II. - BERNARD
Le comte Bernard esl cité avec la qualification d'homme illustre, vir illuster^ dans la notice d'un plaid tenu à Poitiers le mercredi î20 juin 815 par Godil^ son musus (!), au sujet de deux serfs de l'abbaye de Noaillé qui furent convaincus d'avoir fait fabriquer de fausses chartes d'affranchissement. (2). En ce moment ce n'était déjà pUis Louis le Débonnaire qui régnait en Aquitaine. Devenu empereur des Francs par la mort de son père, en 814, il avait suivi les errements do ce dernier et l'Aquilaine, maintenue dans sa semi-indépendance, reçut pour roi Pépin, le second fils de Louis. Ce prince, élevé dans les sentiments d'une piété extrême, se montra pendant tout son règne, quoiqu'avec quelques défaillances, favorable aux églises, soit en leur accordant des privilèges d'immunité, soit en leur restituant les domaines dont, suivant les nécessités de la politique, elles avaient pu être dépouillées pour être données en gratification aux fidèles du roi (3). C'est ainsi que le comte Bernard possédait l'important domaine de Tizay, ancienne dépendance de l'abbaye de Saint- Maixent ; se disant poussé par des molifs pieux, le comie renonça un jour à la possession dé ce bénéfice et^ s'adressant au roi, lui demanda de faire aussi de son côté l'abandon de tous ses droits
(i) La qualité de missas paraissant identique avec celle de vicecomes (R. de Lnsieyne, Elude sur les comtes et les vicomtes de Limoges ^ p. 47)1 Godil est le premier vicomte de Poitou dont le nom serait parvenu jusqu'à nous. Il n*est pas à croire que le missas fut tout d'abord chargé d'administrer un territoire particulier ; ce n'était encore que le fondé de pouvoir du comte.
(2) Mabille, Le royaume d^Aquitaine^ p* 4o; Besly^ Hist. des comtes, preuves, p. 176.
(3) Voy. le diplôme de ce prince du i^r avril 826 pour l'abbaye de Sainle-Croix de Poitiers, délivré en la forêt de Meulière (Besly, Roy s de Guyenne y p. 21), ceux du 24 juin 827 et du 24 novembre 834» accordés à Saint-Hilaire-le-Grand (Rédet^ Documents pour Vhistoire de Saint- Ililaire, I, pp. 5 et 7), celui du 11 janvier 827 pour Saint-Maixent, délivré dans le palais de Chasseneuil (A. Richard, Chartes de Saini- Maixent, I, p. 5), celui du 18 mai 826, pour l'abbaye de Noirmoutier (Recueil des hist. de France, VI, p. 664).
sur ce domaine ; Pépin accueillit favorablement cette demande et délivra, le 22 décembre 825, un diplôme qui rendait à Tabbaye la pleine el incommulable possession de Tizay (1).
On ne connaît pas l'origine de Bernard (2). Celait assurément un chef franc, mais on ne saurait, pas plus qu'on ne Ta fail pour Abbon, ridentifier avec un des signataires du trailé de 811 avec Hemming, portant ce nom de Bernard el le tilre de comle (3). On ignore pareillement quand il cessa d'occuper ses fonctions, soit par cas de mort, soit pour toute autre cause, mais Tévénement se produisit sûrement de 826 à 828 et fut le point de départ d'un nouvel état de choses danslacité de Poitiers.
Il ne semblait pas que le comte, placé à la tète de colle région, dût avoir jamais à lutter contre l'ennemi extérieur, el, pourtant, le cas se présenta sous Tadministration de Bernard et se perpétua sous ses successeurs. Les Normands, ces hardis marins que bien des motifs poussaient à quitter leurs froides résidences pour aller chercher au loin les aventures, avaient depuis plusieurs années paru dans les eaux de la France, mais ils s'étaient jusqu'alors contentés d'écumerles mers. La mort de Charlemagne, qui avait su préserver les côtes de son vaste empire par de sages mesures, négligées sans nul doute par son successeur, les rendit plus hardis; ils prirent Thabitude de relâcher dans l'île d'Her (Noirmoutier),oii ils se livraient à des actes de violence, particulièrement à l'égard des colons du monastère de Saint-Filbert, de qui l'île dépendait.
Les religieux de Saint-Filbert, afin de se mettre personnellement à Tabri de ces incursions pendant l'époque où elles se produisaient, c'est-à-dire pendant l'été, obtinrent de Louis le Débonnaire l'autorisation de construire un nouveau monastère à Deas, sur les bords du lac de Grand-Lieu ; le 16 mars 819, Tempereur compléla sa concession en leur délivrant un diplôme qui leur perniettait de couper la roule royale pour amener l'eau de la
(i) A. Richard, Chartes de Sainl-Afaixent, I, p. 3. '2) Voy. Appendice I.
{3 Rec, des hist, de France^ V, p. 6a, Aaaales FraQcorum; Perlz, Mon, Gertn, SS,y I^ p. 19S., Ëinhardi aauales,