AVANT-PROPOS
Lorsqu'au mois de décembre 1887 j'înangurai à la Faculté des lettres de Poitiers les conférences d'histoire du Poitou que j'y ai poursuivies pendant neuf années, il n'entrait nullement dans mes intentions d'en faire le point de départ d'une étude générale sur quelqu'une des périodes de cette histoire.
Ce n'était tout d'abord qu'un essai, dans lequel ceux qui l'avaient inspiré et moi-même n'avions vu que l'occasion de faire participer les personnes que ces questions pouvaient intéresser aux connaissances spéciales que j'avais pu acquérir par une longue pratique , mais les faits sont venus, comme il arrive souvent, donner un démenti aux prévisions.
Quand, après avoir passé en revue l'histoire de la province, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin de l'ancien régime, il a fallu reprendre avec plus de détails chacune des parties de cette vaste esquisse, c'est alors que les lacunes qui pouvaient se dissimuler dans un ensemble apparurent sans voiles.
Lors de ma première conférence, j'avais dit aux auditeurs qu'attirait la nouveauté de cet enseignement que je passerais légèrement sur ce que tout le monde devait savoir, mais que je m'étendrais aussi longuement qu'il me serait possible sur ce que l'on ignorait généralement.
C'était de l'inédit que je promettais, et, sur ce point, j'ai tenu ma parole; mais ce qu'il ne fut pas toujours facile de faire, c'était de souder ensemble tous les faits ainsi exposés, et d'assurer que ceux-ci étaient
bien mis à l'cndroil qui leur convenait. A ciMé de rhislorien, ou plutiH du narrateur, il y eut donc lieu d'assurer une large place au critique, mais, des preuves ou des témoignages amassés par celui-ci, bien souvent il n'est rien resté, du moment qu'ils n'avaient d'autre assise que la parole lancée du haut de la chaire professorale. Pour convaincre, il faut des textes.
Aussi n'eus-je pas trop lieu de m'étonner quand, rendu à mes études ordinaires, je vis attaquer certaines théories que j'avais exposées de mon mieux, mais qui n'avaient pu amener à elles tous ceux devant qui elles avaient été produites : la bataille de Vouillé^ la question des Tai^ /aies, râtelier monétaire de Melle, les armoiries du comte de Poitou, m'amenèrent successivement à prendre la plume. D'autres polémiques auraient pu se produire, ce que voyant, de bienveillants amis, que je remercie de leur sollicitude et de leur sympathie, quelque fatigue qu'elles m'aient imposée, me pressèrent de mettre au jour le résultat de mes recherches sur Thistoire de notre province.
Je ne pouvais évidemment entreprendre une histoire générale du Poitou sur le plan tracé par D. Vaissete pour le Languedoc et si largement retouché par ses nouveaux éditeurs; des œuvres semblables ne peuvent être le fait d'un seul homme : au promoteur de l'entreprise il est indispensable d'adjoindre le concours de plusieurs bonnes volontés. J'étais seul, un sujet limité s'imposait donc; enfin, après avoir bien hésité, je me suis décidé pour l'histoire des Comtes de Poitou.
Je dois pourtant dire que deux autres travaux m'avaient vivement tenté: l'un était de faire la géographie historique du Poitou, l'autre d'étudier la condition des personnes et des terres dans ce pays pendant le gouvernement de ses Comtes. En m'arrêtant à ce dernier sujet, je ne faisais que reprendre sur un plan plus étendu la thèse que j'avais soutenue à l'Ecole des Chartes et dont j'avais seulement tiré quelques années après un mémoire sur les Colliberts, mais, en y réfléchissant bien, il apparaissait nettement qu'avant de traiter un point spécial de l'histoire du Poitou au temps de son autonomie féodale, il fallait être très documenté sur celle-ci dans son ensemble. Or, et j'avais été maintes fois à même de le constater, le manque de notions certaines sur les Comteç