XIII. -^ GUILLAUME AIGRET
Ve Comte — VII^ Duc
( loSg-ioSS )
Par suite delà fin lamentable du comte Eudes, son frère utérin, Pierre, le fils aîné d'Agnès, se trouva naturellement appelé à lui succéder à la tête du comté de Poitou et du duché d'Aquitaine. Toutes les loyautés qui s'étaient affirmées pour soutenir les droits de ses prédécesseurs s'étaient en vain produites ; elles tombaient à néant devant ce fait brutal que les deux jeunes princes, issus des premiers mariages de Guillaume le Grand, ne laissaient pas de postérité directe. Le nouveau comte avait droit à toute soumission de la pari des fidèles vassaux de ses frères, elle ne lui fit pas défaut, mais si les anciens griefs parurent oubliés, on vit une modification profonde se produire dans l'entourage du comte où prédominèrent désormais les vicomtes de Thouars et les sires de Lusignan et surtout les barons batailleurs qui s'étaient attachés à la fortune d'Agnès, tels que Guillaume de Parthenay, Aimeri de Rançon, Gilbert Berlais, ainsi que quelques chevaliers moins haut cotés, comme Constantin do Mello, Guillaune Cha-
(i) Cette date esl fouroîe par le prccieux cnleodricr de la Trinilé de Poitiers qui, au 5 des ides de mars (lo mars), contient celle mention : « Obitus Odonis comitis » (Bibl. de Poitiers^ man. u^ 43o, fol. 87).
(2) MarchefEçay, Ch^on. des éjl. d'Anjou, p. Scj^, Siinl-Muixeiït.
bol, RenoulRaiole, Simon de Verruye,AdémarJ/a/e Capse^llildeberl de Rochemeaux (1).
Du reste, le pouvoir n'élail pas à proprement parler dans les mains du jeune comte, mais bien dans celles de sa mère. Pierre était mineur ; il devait avoir environ seize ans en 1039 et jusqu'à sa majorité ce fut Agnès qui gouverna réellement le Poitou. Ce fait ressort de tous les actes de Tépoque, du témoignage de tous ses contemporains. En 1041, Tun d*eux écrit que le comte Guillaume et son frère Geoffroy possédaient le Poitou, mais que leur mère Agnès administrait avec une grande sagesse le pays des Gaules (2). Ce dernier mot doit être interprété dans le sens de duché d'Aquitaine, mais il n'en est pas moins typique pour affirmer la grande autorité de la comtesse. 11 ne semble pas non plus qu'elle ait tenu à faire partager son pouvoir à son mari ; Geoffroy Martel n'apparaît guère aux côtés de sa femme, sauf dans des actes mémorables, tels que des fondations religieuses, et il paraît hors de doute que lui aussi, à tout le moins pendant les premières années de son mariage, subit l'ascendant de celte femme supérieure. Dans plusieurs des actes où ils comparaissent ensemble, passés en Anjou et où par suite Geoffroy parle le premier,il la désigne comme sa très chère, très noble et très sage épouse (3). 11 n'agissait pas autrement que les rédacteurs des chartes des abbayes, qui, rompant avec leurs habitudes de ne donner aucuns qualificatifs aux comtes ou aux grands seigneurs dont ils avaient à citer les noms, n'épargnent rien pour témoigner leurs sentiments à Tégard d'Agnès : c'est la très vénérable et très sage comtesse, qui en toutes circonstances témoigne de ses sentiments pieux en véritable amante du Seigneur ; c'est la comtesse que Dieu a dotée de nombreux dons et pourvue par lui de ses bienfaits autant que ses mérites peuvent l'en rendre digne (4). Ces louanges excessives sont plutôt un effet de la crainte que de l'afTeclion ; il valait mieux être de ses amis que de ses ennemis. Certains même la
(i) Voy. les chartes des abbayes de Saînl-Maîxeat, de Saint-Jean d'Angély, de Sainte-Croix de Talmond, et Besly, Hist. des comtes, preuves, pp. 3i4-328 bis.
(2) A. Richard, Chartes de Saint-Maixenty I, p. ii5.
(3) Marchejfay, Archives d^ Anjou, p. 877, Cart. de Sainl-Maur.
(/|) A. Richard, Charités de Saint- Maixent, I, p. 119; Marchejjoy, Chartes poil, de Saint- Florent, Arch. hist. du Poitou, II, p. 84.
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mettaient sur le même pied que son mari, tel que ce moine de Saint-Florent, qui écrivait, vers 1040, que le comte Geoffroy et la comtesse Agnès gouvernaient les comtés de Poitou, d'Anjou et de Touraine(l).
[| semble que, pendant toute la minorité de son (ils atné, Agnès ait évité de se prononcer sur la part qui reviendrait à celui-ci dans la succession de ses frères. Dans les préambules des actes il est bien désigné le premier, mais le nom de son frère Guy suit immédiatement et ces premières lignes d'une charte de Tabbaye de Saint-Maixent, du 21 août 1044, nous paraissent indiquer d'une façon précise quelle était en ce moment, c'est-à-dire depuis 1039, la véritablesituation politique du Poitou. « En ce temps, est-il dit, Guillaume, fils du duc Guillaume, et son frère nommé Guy, ainsi que leur mère la comtesse Agnès possédaient le pays de Poitou, et avec l'aide de Geoffroy, beau-père des jeunes comtes, le gouvernaient avec une vigueur et un zèle extrêmes (2) h ; il arrive même fréquemment que le comte d'Anjou n'est pas indiqué et qu'Agnès apparaît seule en possession du pouvoir, comme dans ce cas où l'on voit le rédacteur d'un acte dire que ces choses se sont passées : « Au temps où la comtesse Agnès était à la tête du pays de Poitou avec ses fils Guillaume et Geoffroy et administrait vigoureusement le duché, autant qu'il était en son pouvoir (3) », ou bien encore plus simplement : « Alors que régnaient en Poitou le comte Guillaume, son frère Guv et la vénérable comtesse Agnès, leur mère (4) ».
Il est probable qu'en laissant dans le doute la part qui reviendrait à chacun de ses enfants, Agnès voulait éviter toute déperdition des forces du pouvoir souverain, bien plus puissant si elles convergeaient vers une seule main, c'est-à-dire vers la sienne. Cette habitude survécut au partage qui se fit en 1044 et l'on voit, vers 1049, Geoffroy Martel désigner les deux enfants de sa femme sous la qualification commune de comtes de Poitou, comités Pictavenses (5).
(i) Arch. hist, du Poitou^ II, p. 44> Chartes poit. de Saint-Florent.
(2) A Richard, Chartes de Sainte Maixent, I, p. i32.
(3) A. Richard, Chartes de Saint'Maixent, h ?• I23, et encore pp. 126, 129^ i3o.
(4) A. Richard, Chartes de Saint-Maixenty I, p. 126.
iô) Arch, hist, du Poitou, I, p. 33, Cart. de Saint-Nicolas.
On peut encore citer ce passa<^e de la charte de donaliou de Priaire du mois de
',.» i.KS (.r>MTi:s i)K poiTor
Il y a toutefois lieu de remarquer qu'elle (il prendre à son fils Pierre, dans les actes officiels, le nom de Guillaume. Ce nom (^tail devenu en quelque sorte patronymique el s'appliquait à la dynastie des comtes de Poitou, dont il indiquait la série ininterrompue. Eudes ne le porta pas et sembla par suite devoir être tenu en dehors de la suite directe des comtes, c'est-à-dire être considi^'ré comme un usurpateur, justifiant par là la lutte engagée contre lui par Agnès. Il n'est pas impossible du reste que bien avant celte époque elle n'ait eu Tinlenlion de désigner son fils aîné comme le successeur éventuel de Guillaume le Grand et n'ait cherché à lui faire porter le nom de Guillaume, de préférence à celui de Pierre, sous lequel le jeune prince ne cessa pas, du reste, d'être communément désigné (1).
Néanmoins ses contemporains lui donnèrent un surnom que rhistoire a conservé, celui d'Aigrel, qui doit être pris en bonne part, emportant la signification de vif, de brave et dont la forme latine était Acer (2).
Le premier acledanslequelon voie intervenirle nouveau comteest du mois de juillet 1039, quatre mois seulement après la mort d'Eu-
juillet io3g, où Guillaume de Parthcnay parle de la comtesse Agnès et de ses deux tils, «nos deux comtes, » dit-il (Besly, //isi. des comtes, preuves, p. 3i6 bis).
(i) C'est ce qui paraît ressortir du relevé des souscriptions qui se trouvent au bas de la donation de Palleu de Bréjeuillc, Brugeiia, sur la Dive, faite vers io25, par Adeline et son fils Rorgon à Hugues de Lusignan, dont il a ctc parle plus haut, p. 196, note 2
(2) La chronique de Saint-Maixent (pag. 388) dcsi«;nc ainsi le comte de Poitou : u Petrum cognomine Acerrimum », el ailleurs (page 4oo) : <k Willelmus qui el Petrus cognomenlo Acer »; d'autre part, une charte du cartulaire de Sainl-Cyprien de Poitiers, que l'on peut dater de Tannce io4o, porte cette souscription :c S. Willelmi Aigret comilis » (Arch. hist. du Poitou, 11^ p. 291), On ne saurait douter que de son vivant Pierre-Guillaume n'ait porté ce surnom ; il lui est ofGciellement donné dans la charte par laquelle Agnès concède vers io5o à l'abbaye de Saint-Jean d'Angély les coutumes dudit lieu et dans laquelle elle indique expressément qu'elle est venue à Saint- Jean avec le comte de Poitou, Guillaume, qui est surnommé Aigret, oc qui cognominatus est Aigret»(Bcsly, Ilist, des comtes, preuves, p. 328 bis). Agnès, abbesse de N.-D. de Saintes, ayant vers ii5o à rappeler les dons faits par des comtes de Poitou à son monastère, cite les noms des fils d'Agnès, Guillaume Aigret et Guy {Cart.de N.^D^de Saintes, p. i33). Dans V Histoire des comtes de Poic/om, Pierre-Guillaume est appelé le Hardy (p. 94) ; cette dénomination esl moderne, elle futempruotce parBesly à Vinet . qui crut devoir interpréter de cctle façon le mot Aigret, dont le sens ne lui paraissait pas très clair. Ce surnom d'Aigret n'est pas particulier à Guillaume V; on le rencontre à diverses dates dans les textes poitevins et nous citerons en particulier, au xuc siècle, a Gauterius Aigret, » archiprôlre de Pareds [Arch, hist. du Poitou, I, p. 62).
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des. C'est le début de la politique d'Agnès, qui, pour assurer la tranquillité du pays où elle venait de revenir en souveraine, chercha promplenaentà s'atiirerde nouveaux adhérents. Dans ce but, elle s'attacha à gagner les établissements religieux que Guillaume le Gros avait particulièrement favorisés et spécialement Saint-Jean d'Angély, qui avait été son séjour de prédilection. Non seulement elle fit faire parle comte une donation importante à cette abbaye, mais encore elle obtint d'un de ses fidèles, Guillaume de Parthenay, que celui-ci lui abandonnât des droits qu'il possédait dans la localité de Priaire, et qu'il tenait de la comtesse Adèle (1). Il est à remarquer que, dans cet acte, rédigé sous l'inspiration d'Agnès, elle fit donner à son fils la qualification de Guillaume le Jeune, par opposition à celle de Vieux, portée par Guillaume le Grand, dont elle tenait à le présenter comme l'héritier direct et immédiat (2).
Elle mit aussi la main sur l'abbaye de Saint-Maixent, en y faisant élire abbé le fils d'un de ces seigneurs de Gâtine qui lui avaient prêté une aide si efficace, Archembaud, dont elle fit quelques années après un archevêque de Bordeaux, et qui fut toute sa vie un de ses conseillers préférés (3). En retour, celui-ci lui abandonna quelques portions des domaines de l'abbaye qui lui servirent à récompenser ses partisans. C'est ainsi qu'un chevalier, nommé Rainaud Bercho, assurément encore un Gâlineau (4), obtint d'elle l'alleu de Thorigné ; c'était un domaine fertile et dont le donataire tint à s'assurer la possession. Dans ce but Bercho, qui nous apparaît comme un habile homme, afin de se
(i) D. Foateneau, XIII, p. i6i ; Besly, Histoire des comtes, preuves, p. 3i5 bis.
(2) Le même surnom de Jeune est donné au comle de Poitou dans une charte de Tabbaye de Bourgueil (Garl. man., p. 30) publiée par Besly (IIisi,des com/e*, preuves, p. 341 bis).
(3) Plusieurs historiens ont avancé qu'Archembaud appartenait à la famille de Parthenay et que c'est à la suite de son élévation à Tarchevôché de Bordeaux que les seigneurs de Parihenay ont pris le surnom, devenu par la suite héréditaire chez eux, de Larcbevêque. En cela ils se trompent: l'abbé de Saint-Maixent était le fils de Rainaud, et le frère de Bernard Tireuil, de Thebaut et de Rainaud, possessionnés en Gâûne et qui ont assurément donné leur nom au bourg de la Chapelle -Tireuil (Voy. A. Richard, Chartes de Sainl-Maixent, I, pp. lxxiv, lxxv;. L'archevêque de Bordeaux, à qui les seigneurs de Parihenay ont emprunté leur surnom^ est Joscelin, successeur d'Archembaud.
(4) Il nous semble présumable que le domaine de la Bercholière, commune de la Boissicre-en-Gâtine> a tiré son nom de celui de la famille Bercho ou Berchoz.
A4a LES COMTES DE POITOU
metlreen garde contre unerevendication possible, le contraire de ce qui venait de se passer pouvant bien se présenter dans Tavenir, vint déclarer aux raoines qu'il ne se considérait que comme un possesseur viager de Thorigné et par le moyen de cette condescendance il obtint d'eux la confirmation du don d'Agnès, auquel acquiesça aussi le frère d'Acfred de Brizay,qui avait précédemment donné ce domaine à l'abbaye et pouvait le revendiquer(l). Ce fait n'est pas isolé, car on sait par l'histoire de sa vie qu'Agnès était généreuse envers ceux qui la servaient bien, mais aussi que souvent ses largesses se produisaient au détriment d'autres personnes; c'est ainsi que l'abbaye de Saint-Maixent lui dut encore la perte de ses droits de coutume à Montamisé (2).
Elle aimait aussi à faire des libéralités aux établissements religieux, car, dit le chroniqueur, elle avait beaucoup à se faire pardonner (3), mais, tout en y contribuant grandement de ses deniers, elle savait amener, de gré ou de force, ses proches ou des gens de son entourage à l'imiler. C'est ce qui apparaît lorsque, peu après son mariage avec Geoffroy Martel, afin d'obtenir que l'Eglise oubliât ce que les chroniqueurs appellent son inceste, elle fonda, à Vendôme, une abbaye sous le vocable de la Trinité.
La dédicace de ce monastère se fit avec la plus grande pompe le 31 mai 1040, en présence du roi de France, du duc d'Aquitaine, et d'une nombreuse assistance dans laquelle on remarquait encore plus dechevalierspoilevinsque d'angevins; aux côtés de Guillaume Aigret se tenaient Guillaume-Audouin, le comte dépossédé d'Angoulême, Guillaume de Parthenay avec ses Gâlineaux, Manassès, lefrèredeTévêquede Poitiers, enunmol,lousceuxque la comtesse avait attachés étroitement à sa fortune. Agnès et son mari constituèrent à rétablissement qu'ilscréaienl une dotation importante, composée de domaines situés non seulement dans l'Anjou, mais encore en Poitou el surtout en Saintonge. Parmi ces derniers il devait s'en trouver qui faisaient partie du douaire qu'Agnès n'avait pu manquer de se faire reconnaître par Geoffroy Martel
(i) A. Richard, Chartes de Saint-Maixenty I, p. 128.
(2) A. Richard, Chartes de Saint-Maixent, I, p. i4o.
(3) « Que domina, si in mullis DomiDum oFPeodit^ iterum in muhis eum placavit » (Marchegay, Chron. des égl, d* Anjou, p. 897, Sainl-Maixent) .
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dès qu'il fut en possession de ce dernier pays. Outre ces donations communes aux deux époux, il en était de particulières à chacun d'eux; tel était le cas de l'église et du domaine de Puyravault et de ce qui pouvait appartenir à la comtesse dans l'écluse du pont de Saintes, pour lesquels il fallut que le comte de Poitou donnât son autorisation spéciale (1).
Le clergé ne fit pas défaut à cette solennité, mais on constate que Faction d'Agnès s'était bien plus ônergiquement exercée à l'égard des dignitaires ecclésiastiques du Poitou qui se rendirent en foule à la convocation, que sur les Angevins, bien moins nombreux qu'eux. On y trouve en effet les évêques de Poitiers, de Saintes, d'Angoulême et d'Albi, les principaux membres des chapitres cathédraux de Poitiers, d'Angoulême et de Saintes, le chantre de Sainl-Hilaire-le-Grand de Poitiers et les abbés de Charroux, de Saint-Jean d'Angély, de Nanteuil-en-Vallée, de Saint-Savin, de Saint-Michel-en-Lherm, de Saint-Maixent, de Luçon, de Quinçay et de Saint-Martial de Limoges, qui tous furent témoins des concessions de privilèges faites à la nouvelle abbaye par l'archevêque de Tours et l'évêque de Chartres (2),
Du reste, peu après la délivrance de ces actes, Agnès fît de nouvelles démarches auprès de son fils pour obtenir de lui qu'il confirmât l'ensemble de la donation des biens sur lesquels il avait droit de suzeraineté. lis consistaient dans l'église de Saint- Georges d'Oléron, les bois de Saînt-Aignan et de Coulombiers, la moitié des terrains mis en culture dans la forêt de Marennes et les églises construites dans cette forêt, la moitié des cens de sèches en Saintonge et l'église de Puyravault avec ses dépendances, tous domaines compris dans l'acte primitif. Guillaume y ajouta l'église de Notre-Dame de Surgères et le bois de Fié. Tous ces biens étaient situés en Saintonge; quant à ceux du Poitou faisant partie des donations de sa mère, à savoir l'église d'Availles prés Chizé et la moitié de l'église d'Olonne avec ses dîmes et ses salines, il en confirma en même temps l'abandon. Il n'est toutefois pas question dans cet acte du domaine de la Peyre de Jaunay, de deux maisons sur le marché de Poitiers et d'une autre
(i) Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, ï, p. i8. (2) Métaisy Cart. de la Trinité de Vendôme, I, pp. So-qo.
a44 LES COMTES DE POITOU
maisondans le faubourg de la ville, énoncés dan.Ua charle defondalion de laTrinilé et qui dans Tinlervalle avaient sans doule été échangés pourd*aulresdomaines. En cemomenl Guillaume Aigrel était assurément de retour à Poitiers ; sa mère n'était pas à côté de lui, mais on y trouve deux vicomtes du Poitou, Ëgfroi de Châtellerault et Guillaume d'Aunay, ainsi que la plupart des assislantsdes fôlesde Vendôme, tels que le comte Guillaume-Audouin Manassès, AimerideHancon, GuillaumedeParthenayelaulres(l).
Puis ce fui au tour de Tabbave de Saint-Florent de Saumur de se ressentir des générosités d'Agnès. En 1043, elle lui donna le domaine des Fosses, primitivement nommé lleltron, situé entre Niort et Chizé, ot que de gré ou de force elle s'élait fait abandonner par les religieuses de Sainte-Croix. Dans ce but, elle s'était rendue au mois de juin à Poitiers pour y tenir sa cour, accompagnée de son mari, du vicomte de Châlellerault et de tous les seigneurs de son entourage ordinaire ; les évoques de Poitiers et d'Angoulême, les abbés de Maillezais, de Sainl-Cyprien et de Noaillé, consacrèrent par l'autorité de leur présence le renoncement de Pétronille, abbesse de Sainte-Croix, et de ses religieuses ; celles-ci du reste ne faisaient que ratifier une usurpation ancienne, car la comtesse jouissait de ce domaine depuis longtemps par suite de l'abandon que lui en avaient fait les abbesses précédentes. Elle obtint en même temps que le viguier de Mette renonçât aux droits inhérents à ses fonctions qu'il possédait sur ce domaine des Fosses (2).
Agnès obtint encore le consentement de l'abbesse Pétronille pour faire don, à la même abbaye de Saint-Florent, de l'église de Sainle-Radegonde de Villeneuve d'Argenson, qui avait été usurpée sur Sainte-Croix par quelques seigneurs et qu'elle leur enleva à son tour (3). Enfin il est à croire que c'est pour lui être agréable
(i) Mêlais, Cariai, saint, de la Trinité de Vendôme^ p. 43. Cet écrivain place celte charte entre les années io/{2 et io58^ mais eUe ne peut être postérieure à Tannée io4G, date de la morl d'Egfroi, vicomte de Châlellerault, et elle est probablement de Tannée io4o, comme la charte primitive à laquelle elle venait donner tou le consécration (Voy. aussi, pour le relevé des domaines de Sainlonge donnés par Agnès à la Trinité, les pièces reproduites aux pages 33, 34, 35, 44 et 45 du même recueil, dont nous avons corrigé quelques altributions géographiques.)
(2) Arch. hisi, du Poitou, II, pp. 85, 87, 89, 90, Chartes poil, de Saint-Florent»
(3) Arch. hist, du Poitou^ II, p. 84, Chart, poit. de Saint-Florent.
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que Guillaume voulut bien, en ce qui le concernait, reconnaître h l'abbaye de Saint-Maur-sur-Loiro la possession de Téglise de Concourson,que tenait de lui en bénéfice le vicomte de Thouarset que celui-ci avait inféodée à un particulier qui en avait fait don au monastère (1).
Deux faits importants dans la vie d'Agnès signalèrent Tannée suivante : le mariage de son fils Guillaume Aigret et la proclamation de sa majorité. Comme il était h supposer que par ce dernier acte il échapperait quelque peu à rinfliicncc que sa mère exerçait sur lui, celle-ci lui chercha une femme et nous pouvons être assuré qu'en politique avisée elle fixa son choix sur une personne qui ne pouvait, soit par elle, soit par les siens, lui inspirer aucune crainte; la jeune comtesse s'appelait llermensende, et n'est connue que par l'affection profonde qu'elle voua à son mari: d'autre part elle devait appartenir à une famille qui était alors assez peu en évidence pour qu'aucun texte ne nous ait fourni la moindre indication sur son origine (2). Guillaume devait donc atteindre ses vingt et un ans en 1044, et la comtesse sentait que la situation qu'elle avait établie et qu'elle maintenait depuis cinq ans ne pouvait se perpétuer. Son rôle de régente allait cesser et il était bien délicat de laisser le pouvoir indivis entre ses deux fils; c'est alors que, continuant les traditions de toute sa vie, elle songea, sans avoir à démembrer le duché d'Aquitaine, à donner satisfaction à chacun d'eux. Elle fit tenir à Poitiers un grand plaid où furent appelés tous les vassaux du duché, et Ifi, assistée de son mari, elle fil reconnaître Guillaume en qualité de comte de Poitou et de duc d'Aquitaine, tandis que l'on attribua le comté de Gascogne h Geoffroy qui, légalement, n'y avait aucun droit. Dans son ambition excessive, elle ne craignit pas de poser
(i) Marchegay, Archives d' Anjou, p. 869, Cari, de Saint-Maur.
(2) La chroDÎque de l'Kvière, suivie en cela parcellede Sainl-Maixent,qui Ta copiée, place cet événement en io5i (Marchegay, Chron, des éf/t. d*Anjon, pp. 167 et 898), mais cette allégation tombe devant le texte formel de la charte de Saint-Maixeàt,dont l'original nous a été conservé (A. Richard, Chartes de Saint-Afaixent, I, pp. i34i36], qui dit formellement que Guillaume était marié en io/|5. Celte charte donne à la comtesse les noms d'à llermensendis )> et d' « Ermensendis »; on relève aussi celui d' « Ermenseldis » dans la Chron. de Saint-'Maixenty p. 898, d' « Hermîsindis » dans Besly, Comtes de Poitou, prexiveSf p. 333 bis, d*après Pierre Damien, et d* v Ermesendis » dans le cartulaire de Talmond, p. 77.
son fils comme héritier du malheureux Eudes, s'cmparant ainsi sans vergogne des dépouilles de sa victime (1).
Un des premiers actes d'Agnès qui suivirent ce grand événe^ ment fut sans doute la donation qu'elle fit à la Trinité de Vendôme de la moitié de l'église de Villerable, dans laquelle, outre elle et son mari, on voit apparatire Guillaume, duc des Aquitains, Guy- Geoffroy, pourvu du litre de comte, cl Robert le Bourguignon, neveu d'Agnès, fils de sa sœur Mahault et de Landri, comle de Nevers (2).
Bien que de droit il fùl émancipé, Guillaume resla de fait de sous la tutelle de sa mère ; c'est ce que nous apprend naïvement un simple rédacteur de Charles. Vers cette époque, en 1044 ou 1 045, un chevalier, Hélie de Vouvant,queron voit en juin 1043 aux côtésdu comte lors des donationsqu'ilfil àl'abbaye de Vendôme, eut des diflicullés avec son suzerain. Or, dans l'acte qui rapporte ce fait, il est dit que ce fut Agnès qui fil marcher contre lui ses troupes, et, « selon son habitude », s'empara de Vouvent (3); elle en chassa Hélie et confia la garde du château au fils d'un chevalier nommé Raimond^qui en avait été autrefois le détenteur. Celui-ci abusa de sa situation pour vouloir imposer certains droits sur les domaines que l'abbaye de Saint-Maixent possédait dans cette région ; l'abbé Archembaud s'adressa au comte et, profitant de ce qu'il se trouvait à Saint-Maixent cinq jours avant Noël avec sa femme et sa mère, il lui fit consentir l'abandon de tous ses droits en faveur de l'abbaye et obtint même le cadeau d'autres domaines importants. Il est intéressant de remarquer que l'abbé, pour assurer plus efiicacement la perpétuité de ce don, chercha à lui attribuer le caractère d'une vente en faisant à son tour cadeau au comte d'une somme de 300 sous en argent et d'un cheval valant 500 sous, et, d'autre part, que le scribe, qui se contente de signaler la présence d'Hermensende aux côtés de son mari, rapporte que le duc Guillaume et sa mère Agnès gouvernaient alors l'Aquitaine (4).
(i) Marchegay» Chron, des égl. d* Anjou, p. 894, Saiat-Maixeat. Le chroniqueur, en relatant ces fails^ ajoute que les deux princes firent l'un et l'autre de grandes choses.
(2) Métais, Cartul. de la Trinité de Vendôme, I, p. 127,
(3) Bruel, Chartes de Clany, IV, p. 54-
(4) A. Richard, Chartes de Saint-Maixent, I, p. i36. Si Ton reconnaît au sou d*argent à cette époque la valeur de cinq francs de notre monnaie actuelle, on voit que le cheval donné par les moines de Saint-Maixent au comle était apprécié 2. 5oo francs.
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Cet accord ne fut pas ratifié par Guy-Geoffroy, pour lors absent, et, malgré la précaution prise par Archembaud, ce dernier comte ne se gêna pas plus tard pour donner à l'acte le caractère d'une concession gracieuse et pour enlever aux moines de Saint-Maixent les domaines et les prérogatives qui en faisaient l'objet (1).
La plupart des documents de cette époque ne portant pas de signes chronologiques, il est bien difficile d'assigner une date précise à des faits relativement importants s'ils n'ont pas été relevés par les chroniqueurs. Ceux-ci nous apprennent bien qu'en 1042 régna une grande famine ; qu'il en surgit une nouvelle en 1044, qui fut encore plus terrible, et nous savons par un acte authentique que la pénurie du blé dut être bien grande puisque l'on voit des meuniers, poussés par la faim, se trouver dans la nécessité de se défaire de leurs moulins. Nous apprenons déplus par ce dernier document que le roi de France, Henri I, se trouvait alors en Poitou et que la cession d'un de ces moulins se fit en sa présence, à Saint-Maixent,où il se trouvait avec le comte de Poitou, sa mère et son frère (2). C'est tout ce que l'on sait du voyage d'Henri; nous ignorons pareillement à quel moment Agnès, pour défendre Poitiers^ qui du côté du plateau avait depuis longtemps débordé en dehors de l'enceinte romaine, fit établir un étang au-dessous de celui de Saint-Hilaire, transformant ainsi en une vaste nappe d'eau le vallon de la Boivre (3).
C'est encore vers cette époque que, pour libérer le comte de Poitou de l'obligation de fournir des sèches aux moines de Cluny, la comtesse fit abandonner par ses enfants à cette abbaye leur droit de monnayage à Saint-Jean d'Angély et les coutumes qu'ils percevaient à Mougon (4).
(i) A. Richard, Chartes de Saint-Mai.rent, I, p. i53.
(2) A. Richard, Chartes de Saint-Mai xent^ I, p. 1 38. D'après les indications contenues dans la charte, on voit que celle-ci doit être placée après la prise de possession de Farchevêché de Bordeaux par l'abbé Archembaud, « qui nunc est archiepiscopus efTectus », laquelle eut lieu en io45 ou io46.
(3) Cet étanjç fut donné plus tard par Guy-Geoffroy à Montierneuf, lors de la fondation de cette abbaye, dont il prit le nom. La gare de Poitiers et ses dépendances en occupent aujourd'hui remplacement. (Voy. Arch, hist. du Poitou j XXIX, p. 83.)
(4) Bruel, Chartes de Clant/, IV, p. 54 ; Lecointre-Dupont, Notice sur deux deniers de Saoary deMauléon et sur P atelier monétaire de Niort aux Xl^et Xll^siè» des, L*acle par lequel Agnes et ses deux fils Guillaume et Geoffroy donnèrent à Cluny la monnaie de Saint- Jean d'Angély et au bas duquel se trouve la précieuse annotation
A peine Agnès avait-ello remis lo pouvoir h son fils que celuici fut appelé è se prononcer dans une question ou son autorité souveraine était en jeu. La part que prenaient les comtes dans le choix des évèques do l'Aquitaine était grande ; cllu n*élait même pas conlestée, étant donné le double caraclère de ces prélats, qui n'étaient pas seulement des pasteurs religieux, mais aussi et surtout de grands seigneurs terriens qui, en vertu des principes du droit féodal, devaient tenir du comte, le chef suprême du pouvoir dans le diocèse, rinveslilure de leurs domaines. En cela les comtes avaient succédé aux droils régaliens des empereurs francs, et, comme eux, ils opéraient une confusion entre Tautorité religieuse et la puissance féodale dont les évoques étaient pourvus. De plus, la simonie régnait en maltresse dans ces questions et on la comprend chez des hommes qui, souvent, étaient des clercs de fraîche date, quand Tambition leur était venue d'aspirer à Tépiscopal. A Limoges, Tévêque n'avait pas afTairc h un comte dont le pouvoir se serait plus ou moins étendu sur tout le territoire du diocèse ; il n'avait en face de lui qu'un vicomte, puissant parce qu'il possédait une partie de la ville siège do l'évêché, mais qui devait reconnaître plusieurs égaux en dignité dans l'ancien comté de Limoges. Au-dessus d'eux se trouvait le comte de Poitou, duc d'Aquitaine ; c'est lui qui, ayant depuis un siècle pris la place des comtes de Limoges, choisissait les évôquesenso mettant d'accord avec le clergé et le peuple du diocèse, et qui, comme suzerain, donnait l'investiture aux vicomtes (1).
Jourdain de Laron avait été élu évêque en 1023 h Saint-Ju-
relatunt la prise de Vouvant par Acnés, a ut fecit sua consueludo », a élé mise par D. Bouquet {Rerum Gnllicarum scriplores^X, p. 29O) en ioo5, par M. de la Fontenelle de Vaudoré {Revue A nglo' Française, I, p. 2i5, noie i) en i025, par M. Bruel en io3i, et par M. Lecointre-Dupont entre les années io3o et io3g; or, la présence d'A- ^ués et de ses deux fils, agissant comme possesseurs simultanés du comté de Poitou, doit forcément faire reporter leur donation à une année postérieure à 1089, date de la mort de Guillaume le Gros, de plus le rapprochement de cet acte avec celui du cartulaire de Saint-Maixent, cité plus haut (page 246, note i), lui assigne la date approximative de io44 ou io45.
(i) Parmi les obligations auxquelles le vicomte de Limoges était tenu à Pégard du comte de Poitou se trouvait le droit de gîte; quand le vicomte Adémar livra en 106a Saint-Martial aux Clunistes, il leur imposa la charge de recevoir une fois seulement en son lieu, et quand il les en requerrait, le comte de Poitou lorsquMl viendrait à Limoges et de le défrayer de pain et de vin. {Gallia Christ,^ II, tnstr.yCol. 180).
GUILLAUME AIGRET 249
nien par Tinfluence du duc Guillaume le Grand, mais après un long exercice du pouvoir épiscopal, voyant autour de lui les scandales qui se commettaient dans Téleclion des évoques, scandales que seule la main autoritaire de Grégoire Vil et de ses légats devait parvenir à refréner, il se montra hostile aux abus dont il avait profité ; il chercha à y mettre un terme, à tout le moins en ce qui concernait Limoges, et dans ce but il essaya de lier les mains du comte de Poitou.
En 1045, le 3 des nones d'août (3 août), il amena Guillaume Aigret k Limoges el là, en présence des nobles, du clergé et du peuple de la ville, il lui fit conclure un accord avec le chapitre cathédral; il fut convenu que, lorsque le siège épiscopal deviendrait vacant, le comte de Poitou ne ferait pas de nomination sans qu'il fût procédé à une élection et sans Tassentiment des chanoines de la cathédrale et des possesseurs des tours de Nieuil et do iNoblat. De plus, pour empêcher que, pendant la vacance du siège, les comtes ne vinssent à disposer à leur gré des biens de Tévèché, il fut décidé que ni Guillaume ni ses successeurs n'useraient de cette prérogative, et qu'enfin, en tout état de cause, ils prendraient les membres du chapitre sous leur protection spéciale. Pour assurer l'exécution de ces clauses, les chanoines prirent des précautions minutieuses; par exemple, pour garantir leur sécurité, le comte leur donna deux cautions : Aimeri de Hancon et Aubert de Châmbon, et il s'engageait à en nommer deux autres aussitôt après la mort de ceux-ci, quand le cas se présenterait; de plus, le comte désigna six chevaliers qui seraient garants des conventions établies pour l'élection de l'évêque, à savoir : Guillaume de la Roche, Guillaume des Cartes, Hugues de la Celle, Géraud de Vouvant, le fils de Raimond de Bridiers et Pierre de Niort, à chacun desquels, en cas de mort, il devrait donner un remplaçant dans les quinzejours ; de leur côté, les chanoines désignèrent cinq d'entre eux qui se portèrent cautions de l'exécution des engagements que la communauté avait pris envers le comte (1).
C'est sans doute à cette occasion que le comte de Poitou fit don
(i) Gai lia Christ,^ II, instr., col. 172.
25o LES COMTES DE POITOU
à Jourdain de Laron, mais en spécIRant que c*était le particulier et non Tévèque qu'il en gratifiait, des cours de Cursates^ que Jourdain tiendrait en nefde lui. Jourdain donna plus tard ce domaine aux chanoines de sa cathédrale qui de ce fait se trouvèrent sous la suzeraineté directe du comte (1).
L'ambition d'Agnès ne s'était pas restreinte à ses fils ; tout en gouvernant l'Aquitaine sous leur nom et en se faisant la réputation d'une femme supérieure, «inclita », elle cherchait pour sa HUe Ala une brillante alliance. Quand celle-ci fut en âge d'être ma* riée^ elle fixa son choix sur le prince le plus en vue de la chrétienté, et cette fois encore elle réussit dans son entreprise. Henri le Noir, empereur d'Allemagne, était, depuis le 18 juillet 1038, veuf de Marguerite, fille de Canut, roi d'Angleterre, dont il n'avait pas d'enfants mâles. Selon les habitudes de l'époque une nouvelle union s'imposait presque; aussi Agnès mit-elle tout en œuvre pour amener l'empereur à la réaliser. Ala, dont l'éducation avait été très soignée, était belle et intelligente et faite pour plaire ; comme on ne la voit pas intervenir dans les actes passés par S8 mère et ses frères de 1040 à 1043, on peut croire qu'Agnès l'envoya en Bourgogne, auprès de son oncle, le comte Renaud, que là, l'empereur la vit et s'en éprit. Le mariage fut célébré à Besançon le 21 octobre 1043 (2).
C'est à son retour qu'Agnès régla la situation de ses deux Ois, et qu'elle acheva de pacifier le Poitou. De son côté, son mari Geoffroy Martel avait en Anjou triomphé de tous ses adversaires et même, le 21 août 1044, il avait fait prisonnier le principal d'entre eux, Thibault III, comte de Tours et de Blois. Rien ne pouvait faire obstacle aux projets que mûrissait alors Agnès. L'Allemagne l'ailirait ; elle y voyait un vaste champ où elle pourrait déve-
(i) Gallia Christ. ,U, instr., col. 171.
(2) Marcheçay, Cliron. des é(jl. iV Anjou : Saiol-Aubin d*Angers, p. 24 ; Saîol- Serge d'Angers, p. i3ô. La chronique de Saint-Maixent (p. 898) semble assigner au mariage d'Ala la dale de io49, n^&is si l'on y regarde de près on voit qu'elle indique à l'année suivante la date exacte de la naissance de son fiLs Henri ; or, comme le chroniqueur n'avait pas marque à sa date le mariage d'Ala et de l'empereur d'Allemagne, il se tira d'affaire en employant pour le rappeler l'expression vague, oc per hec tempora »f que l'on a eu tort d'appliquer à Tannée io/^q. Raoul Glaber (Histoires^ p. 127) note le mariage en io45, mais la concordance des dates fournies par les chroniqueurs angevins avec celles des historiens allemands (Voy. Besly, Hist. des comtes^ preuves, p. 336 bis), ne permet pas d'élever un doute sur l'exactitude de la dale de io43.
GUILLAUME AIGRET aSi
lopper les talents dont elle était douée et elle songea à jouer près de Tempereur le rôle de la belle-mère qui, par les mains de sa fille, dirige les affaires de son gendre.
Elle se désintéressa tout d'abord du gouvernement du Poitou, ainsi que le spécifie le chroniqueur (1), et se retira en Anjou, mais pour peu de temps, car entraînant avec elle Geoffroy Martel, à qui rinaction devait peser, elle partit pour l'Allemagne avec une nombreuse suite de Poitevins et d'Angevins. Elle était à Gozlar le 25 décembre 1045, et Ton peut croire qu'elle ne fut pas étrangère à la décision que prit l'empereur, l'année suivante, d'aller rétal)lir Tordre en Italie. Le 20 décembre 1046, elle assistait au concile de Sutri qui condamna les prétentions de Grégoire VI et donna la tiare à Clément U.Le jour de Noël, le nouveau pape déposa la couronne impériale sur la tète de l'empereur et de sa femme. Agnès dut amplement jouir du triomphe de sa fille qui était aussi le sien, car, dans les fêtes qui furent célébrées à cette occasion, la mère de l'impératrice se trouvait mise au premier rang. Mais ne pouvant rester dans une oisiveté contraire à son caractère, elle se fit, à défaut d'Ala, la compagne des entreprises de l'empereur. Elle se rendit avec lui au mont Gargan où, sans doute sur se conseils, il trailaavec les chefs Normands qui détenaientlaPouille, mais son ingérence dans les affaires du pays ne fut pas goûtée par tous, aussi quand elle revint à Bénévent, la population l'insulta el,en fin de compte, se souleva. L'empereur, pressé de revenir en Allemagne, ne jugea pas à propos de réduire la ville et rentra à Rome où il avait laissé sa femme ; dans le cours du voyage, l'impératrice mit une fille au monde sur le territoire de Ravenne, et enfin Ton s'arrêta à Mantoue pour célébrer les fêtes de Pâques (2).
Nous ne saurions dire si Agnès suivit plus longtemps le couple impérial et si de ce point d'arrêt elle revint directement en Anjou; en tout cas son séjour en Allemagne fut très limité, car cette même année elle accomplissait un des actes les plus notables de son existence. Les sentiments religieux qui souventsommeillaient en elle, mais qui parfois se réveillaient avec éclat, s'étaient développés durant ses promenades en Kalie, et elle en donna la manifestai ion
f [) Marc!» »4'iy, C.'iron. des égl. d'Anjou, p. SqS, Suiol-Muixcnt. (2; I3ts!y. Uist. des comtes f preuves, pp 3?4 et 333.
ar.2 LES COMTES DE POITOU
presquoaussilôl son retour. Locomlod'Anjou possédait iino grande partie de la Sainlonge et en particulier Saintes, qui, en dehors de son évêché, n'avait réellement pas d'établissements religieux. Elle résolut de combler cette lacune et elle amena son mari «à fonder dans celle ville, conjointement avec elle, un couvent de religieuses. La préoccupation d'Agnt^s d'assurer une retraite aux jeunes filles nobles, laissées sans soutien dans une société aussi troublée, se manifesleouvertementdans cet acte qui mérite une sérieuse attention, car, accompli sous la môme inspiration que celle à qui Ton devait Sainte-Croix et la Trinité de Poitiers et Saint-Jean de Bonneval, il est on désaccord avec les façons de penser et de faire de Tépoque où Ton ne voyait généralement que Thomme se consacrer à la vie religieuse, tandis que la femme, maintenue dans une situation suballerne et h demi servante, ne semblait avoir guère d'autre rôle que celui que la nature lui a départi, de fournir des citoyens h TEIat. La dédicace de Tabbaye de Notre-Dame de Saintes se fit avec la plus grande pompe, le 2 novembre lOiT. Agnès tint à y paraître entourée d'un corlège de hauls dignitaires de l'Église ; on y comptait trois archevêques, ceux de Bordeaux, de Besançon et de Bourges, six évoques, ceux de Saintes, de Nevers, d'Angoul6me,de Périgueux, de Nantes et de Limoges, huit abbés, l'évèque désigné de Poitiers et un nombreux clergé. D'autre part on voyait dans l'assistance le comte d'Anjou, le duc d'Aquitaine, le comte Geoffroy, son frère, le comte Geoffroy d'Angoulême et une foule de chevaliers rangés autour de leurs suzerains. Pour faire vivre son institut, Agnès le dota richement et lui fit abandonner par le comte d'Anjou une partie de ses possessions directes de la Saintonge, déjà ébréchées par la dotation de la Trinité de Vendôme; en outre, elle le fit pourvoir de privilèges spéciaux par Timposanle assemblée du clergé qui se trouvait réunie à Saintes, et enfin, en 1049, elle obtint du pape Léon IX un privilège apostolique qui mit l'abbaye sous la protection directe du Saint-Siège (1).
Comme il était dans ses traditions de s'emparer sans scrupule des domaines à sa convenance qu'elle attribuait à ses nouvelles
(i) Cart. de Notre-Dame de Saintes, pp. i, 6, 8.
GUILLAUME AIGRET 2 53
œuvres ou même de dépouiller pour cet objet d'aulreâ établissements religieux, elle tint à faire constater que la fondation de Noire-Dame de Saintes avait été exempte de toules manœuvres dolosives; elle déclara formellement et à diverses reprises que Tabbaye avait élé construite à ses frais et à ceux de son mari et qu'elle avail payé de son argent les domaines dont elle lui avail fait don. C'est ainsi qu'elle acheta de Guillaume de Parthenay l'île de Vix, dans les marais de la Sèvre, moyennant une somme de 1500 sous, et comme celle-ci pouvait paraître peu élevée, elle précisa que ce prix d'achat était un complément des services qu'elle avait autrefois rendus à son vendeur (1). On la voit môme, redoutant qu'un domaine donné par son mari ne fût venu à celui-ci par l'effet d'une spoliation, s'adresser à l'ancien possesseur de ce domaine pour que celui-ci en fit un abandon personnel à rabbaye(2).
Les soucis que pouvait causer à Agnès sa nouvelle création ne lui faisaientpasnégliger les anciennes. Au mois de mars 1048, peu après la mort d'Hubert de Vendôme, évoque d'Angers, on la retrouve dans celte ville oîi elle assiste avec son mari à un acte passé en faveur de l'abbaye du Ronceray (3), puis celle môme annéeelle fait beaucoup d'achats de biens destinés à l'abbaye de la Trinité ; elle mit le comble à ces actes de générosité en donnant à ce monastère, de concert avec son mari, l'église de la Toussaint d'Angers. L'acte fut passé le 6 janvier 1049; Agnès avait encore auprès d'elle en ce moment ses deux fils, Guillaume et Geoffroy, et sa suite habituelle, Aimeri de Rochechouart, Aimeri de Rançon, Gautier Tizon, Guillaume de Parthenay et son fils du môme nom (4), Du reste, vers cette époque et pout-ôtre un peu antérieurement, elle fit de véritables sacrifices pour accroître ses fondations précédentes ; ainsi elle acheta de Pierre de Didonne,
(i) Gart, de Notre-Dame de Saintes, p. i43. On pourrait encore se demander si la donation de Tabbaye de Sainl-Palais, faite au même établissement lors de sa fondation par Guillaume^ vicomte d'Aunay, qui pour ce faire Tenieva à son vassal Constantin de Melie, fut bien un acte spontané, et si une certaine pression ne fut pas en ce sens exercée sur le vicomte par la comtesse et par son mari (Item, p. 55);
(2) Cart. de Notre-Dame de Saintes, p. 91.
(3) Métais, Cart. de la Trinité de Vendôme, I, p. i3i, note i.
(4) Métais, Cart. de la Trinité de Vendôme .1, p. 167.
moyennant 60U0 sous et quelques autres cadeaux, la moitié de la forêt de Marennes pour en gratifier la Trinité de Vendôme à qui elle avait précédemment fait don de l'autre moitié; elle acheta aussi de Dodon de Brou, pour le même objet, Téglise de Saint- Just dans la même forêt, et enfin elle se fit céder par Geoffroy Martel, pour 150 livres, les églises de Cheviré et de Menetil en Anjou afin que Noire-Dame de Saintes pûl échanger ces domaines avec la Trinité, contre celui de Marennes, ce qui était à la convenance des deux abbayes (1).
Le mouvement religieux, qui est une des caractéristiques du xi« siècle, était alors dans toute son intensité ; une architecture nouvelle^ plus riche, plus solide que la précédente, venait de naître et on démolissait des édifices à peine élevés pour en édifier de neufs suivant les nouvelles méthodes de construction et les nouveaux styles de décoration ; aussi à chaque page les chroniques remémorent-elles des dédicaces d'églises auxquelles les principaux personnages du pays ne manquaient pas d'assister. On a vu Guillaume Aigret se rendre, en 1047, à Saintes pour participer à rinaugurationdu monastère de Notre-Dame; la même année, le 16 juin 1047, il n'avait pas dû manquer de se trouver à Charroux où se fit la dédicace de l'abbaye ; l'affluence de monde à cette dernière cérémonie fut telle que, quarante ans après, les vieux barons la citaient encore comme étant celle où ils avaient vu l'assistance la plus considérable (2). Enfin, toujours à la même époque,eullieu la consécration du monastère de Saint-Michel-en- Lherm, mais on ne sait si nos comtes y assistèrent (3).
En 1049, c'est à Poitiers qu'on relève une semblable solennité. Le 1*' novembre se fil la dédicace de la nouvelle église de Saint- Hilaire. Depuis plusieurs années cette construction était en chantier. Elle avait été entreprise par Emma, reine d'Angleterre, femme de Canut le Grand. Cette princesse avait avec Agnès plusieurs points de ressemblance : comme elle, dévote sans scrupules, douée aussi d'une inlelligence supérieure, elle avait,
(i) Mêlais, Cart. saint, de la Trinité de Vendôme, p. 3g.
(2) Marchegay, Chron. des égl.d* Anjou: Saint- Aubin, p. 24 ; Saint-Serge, p. i36; La Ghaise-le-Vicomle, p. 34o; Saint-Maixent, p. 396.
(3) Marchegay, Chron. des éjl. d'Anjou, pp. 396 et 397, Saint-Maixent.
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souslenomde ses deux fils, gouverné vérilablement leurs élals ; les deux princesses élaient du reste proches parentes, Emma étant fille de Richard I^' de [Normandie, oncle de Guillaume le Grand. Il est à croire que la reine d'Angleterre fit à un moment donné un voyage en Poitou et qu'elle en rapporta une dévotion spéciale pour saint Hilaire ; toujours est-il qu'elle chargea un architecte de sa nation, Gautier Coorland, de dresser les plans d'une nouvelle église de Saint-Hilaire et qu'elle pourvut à toutes les dépenses de la construction. Mais en 1044 elle fut privée du pouvoir, et, dépouillée de ses richesses, elle ne put continuer l'entreprise. Celle-ci allait être suspendue et peut-être abandonnée quand elle fut reprise par Agnès, qui poussa le comte de Poitou, à qui incombait véritablement ce soin en sa qualité d'abbé de Saint-Hilaire, à terminer l'édifice (t). Le jour même de la cérémonie, Guillaume restitua aux chanoines l'église de Saint-Sauveur et de Notre-Dame (sans doute l'église de Notre- Dame de la Chandelière), qui leur avait été enlevée par les comtes, ses prédécesseurs. Sa mère Agnès parait seule à côté de lui dans l'acte dressé à cet effet, où il est en outre relaté que c'est lui et sa mère qui ont élevé la basilique avec une grande magnificence. Mais l'opinion publique ne s'y trompa pas et le chroniqueur de Saint-Maixent a pu dire en toute justice que cette reconstruction fut l'œuvre d'Agnès, qui aurait elle-même ordonné que l'on procédât à la dédicace de l'église (2). Vers la même époque elle donna un nouveau témoignage de sa
(i) Ces failSy du moins tels que nous venons de les raconter, sont restes inconnus des historiens qui nous ont précédés, lesquels, interprétant dans un sens erroné le texlc de la chronique de Saint-Maixent, faisaient vivre Gautier Coorland au commencement du X* siècle, et reconnaissaient en lui l'architecte d'une Adèle d^Angleterre, dont il a été démontré plus haut la non-existence. Pour plus de détails, on peut se reporter à la lettre adressée par nous à M. de la Bouralière,le 22 juin iSgi^et qu'il a insérée sous cette rubrique: « A quelle époque vivait Gautier Coorland? », à la suite de la seconde édition de sa Notice historique et archéologique sur Véglise de Saint' Hilaire^le^Grand de /*oi7ier5,pp. 3i-38.11 n'y a pas aussi lieu de s'étonner des générosités d'Emma à l'égard d'un édifice religieux situé en dehors de ses états, la reine d'Angleterre ne faisait que suivre en cela les traditions de son mari qui envoya à Fulbert de Chartres une somme d'argent considérable pour aider à la reconstruction de sa cathédrale incendiée en 1020 (Migne, Patrologie lat,, CXLI, col. 235).
(2) Marchegay, Chron. des égl.d'Anjoa,p.3(^'jy Saint-Maixent; Rédet, Documents pour Saint' Hilaire fly p. 86; Martène, Thésaurus y III, col. 12 12, Chron. de Mon tierneuf.
ferveur religieuse en élablit^sanl à Voiliers une collégiale, composée de treize chanoines vivani sous la règle de saint Augustin, à qui incombait le devoir de prier pour leurs fondateurs et en particulier pour le comle Guillaume, son premier mari. L'église delà collégiale, placée sous l'invocation de saint Nicolas, fut construite en dehors des murs de la ville, près du Grand Marché, sans doute par la main des mêmes ouvriers *qui venaient de réédifier Saint-IIilaire. Une large dotation fut assurée aux chanoines pour leur subsistance, et comme certains des domaines qui leur furent attribués étaient situés dans la féodalité du comte d'Anjou, celui-ci, à la sollicitation de sa femme, les prit sous sa protection (1). Dans Tacte de fondation Agnès, comme à son ordinaire, fait intervenir ses deux fils ; elle les associa aussi à une œuvre charitable, qu'il serait injuste de ne pas mettre en relief, celle de rétablissement d'une aumônerie, qui fut placée sur le Grand Marché, non loin de Saint-Nicolas; la piété d'Agnès ne doit pas être seule mise en cause en cette occurrence, elle s'inspira aussi de la vertu de charité^ qui ne trouvait sans doute plus suffisamment son compte dans les obligations imposées aux églises ou aux monastères, lesquels ne voulaient ou ne pouvaient sans doute y satisfaire.
Ce n'est pas seulement en sa qualité de comte de Poitou que Guillaume Aigret intervint dans la dotation de Saint-Nicolas ; il y coopéra personnellement en attribuant aux chanoines, après sa mort, deux péages que sa femme possédait en Aunis, l'un à Angouhns, l'autre à Voutron (2).
L'année suivante, en 1050, les évoques de Saintes, d'Angoulême et d'Angers procédèrent à la bénédiction de l'église de Saint-Jean d'Angély dont le chevet venait d'être achevé. Agnès y tint la première place avec ses deux lils; placés devant l'autel
(i) Arck, hist. du Poitou, l, pp. i, i5, 23, 82, Cart. de Saint- Nicolas; Marchegay, Chron, des égl. d* Anjou, p. 898, Saint-Maixenl. L*abside de Sainl-Nicolas et sa crypte subsistaicDt encore à peu près intacts en i8gi. A celte dale^ ce qui en restait fut dénaturé et englobé dans des maisons qui en cachaient désormais la vue. Depuis ce jour^ Tédifice a été peu à peu démoli et il a été définitivement rasé en 1902; quelques chapiteaux et autres morceaux de sculpture ont été transportés au Musée de la Société des Antiquaires de FOuest (Voy. B. Ledain, V église de Saint-Nicolas de Poitiers).
(2) Arch, hist, du Poitou, I, pp. 7 et 11, Cari, de Saint-Nicolas. Les péages en question faisaient sans nul doute partie du douaire d'flermensende.
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de saint Jean sur lequel ils firent brûler chacun un grain d'encens, en guise d'offrande au Seigneur, la comtesse et ses fils firent abandon au monastère de tout le bourg avec les églises qu'il renfermait et les dépendances territoriales que les rois de France et les ducs d'Aquitaine avaient autrefois données aux religieux, mais qui leur avaientélé ravies, particulièrement par Agnèsellemême ; en guise d'indemnité elle ajouta de nombreux privilèges à ceux qu'elle venait de reconnaître et y joignit des franchises pour les habitants du bourg (^). Le comte d'Anjou ne prit aucune part effective à cet acte, mais son nom se rencontre parmi ceux des assistants avec le comte d'Angoulêmé et le vicomlede Thouars (2).
Cette même année, Agnès, en compagnie des jeunes comtes se rendit dans ses domaines du Talmondais, et là, sans doute sous sa pression, Guillaume le Jeune, seigneur de Talmond^fit don à Tabbaye de Marmoutier des domaines de Fontaines et d'Angles, dont il avait hérité de sa mère et où l'abbé Aubert et ses religieux établirent aussitôt un prieuré. Cette fondation était faite en violation des intentions formelles de Guillaume le Vieux, fondateur de la dynastie des seigneurs de Talmond, qui, voulant assurer une véritable dotation spirituelle à l'abbaye de Sainte- Croix, qu'il venait d'établir sur son domaine, avait défendu à ses successeurs de disposer de terres du Talmondais en faveur d'autres établissements religieux. Pour donner à l'acte toute sa valeur, la comtesse et ses fils y apposèrent leur signature, c'est-à-dire tracèrent leur croix sur le parchemin (3).
La sauvegarde accordée par le comte d'Anjou aux domaines de Saint-Nicolas et son assistance à la bénédiction de Saint-Jean
(i) Agnès devait jouir à Saint-Jean de droits ëtendus, car elle y possédait un prévôt qui y exerçait ses attributions tant pour son compte que pour celui du comte de Poitou (O. Fonteneau, XIII, p. 169).
(2) Besly ou ses éditeurs (Hist, des comtes^ preuves, pp. 328-33 1 bis) donnent à cette charte la date de io48; la chronique de Saint-Maixent (p. 398) place la dédicace de Saint-Jean en io5o et y fait assister Isembert, évéque de Poitiers, bien qu'il ne soit pas désigné dans Pacte. Celui-ci étant dépourvu d'indications chronologiques, on peut rester dans le doute, toutefois il semble plus expédient d'adopter la date fournie par la chronique de Saint-Maixent.
(3) Marchegay, Cart, du Bas-Poitou, p. 87, prieuré de Fontaines. Cet acte ne peut être placé qu'entre les années 1049-1057, pendant lesquelles Guillaume le Jeune posséda la seigneurie de Talmond, aussi la date de io5o environ que lui a attribué M* Marchegay parait devoir être conservée.
furent sans doulc une des dernières faveurs qu^Agnès obtint de son mari. Geoffroy iMartel avait semblé pendant longtemps vivre en bonne intelligence avec la femme qui s'était en quelque sorte donnée à lui, mais, parvenu au comble de son ambition, jouissant d'une autorité et d'un prestige incontestés, il sentit qu'il lui manquait quelque cbose. Son union avec la veuve de Guillaume le Grand était restée stérile; il n'avait pas d'enfants, de descendants issus de sa chair, à qui il pût laisser ses magnifiques domaines. Des regrets qu'il en ressentit à Tidée d'un divorce il n'y avait qu'un pas ; il le franchit, et un beau jour il répudia sa femme. A celle époque les prétextes ne manquaient pas pour rompre une union ; on invoquait la raison de parenté et dans les grandesfamilles qui contractaient ensemble de fréquentes alliances, les cas de dissolution d'un mariage n'étaient pas difTiciles à trouver. Du reste, l'union d'Agnrs avait, comme on l'a vu, été qualifiée d'illégitime dès qu'elle s'était produitf^et Geoffroy ne l'ignorait pas. Il prit pour femme Grécie, veuve de Berlais, son vassal, seigneur de Monireuil, puissant baron cité dans de nombreux actes de l'époque ; ce mariage eut lieu entre les années 1030 et 1052(1).
Agnès ainsi délaissée ne manquait pas de lieux de refuge; elle avait d'abord les domaines qu'elle avait reçus en douaire, puis son abbaye de Notre-Dame de Saintes, mais Poitiers l'attirait principalement ; là elle était sûre de pouvoir continuer à jouer un rôle
(i) C. Port dans son Diclionnaire historique de Maine-et-Loire^ t. II, p. 298, àrarticle de Grécie, place le nouveau inariag>e de Geoffroy Marlel vers io55 ou loôy ; mais il esl 6labli par le chartrier de la Trinité de Vendôme que le 6 janvier io49 Agnèa clail encore femme de Geoffroy Martel qui déclare, dans le préambule de racle de donation de la Toussaint d'Angers à labbaye de la Trinité, qu'Agnès est son épouse bien-aimée, l'objet de son unique amour (Métais, Car/, de la Trinité de Ven. dôme, l, p. lOS), et qu'à cet acte, qui se passa à Angers, la comtesse était présente, ayant dans sa compagnie ses deux fils, et ses chevaliers poitevins Aimcri de Rochechouart, Aimeri de Uancon, Gautier Tison, Adémar Maie Capsey Guillaume de Partheaay et son fils. La participation de Geoffroy Martel aux faveurs accordées par sa femme à Saint-Nicolas de Poitiers et à Saint-Jean d'Angély pendant Tannée 1049, ne permet pas de placer la séparation des deux époux avant Tannée io5o, mais elle était effectuée dans le cours de cette année, ce que semble prouver le don du comté de Vendôme fait par le comte d'Anjou,sans la participation de sa femme, à sou neveu Foulques ; à cet acle important on ne voit paraître aucun chevalier poitevin (Cari, de la Trinité de Vendôme^ I, p. 171). Du reste Grécie est désignée avec son titre de comtesse dans une charte du 26 mars io53 [Item, p. 176), et parait encore comme i^mme du comte d'Anjou dans une charte non datée du cartulaire de Saint'-Maur-sur- Loire (Marchegay, Archives d'Anjou, p. 38i).
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important, Guillaume restant toujours soumis aux volontés de^sa mère (1). Du reste, malgré le partage de l'héritage d'Eudes intervenu en 1044 entre les deux fils d'Agnès^ il ne semble pas qu'aux yeux de leurs contemporains la distinction entre les domaines qui leur avaient été dévolus ait été nettement établie, et quand Agnès fut revenue dominer àla cour du comte, on putcroire que rien n'était changé dans la situation constatée dix ans auparavant; tel était le sentiment du rédacteur d'une charte de l'abbaye de Saint-Maixent qui dit en 1051 que le duc Guillaume, son frère Geollroy et leur mère la comtesse Agnès continuaient à gouverner le Poitou (2).
Nous ne savons rien des actes de Guillaume Aigret pendant celle année 1051, maisdans le courant de Tannée I0o2révèque de Limoges, Jourdain deLaron, étant venu à mourir le chapitre cathédral de Saint-Ëlienne lui écrivit aussitôt pour lui demander qu en vertu de l'accord de 1045 il ne donnât pas Tévêché à prix d'argent. Après lui avoir dépeint le trisle état dans lequel se trouvait le diocèse et le clergé, les chanoines ajoutaient : « Qu'est-ce qui le manque ? L Aquitaine tout entière t'appartient... nous réclamons de toi un évèque et non un louprapace, un homme qui soit le directeur des âmes et non un professeur de déprédation, qui viendrait prêcher que le bien est la chose mauvaise et que c'est le mal qui est le bien. . . qu'il devienne le maître de tout ce qu'a possédé son pré^ décesseur.*. tout ce que nous avons est à toi ; tu es le gardien de notre bien, envoie- nous un berger pour prendre soin du troupeau, et non un homme qui en fasse sa proie. • • Adieu, sois le défenseur de saint Etienne (3). i>
Guillaume semble avoir déféré ù Tappel instant des chanoines^ 11 se tint à Limoges une grande assemblée d'évêques dont le choix se porta sur Hier Chabot, un homme de race noble, qui veuf ne s'était pas remarié et que ses mérites signalèrent à leur attention. Dans l'acte dressé pour constater la décision de l'assemblée il fut
(i) On peut, grâce à réaoacé des donations faites par Agnès^ se rendre compte de Timportance des biens qui lui avaient été donnés en douaire et de leur situation ; ils ne formaient pas un ensemble compact» mais ils étaient disséminés sur plusieurs points du Poitou, à Poitiers et aux environs^ à Saint-Maixent, à Maillezais, à Talmond et aussi en Saintooge.
(2) A. Richard, Chartes de Sainl-Maijcenl, I, p. i4i.
(3) Gallia Christ., Il, instr., col. 173.
a6o LES COMTES DE POITOU
expressémeal porlé que Téleclion s'était faite de la volonté et du consentement du comte de Poitou, du vicomte Adémar, des barons, des nobles, du clergé et du chapitre cathédral (1).
Vers le même temps le comte, de concerlavec samèreelson frère^ confirma les donsqui avaient étéfaitsà Téglise Notre-Dame du Puy en Yclay alors qu*il était en bas-âge, par son pore Guillaume, sa mère Agnès et ses frères Guillaume et Eudes, lesquels consistaient en la moitié de TUe de Dé, des étangs, des écluses, deux villages et le bois de Saint-Ouen, vulgairement appelé le Breuil (2).
Par suite de la répudiation d'Agnès, la situalion était extrêmement tendue entre Geoffroy Martel et sesbeaux-fils, à tout le moins avec Guillaume, qui subissait toujours l'ascendant de sa mère. Excités par elie^ ils se préparèrent à tirer vengeance deTaffront qui lui avait été fait, mais le comte d'Anjou, avec la rapidité de décision qui était un des traits saillants de son caractère, les devança : il leva en 1033 une armée considérable et marcha sur Poitiers. Le comte de Poitou n'était pas prêt ; son frère ne l'avait sans doute pas encore rejoint avec les forces qu'il pouvait lui amener de son comté de Gascogne, et devant l'impossibilité où il se trouvait de lutter contre son beau-père, il s'empressa de faire sa paix avec lui (3). Peut-être est-ce à cette époque qu'il convient de placer un voyage que fit Agnès, accompagnée de sou conseiller Tarchevèque Archembaud, abbé de Saint-Maixent, auprès de
(i) Labbe, ConciUa,\XyCo\. 1060. Biea qu'il n'y ait à retenir, au sujet de cetévèque, que le nom qu*il portait, il semble toutefois qu'il peut être rattaché à la famille de Guillaume Chabot, Tua des familiers du comte de Poitou.
(2) En attribuant cet acte à Guillaume Aigret, nous nous rang^eons à l'opinion de Besly qui a dénioairé [Il ist, des com/e^, preuves, pp. 261-263) que bien que V Histoire de Notre-Dame du Puijy c. 19, 1. 2, p. 285, lui donne la date de l'an 1000, il ne peut élre placé qu'entre les années 1047 et io58. (Voy. aussi D. Vaissete, Hist, de Languedoc y n. éd., IV, p. 89).
(3) Dom Housseau, Livre noir de Saint-Florent de Saumur, t. II, no 54o. Besly [Hist. des comtes, preuves, p. 327 bis) a publié les formules finales de cet acte qui, dans son texte, porte la date de io43. 11 y a là une erreur manifeste, résultat d'une faute d'impression, que n'a pas reproduite Marchegay, lequel dans ses Arch, d* Anjou, p. 271, donne à la pièce sa date véritable de io53. Mais l'indication inexacte de Vllist. des comtes de Poitou n'en a pas moins été adoptée par certains historiens, qui n'ont pas réfléchi qu'en io43 Geoffroy Martel était, de par sa femme Agnès, le véritable possesseur du comté de Poitou et ne pouvait en toute justice partir en guerre contre lui-même. Nous ne croyons pas non plus qu'il faille prendre à la lettre le texte de la charte de Saint-Florent, que Marchegay place par erreur avant io54 et qui dit que Geoffroy déclara la guerre au comte de Poitou; le contraire nous parait bien plus vraisemblable.
GUILLAUME AIGRET 961
Thibault, comte de Champagne. Entrait-il dans ses intendons d'amener ce comte à reprendre ses luttes anciennes contre Geoffroy Martel qui lui avait enlevé la Touraine, nous ne saurions le dire, le molif de ce voyage ne nous ayant pas élé révélé (1).
Le 12 mai 1054, jour de TAscension, Guillaume se trouvait à Poitiers. Les religieux de Saint-Florent de Saumur n'avaient pu jouir paisiblement du domaine des Fosses qu'Agnès leur avait donné en 1043, Les agents du comte exigeaient d'eux certains droits coutumiers qui les lésaient grandement; sur leur requête Guillaume les exempta de tous ces devoirs, défendit de les molester à l'avenir et pour le surplus confirma les dispositions de la charte primitive de donation. Bien qu'il déclare agir en la circonstance du consentement de son frère Geoffroy et de sa mère Agnès, ni l'un ni l'autre ne comparaissent parmi les témoins de l'acte où l'on rencontre l'archevêque de Bordeaux, les évêques d'Angoulême et de Limoges, le comte de la Marche Audebert, le vicomte Savari de Thouars, Guillaume de Parthenay et autres compagnons ordinaires du comte (2).
Agnès n'assista donc pas à la libération de la terre dos Fosses, et même après cette date on ne la rencontre plus opérant en personne aux côtés de son fils. Il est possible que Geoffroy Martel ait imposé au comte de Poitou l'éloignement de sa mère et que celle-ci ait été chercher un refuge auprès de son fils Guy dont l'autorité s'affirmait alors en Gascogne ; elle a encore pu, dès cette époque, aller demander au monastère de Notre-Dame de Saintes l'asile où nous la retrouverons plus tard. Nous ne serions pas étonné qu'il faille placer à cette date un fait que nous apprend une charte
(i) A. Richard, Charles de Saint-Maixent, T, p. f4o. Pendant ce voyage, Tabbé de Snint-Maixent consenlil à ce que la comtesse disposât du domaine de Sivrcc, autrement dit le Puy Saint-Maixent dans la paroisse de Montamisé, qui appartenait à son abbaye.
(2) Arch. hist, da Poiloa^ II, p. 98, Chartes poil, de Saint-Florent. Le chartrîer de Saint-Florent contenait un autre acte de confirmation de la possession des Fosses par cette abbaye (//^m.p.go). Mais cet acte, idenliqueau précédentet dépourvu de date, n*est qu*un projet retrouvé dans le chartrier de l'abbaye et auquel le rédacteur du cartulaire en Fincorporant dans son recueil, a maladroitement ajouté des noms de témoins empruntés h Tacle de io54, sauf qu*on y trouve en plus Guillaume, évéque de Périgueux, cl Geoffroy Martel. Or, c'est en 1060 seulement qu'un évéque du nom de Guillaume monta sur le siège de Périgcux et nous savons qu'en io54 le comte d'Anjou était totalement séparé de sa femme et ne pouvait venir à côté d'elle comparaître dans un acte à Poitiers.
s62 LES COMTES DE POITOl'
de Bourpueil. Cette abbaye poss<^dail depuis la fin du siècle précédent des domaines en Bas-Poitou; le comte, croyant sans doute avoir des droits sur ces territoires et n'étant plus retenu par les scrupules de sa mère, ne se gêna pas pour imposer aux religieux de Bourgueil la charge de recevoir chaque année dans leurs pacages du Busseau,de Poussais et d'Auzais et sur chacun de ces trois domaines deux hommes et trois chevaux qui y séjourneraient le temps qu'il lui plairait. Ce procédé était ingénieux et en le généralisant le comte aurait pu faire élever et entretenir à peu de frais \os chevaux nécessaires au service de sa maison.
Cette façon d'agir, allant h rencontre de l'œuvre privilégiée d'Agnès, vient déjà témoigner que la comtesse ne jouissait plus auprès de son fils de celte influence sans limites dont on a tant de preuves. Son amoindrissement est encore alteslé par ce qui se passa dans le Talmondais.
Pour récompenser Guillaume le Chauve, le fondateur de la dynastie des sires de Talmond, de l'aide qu'il lui avait prêtée contre les fils aînés de son mari, la comtesse lui avait concédé certains droits et en particulier la moitié du produit des églises d'Olonne. Après la mort de Guillaume, advenue vers 1049, Agnès reprit ce qu'elle avait donné, mais comme le sire- de Talmond avait disposé decesbiens en faveur de l'abbaye de Sainte-Croix qu'il avait fondée, ce furent en fin de compte les moines qui se trouvèrent lésés. Tant qu'Agnès dominaen Poitou, ceux-ci ne purent faireque de timides réclamations, mais quand la situation de la comtesse se trouva diminuée, en ce moment leur voix s'éleva. Guillaume le Jeune, fils et successeur de Guillaume le Chauve, s'élait résolu en 1056 à partir en pèlerinage pour Home, mais avant d'enlreprendrece voyage,sachanl, disait-il, qu'il y a danger pour ceux qui le font et qu'il ignore les accidents du chemin, il régla ses affaires et en particulier reconnut le droit des moines de Sainte-Croix sur les églises d'Olonne. Il ne revint pas et eut pour successeur son frère Pépin qui, à son tour, ne tarda pas k succomber, ne laissant pour héritières que sa sœur Asceline et sa mère Ameline. Mais le comte de Poitou, soit en vertu du droit de rachat à merci, droit féodal qui était peut-être déjà en vigueur et qui le rendait usufruitier de la seigneurie jusqu'à ce que son possesseur eût
GUILLAUxME AIGHËT a63
acquitté des droits considérables pour rentrer enjouissance de son bien, soit que Tacte de la concession faite par Guillaume le Grand au premier sire de Talmond eût spécifié que cette importante seigneurie reviendrait au domaine comtal dans le cas où la descendance mâle de ses possesseurs serait interrompue, toujours est-il que Guillaume Aigretmit lamainsurle domaine de Talmond et qu'il vint s'y installer avec une nombreuse suite, au commencement de Tannée 1058, pour se livrer aux plaisirs de la chasse.
Dans sa compagnie se trouvaient sa femme Hermensende, Guillaume, évêqued'Angoulôme, Savari, vicomte deThouars et autres grands personnages. L'abbé de Sainte-Croix, Vilal, profita de l'occasion et vint directement se plaindre à lui dû tort que lui avait causé Agnès en s'emparanlde la moitié de la dîme et des offertes d'Olonne. Le comte fit porter TafTaire à un plaid qu'il tint à Talmond et où assistèrent les gens de sa suite et les principaux personnages du pays. Dans celle assemblée, où les droits d'Agnès furent sans doute défendus par Renoul de Saint-Michel, le prévôt qui administrait ses domaines du Talmondais, il fut déclaré que la comtesse avait injustement mis la main sur les possessions de Sainte-Croix, et Guillaume, ratifiant cette décision, ordonna que l'abbaye rentrerait pour toujours en possession de ce qui lui avait été enlevé ; de plus, soit pour raison de dévotion, soit pour indemniser les moines du tort qui leur avait été causé depuis plusieurs années, il leur fit don du droit de pânage pour les porcs de l'abbaye dans la forêt deJard qui faisait partie du domaine comtal (1).
A la fin de cette même année, les comtes de Poitou et d'Anjou étaient en guerre. Geoffroy Martel, après'la répudiation d'Agnès,
(i) Cart. de Talmond^ pp. 76-77. La seigneurie de Talmond était encore entre les mains du comte de Poitou quand arriva la mort de Guillaume Aigret; c'est ce que Ton doit inFérer de deux actes du cartulaire de Sainte-Croix, non datés il est vrai, mais dans l'un desquels il est dit qu'aussitôt après le décès du comte Guillaume son frère GeofTroy-Guy, confirma aux moines de Talmond la concession que son prédécesseur venait de leur faire (Cart. de Talmond^ pp. 77 et i?7). La constatation de ce fait doit faire renvoyer à Tannée io58 la prise de possession de la seigneurie de Talmond par Châlon, mari d'Asceline, que les historiens plaçaient en Tannée 1067 environ (//., p. 61). Une autre preuve que Geoffroy détint pendant quelque temps la seigneurie de Talmond est fournie par le cartulaire de Sainte-Croix qui nous apprend (//., p. iig) que Boson « de Davio » exempta les navires de Tabbaye du droit que lui payaient ceux qui faisaient le transit avec la Bretagne, et ceci du consentement d'abord de Geoffroy et ensuite de Châlon, ses seigneurs.
a64 l-KS œ.MTFS DR POITOr
n'avait pas rencontré lasalisfaclion qu'il chorchait ; il remplaça bientôt Grécie par Adèle, la fille du comte Kudes, puis il revint à Grécie et enfin, après un nouveau renvoi, il s*altachaà Adélaïde la Teutonne (1). Celte dernière mit promptoment à profit l'ascendant qu'elle prit sur le vieux comte, et se fit attribuer par lui un magnifique douaire qui comprenait le Saumurois et d'autres domaines que les héritiers de Geoffroy durent plus tard racheter. En agissant ainsi, le comte d'Anjou brisait les derniers liens qui pouvaient le rattacher encore à Agnes ; il disposait du douaire qu'il lui avait constitué bien des années auparavant et Ton peut croire que la comtesse n'était pas d*humeur à se laisser impunément dépouiller de ses revenus. Hlle sortit de sa retraite et eut encore assez d'autorité sur son fils pour le décider à faire valoir ses droits les armes à la main. Cette fois le comte de Poitou prit ses précautions et ce fut son adversaire qui, hors de doute, fut surpris. GeolTroy essaya bien de résister a celle attaque inopinée, mais les premières rencontres ne lui furent pas favorables et il se laissa enfermer dans le château de Saumur dont Guillaume vint faire le siège en règle. La situation du comte d'Anjou était des plus critiques, quand il fut sauvé par un de ces coups de chance dont son histoire abonde. Le comte de Poitou tomba malade de la dysenterie et fut contraint de se retirer; peu après il succomba à la maladie, âgé seulement de trente-cinq ans (2). Ses entrailles furent portées dans l'église de Saint-Nicolas de Poitiers (3).
(i) Cette éoumération des femmes de GeofEroy Martel se reocontre, dans une charte de Tabbaye du Ronceray qui les qualifie toutes, sans distinction, du titre de concubines (Marchegay, Chron, des égl, d'Anjou^ ip. 298, note i). M.Tabbc Mêlais, s'appuyant sur la charte no CV de la Trinité de Vendôme et la charte de la fondation du prieuré du Plessis, dépendant de l'abbaye de Bourgueil, avance qu'Agnès fut reprise par son mari en io56 pour être répudiée à nouveau bientôt après {Cart. saint, de la Trinitéj p. 4* QOte 1). Mais cette assertion ne repose que sur un acte daté de io56 (Cart, de la Trinité de Vendôme^ I, p. 78) où on rappelle les fondations de la Trinité et de TEvière, faites la première avant la mort de Foulques Nerra advenue le 21 juin io4o, l'autre peu après son décès; cet acte n'est qu'une notice rappelant des faits antérieurs à sa rédaction et ne peut en aucune façon être appliqué à A^ncs. Le prieuré de l'Evière, selon C. Port (Dict. de Maine-et-Loire, I, p, 56) a été fondé à deux fois, en io4o et en 1047.
(2) Marchegay, Chron, des égl, d'Anjou, p. 4oo, Saînt-Maîxcnl ; Bcsiy, llisf, des comteSy preuves, p. 327 bis; Métais, Cart, de la Trinité de Vendôme, I, pp. 120 et lai.
(3) Arch, hist. du Poitou,\L, p. i3. Cart. de Saint-Nicolas.
GUILLAUME AIGRET 205
Il ne laissait pas d'enfants et son frère Guy-Geoffroy fut appelé à lui succéder tant comme duc d'Aquitaine que comme comte de Poitou. Sa femme, Hermensende,dont il était tendrement aimé, se retira du monde et, dit le chroniqueur, se voua à un veuvage sévère. Elle fit même plus, elle embrassa la vie religieuse et finalement se retira à Rome auprès de sa belle-sœur Âla, qui, après avoir gouverné l'empire d'Allemagne en qualité de régente de 1056 à 1061, et renversée du pouvoir, s'en fut chercher au loin le repos du cloître (1).
Les chroniques fournissent relativement peu de détails sur la vie de Guillaume V, mais son surnom d'Aigret, Acerrimus, et le passage de la chronique de Saint-iMaixent, où il est dit que pareillement à son frère Geoffroy il réalisa de grandes entreprises « ufrique magna et forti agesserunt », nous laissent à penser qu'il gouverna vigoureusement le duché d'Aquitaine et qu'il sut réparer les maux causés par la captivité de Guillaume le Gros et par son arrivée au pouvoir à la suite d'une guerre civile.
11 est le premier de nos comtes dont on connaisse un sceau. Il en usait rarement et il ne paraît pas qu'il ait eu un chancelier ; il est possible qu'il ait recouru à celui du chapitre de Saint-Hilaire dont il pouvait requérir les services en sa qualité d'abbé de cet établissement. Une empreinte de ce sceau, aujourd'hui perdue, était apposée à la charte de confirmation des dons faits par Agnès à la Trinité de Vendôme de l'année 1040 environ; elle était sur cire blanche et était suspendue au parchemin par un double lacs de cuir; on y voyait un guerrier à cheval, armé, tenant une épée d'une main et un bouclier de l'autre. Une légende entourait cette figure et devait porter l'indication de Guillaume, comte des Poitevins et duc des Aquitains (2).
(i) Bcsiy, Hisf. des comtes, preuves, p. 333 bîs, d'après deux lettres du cardinal d^Oslie, Pierre Damien^ à rimpératrice Alignés; voy. aussi aux pMg-es 327, 337 et 338 bis.
(2) Mêlais. Cart, saint, de la Trinité de Vendôme^ p.45. La description de ce sceau, qui appartient au type que l'on est convenu d'appeler le type équestre, se trouve dans un oidimas, daté de 1627, de la charte de Guillaume Aiçret : la lég'enHe avait presque totalement disparu et Ton n*y lisait plus alors que la fin du dernier mot : anorvm (Aqaitanornm),