EUDES
Le nouveau comte était encore fort jeune ; il ne devait pas avoir plus de vingt-six ans et avait passé en Poitou la plus grande partie de sa vie. On le voit assister, du vivant de son père Guillaume le Grand, aux réunions où celui-ci se présentait entouré de ses deux fils aînés qu'il semblait par ce fait associer à ses actes d'administration ; d'autre part, jusqu'en 1032, Eudes avait résidé constamment à la cour de son frère, ainsi que nous l'apprennent les actes auxquels il prit part et où leurs noms sont toujours associés. A cette époque, il se rendit dans le midi pour essayer de recueillir la succession de son oncle Sanche, comte de Gascogne et de Bordeaux, qui venait de mourir; aussi est-il probable qu'il n'assista pasàla bataille de Mont-Gouer, la soudaineté de l'attaque ne lui ayant pas permis d'arriver à temps pour prendre part à la lutte. Mais après que Guillaume fut sorti de prison, Eudes reparaît à côté de lui en Poitou avec son litre de comte des Gascons (1). Le pays où il avait passé sa jeunesse l'attirait beaucoup plus que celui dont il venait d'hériter, aussi s'empressa-t-il de répondre à l'appel des Poitevins ; mais quelque hâle qu'il y apportât la trahison l'avait devancé.
La soumission des seigneurs qui avaient favorisé les projets ambitieux d'Agnès et amené le désastre de Mont-Couerne fut jamais bien sincère, aussi la comtesse n'eut-elle pas beaucoup de peine à les décider à prendre les armes contre leur nouveau suzerain ; on pourrait même induire d'une simple mention relevée au bas d'une charte qu'elle donna à ses partisans le semblant de prétexte dont ils avaient besoin pour justifier leur félonie en faisant prendre à son fils aîné le titre de comte de Poilou aussitôt la mort de Guillaume le Gros (2). La rançon payée par ce dernier
(i) Chartes de Saînt-Jean d'Angély de l*année loSy (D.Footeneau, XHI, pp. i4i et
(2) Au mois de janvier, Teq sept du règne du roi Henri, le vicomte de Thouars approuva le don du prieuré de Saint-Jacques de Montauban faiipar son vassal Dodel in à Tabbaye de Saint-Jouin-de-Marnes ; en dehors de l'indication chronologique principale il est dit dans la charte qu'en ce temps la comtesse Agnès tenait avec son fils Guillaume le comté de Poitou, a Gomilissa Agne cum Willelmo filio comitatum Pictavensem teuente ». Or, bien que D. Fonteneau (t. XIII, p. 279) ait donné à celte pièce la date de io37-io38, que M. de Grandmaison, qui Va publiée dans les Mémoires de la Soc. de Statistique des Deux-Sèvres, t. XVIF, !'• série, i854, p. i (Chartalarium Sancii Jovini)^ Tait datée de janvier io38, nous n*hésitons pas à la reporter à Tannée 1089. En effet, cette formule m Data in mense januarioanno septimo
devait du reste singulièrement faciliter les négociations, Une ligue s'était donc formée conlre Eud^^s ; avec une décision qui fait honneur à son caractère, celui-ci chercha immédiatement à la rompre. Malgré que Ton fût au cœur de Thiver, il partit de Gascogne avec une petite armée, et, sans passer par Poitiers, il se dirigea vers le centre de la révolte; malheureusement il se heurta presque aussitôt à un obstacle dont il ne soupçonnait pas Texistence. A Textrémité sud de la Gâtine, sur le bord même de Tancien chemin qui de Thouars descendait aux gués de la Sèvre et menait au pays des salines, se trouvait un ancien oppidum gaulois. 11 occupait rexlrémité d'un étroit promontoire, au point de jonction de deux vallées fortement encaissées ; aussi Guillaume de Parllienay, prévoyant l'attaque d'Eudes, l'avait-il, avec l'aide des Angevins, rapidement fortifié. On l'appelait le château de Germond, du nom du bourg qui s'élevait en face(l). Tous les efforts d'Eudes pour s'emparer de celle colline escarpée furent infructueux; d'autre part, le froiddanscelte région sauvage devait être vivement senti par les hommes du midi qui composaient sa troupe, aussi fut il contraint de se retirer. II revint donc sur ses pas, mais là encore il rencontra un antagoniste. Soit que son premier insuccès ait encouragé les défections, soit qu'à son récent passage il ait négligé cet adversaire, Guillaume le Bâtard, seigneur de Mauzé, lui ferma les'porles de son château. C'était un nouvel affront que le comte de Poitou ne pouvait supporter sans tomber dans une déconsidération extrême. II attaqua donc vigoureusement Mauzé, qui, situé au milieu des marais, en pays
régnante Hcnrico rcqe » peut parfaitement se comprendre ainsi : Donnée au mois de janvier, le roi Henri rég'nant depuis 7 ans; or, le roi Robert élant mort le 20 juillet io3i, à ceUe dale de Tannée io38 Henri régnait depuis 7 ans, et il n*cut huit ans de règne qu*au 20 juillet io3g. Il nous paraît donc naturel de placer au mois de janvier de cette année 1089 la donation de Dodelin, d'autant plus qu'en io38 Guillaume le Gros était encore comte de Poitou, et qu'Agnès, aussi bien que son fils, ne pouvait, après la paix signée entre le comte d'Anjou et celui de Poitou, avoir aucune prétention sur ce dernier comte.
(1) Marchegay, C/iron. des étjl, d'Anjou, p. 892, Saint-Maixent. Le château désigné sous le nom de Germond par la chronique a porté jusqu'à nos jours celui de château des Mottes. Cette appellation lui venait de deux mottes en terre, élevées à chacune des extrémités de Tenceintc fortifiée; celle-ci était plutôt un camp rectangulaire qu'un château, avec la signification que nous lui donnons aujourd'hui, car il ne semble pas que ses retranchements aient clé jamais couverts de murailles^ peutéirc protégcaieul-ils simj)!ement un donjon de bois.
GUILLAUME AIGRET 287
(lécouvei l, élail d'une approche plus facile que Gormond ; il élail sur le point d'emporter la place, quand il succomba dans la lutte, le 10 mars 1039(1). Le corps d'Eudes fut transportée Maillezais et inhumé à côté de ceux de son père et de son frère (2). 11 ne paraît pas avoir été marié ; en tout cas, il ne laissa pas de postérité. Le champ se trouvait donc dégagé et Agnès, ne trouvant plus d'obstacle devant elle, put revenir triomphalement dans le Poitou dont elle allait être maltresse sous le nom de ses fils.