ABBON
Le premier comte de Poitou s'appelait Abbon. Il avait pour voisins Humbert à Bourgos, Roger à Limoges, Wuilbod à Périgueux et Seguin à Bordeaux ; son pouvoir s'étendait sur la cité de Poitiersetsur celle d'Angoulême qui, dans la nouvelle organisation, ne fui pas pourvue d'un comte non plus que celle de Saintes, alors Que Tune et Tautre en avaient possédé sous les Mérovingiens: Saintes fut rattaché à Bordeaux. L'imporlance et la multiplicité des allributions qui furent conférées aux comtes aquitains ne devaient pas leur permettre de fréquenter assidûment la cour impériale et de prendre part aux grandes expéditions militaires qui marquèrent le règne de Charlemagne. Aussi ne saurait-on affirmer que le comte Abbon, qui peut-être resta à la tête du Poitou pendant trente-cinq ans, soit le même que le personnage de ce nom qui, avec onze autres chefs francs, fut garant du traité que l'empereur passa, en 8H, avec le prince danois Hemming (2). Abbon dut prendre assurément part aux nombreux faits de guerre qui signalèrent la lutte presque continuelle entre les Francs et les Sarrasins, mais il n'en est pas resté de trace. De ce silence des textes il résulte que l'existence du premier comte carlovingien du Poitou ne nous est guère connue que par sa nomination et par quelques rares actes de son administration qui ont été conservés .
En 780, il présida à Poitiers deux plaids où furent portées des
(i) Recueil des hi'st, de France, VI, p. 88, Vila Hludowici piii mp.; Pertz, Mon, Germ.y S S,, II, p. 608; Besly, Hist. des comtes de Poiciov, preuves, p. i48.
(2) Rec. des hist, de France, V, p. 60, Annales Francorum ; Besly, Hist. des cornteSf preuves, p. i48; Pertz, Mon, Germ,, SS.^ I, p. 198, Einhardi annales.
affaires intéressant l'abbaye de Noaillé. Dans le premier, qui eut lieu le dimanche 18 novembre, il fut reconnu que le domaine prétendu par Tabbaye de Saint-Hilaire à Lussac appartenait à Noaillé (1); au second, qui se tint entre deux églises le samedi 1 "'décembre, fut présenté un litige déjà ancien entre un certain Gratien qui avait, au temps de Waïfre , usurpé Noaillé et ses dépendances sur Tabbaye de Saint-Hilaire et qui prétendait Vouloir conserver Tune d'elles, le domaine de Jassay; la cause ne paraissant pas encore assez instruite aux prud'hommes, probi hommes, appelés à la juger, elle fut renvoyée à une assemblée ultérieure, soit devant le comle, soit devant Tabbé de Saint-Hilaire^ Jepron, lequel siégea à côté du comte dans ces deux affaires (2).
Le nom d'Abbon se trouve encore au bas d'une sentence rendue à Saint-Hilaire de Poitiers par les missi dominici du roi Louis, le 28 avril 791, dans une contestation advenue entre des particuliers au sujet de la possession de l'alleu du Pin en Aunis (3), et d'un diplôme de sauvegarde et d'immunité accordé au monastère de Noaillé par le même roi^ qui se tenait alors en Limousin^ dans son palais de Jogundiagm (Le Palais), du 3 août 794 (4).
Ces faits sont bien peu importants, mais il était néanmoins nécessaire de les relever, car ils constituent tout ce que l'on sait des actes du comte Abbon. On ignore même totalement quand il cessa d'occuper ses hautes fonctions. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dès les premiers temps du règne «de Louis le Débonnaire comme empereur, on lui trouve un successeur (5).
(i) Mabille, Le royaume iV Aquitaine et ses marches^ p. Sq ; D. Fonteneau, XXI, p. 3i.
(2) Bealy, Hist. des comtes, preuves, p. 149; Mabille, Le royaume d'Aquitaine ^ p. 39; D. FoDleneau, XXI, p. 35.
(3) Mabiile, Le royaume d* Aquitaine, p. 39 ; D. Fooleneau, XXI, p.4i-
(4) Arch. de la Vienne, orig., Noaillé, u^ 2 ; Gallia christ, y II, instr., col. 346, où cette pièce a été datée à tort de Taonée 793.
(5) Les auteurs de VArt de vérifier les dates, p. 710, éfi^arés par Besly {Hist, des comtes, p. 6], placent après Abbon un comte du nom de Ricuin. M. Mabiile, dans sa remarquable élude crilicjue sur le royaume d'Aquitaine et ses marches, p. t\o, a relevé cette erreur à jusle titre. Il fait aussi justice d*un autre comte du nom de Renaut, placé par Besly après Ricuin {Hist, des comtes, p. 7, et preuves, p. 1G7). Voy. Appemmce I.