses premiers droits , et donna charge de prendre Pépin et Charles son frère. Ranulfe I , comte le Poictiers, fils de Renaud se saisit de leurs personnes , et les rendit ès mains de leur oncle qui les fit tondre et renfermer au monastère de S. Médard de Soissons, l'an 85 1, d'où ils trouvèrent moyen d'eschapper , et se sauver en Guyenne; mais le comte Ranulfe usa de tant d'artifices qu'au mois de septembre de l'an 852, il les remit en la puissance du Chauve , lequel fit confiner Pépin en prison perpétuelle à Compiègne ou à Senlis (selon Reginon) et tondre Charles son frère , et enfermer au monastère de Corbic par advis et authorité des prélats et barons de France , assemblez en un sinode tenu à Soissons au mois d'avril de l'an 853 , le Charles depuis fut fait archevesque de Mayence, l'an 856, et mourut en ceste charge le 3 de
•, cap. i,p.
Juin 863 (i). Nostre comte et son cousin Ray mon comte cYHerbauge (en latin Arbalilicemis , et non Artabilicensis comme il est eserit dans Vignier et Fauchet , ce qui leur en a osté la vraye connoissance) cornbatirent les Normands à Brillac et forent contraints de se retirer en grand haste le 7 de novembre 853, mais ils n'y moururent pas , et faut bien que les exemplaires où le président Fauchet a pris ceste particularité fussent corrompus , et gastez. Car Ranulfe vesquit plus de dix ans après , et Adon de Vienne lors vid» gtnh .<»£/. 1. vant , et Guillaume de M almesbury , qui doit la noter empruntant de luy , asseurent par exprès que le comte Ranulfe qui coaahatit les Danois avec Robert le Fort, Tan 867, est celuy mesme que reprit Pépin après son évasion , ce qui tranche toute difficulté. Ce Brillac a esté fatal à nos comtes, car vous verrez qu'Ebles I, fils de Ranulfe y sera tué l'année suivante, en may. Ces barbares bruslèrent le monastère de Luçon qui avoit esté basti au mesme temps que celuy de Noirmoustier. C'est maintenant un bel évesché desmembré de celuy de Poicticrs, et qui a esté érigé par le papo Jean XXII , à la postulation du pays , le roy ayant joint sa prière avec ses sujets envers le pape.
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(1) Il.yon. /un., Epkemerid. Nonast. Galli. Ce sctoil Je 4 de juin, ctitaAnnal.,
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