XIII. — GUILLAUME AIGRET
V« Comte — VII« Dec
( loSg-ioSS )
Par suite delà fin lamentable du comte Eudes, son frère utérin, Pierre, le fils aîné d'Agnès, se trouva naturellement appelé à lui succéder à la tète du comté de Poitou et du duché d'Aquitaine. Toutes les loyautés qui s'étaient affirmées pour soutenir les droits de ses prédécesseurs s'étaient en vain produites; elles tombaient à néant devant ce fait brutal que les deux jeunes princes, issus des premiers maria;j;es de Guillaume le Grand, ne laissaient pas de postérité directe. Le nouveau comte avait droit à toute soumission de la part des fidèles vassaux de ses frères, elle ne lui fit pas défaut, mais si les anciens griefs parurent oubliés, on vit une modification profonde se produire dans l'entourage du comte où prédominèrent désormais les vicomtes de Thouars et les sires de Lusignan el surtout les barons batailleurs qui s'étaient attachés à la fortune d'Agnès, tels que Guillaume de Parthenay, Aimeri de Hancon, Gilbert Berlais, ainsi que quelques chevaliers moins haut cotés, comme Conslantin de Melle, Guillaune Cha-
(1) Gellc date esl fournie par le précieux; calcudricr de la Triiiilé de I^oiliers qui, au 5 des ides de mars (10 mars), coulieiit celle mcnlioii ; « Obilus Odouis comilis » (Bibl. de Poitiers, maa. n» 43o, fol. 37).
(2) INIarcliegay, fj/iron . des éijl . d'Anjou, p. 3(j:^ Saint-Maixent.
2c58 LES COMTES DE POITOU
bot, RenoiilHaiole, Simon de Verruye,Adémari/rt/e Capse^ Hildeberl de Rochemeaux (1).
Du reste, le pouvoir n'6tait pas à proprement parler dans les mains du jeune comte, mais bien dans celles de sa mère. Pierre était mineur ; il devait avoir environ seize ans en 1039 et jusqu'à sa majorité ce fut Agnès qui gouverna réellement le Poitou. Ce fait ressort de tous les actes de l'époque, du témoignap;e de tous ses contemporains. En 1041, l'un d'eux écrit que le comte Guillaume et son frère Geoffroy possédaient le Poitou, mais que leur ' mère Agnès administrait avec une grande sagesse le pays des Gaules (2). Ce dernier mot doit être interprété dans le sens de duché d'Aquitaine, mais il n'en est pas moins typique pour affirmer la grande autorité de la comtesse, il ne semble pas non plus qu'elle ait tenu à faire partager son pouvoir à son mari ; Geoffroy Martel n'apparaît guère aux côtés de sa femme, sauf dans des actes mémorables, tels que des fondations religieuses, et il paraît hors de doute que lui aussi, à tout le moins pendant les premières années de son mariage, subit l'ascendant de cette femme supérieure. Dans plusieurs des actes où ils comparaissent ensemble, passés en Anjou et où parsuite Geoffroy parle le premier, il ladésigne comme sa très chère, très noble et très sage épouse (3). 11 n'agissait pas autrement que les rédacteurs des chartes des abbayes, qui, rompant avec leurs habitudes de ne donner aucuns qualificatifs aux comtes ou aux grands seigneurs dont ils avaient à citer les noms, n'épargnent rien pour témoigner leurs sentiments à l'égard d'Agnès : c'est la très vénérable et très sage comtesse, qui en toutes circonstances témoigne de ses sentiments pieu\ en véritable amante du Seigneur ; c'est la comtesse que Dieu a dotée de nombreux dons et pourvue par lui de ses bienfaits autant que ses mérites peuvent l'en rendre digne (4). Ces louanges excessives sont plutôt un effet de la crainte que de l'affection; il valait mieux être de ses amis que de ses ennemis. Certains même la
(i) Voy. les chartes des abbayes de Saint-Maixent, de Saiol-Jean d'Angély, de Sainte-Croix de Talmond, et Besly, Hist. des comtes, preuves, pp. 3 1 4-328 bis.
(2) A. Richard, Chartes de Saint-Maixent, I, p. ii5.
(3) Marcheg-ay, Archives d'Anjou, p 877, Cait. de Sainl-Maur.
(4) .A. Ricliard, Chartes de Sainl-Mai.xent, I, p. iiy; Marchegay, Chartes poit. de Saint-Fiorent, Arch. hist. du Poitou, II, p. 84.
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menaient sur le même pied que son mari, tel que ce moine de Saint-Florent, qui écrivait, vers 1040, que le comte Geoffroy et la comtesse Agnès gouvernaient les comtés de Poitou, d'Anjou et de ïouraine(l).
Il semble que, pendant toute la minorité de son lils aîné, Agnès ait évité de se prononcer sur la part qui reviendrait à celui-ci dans la succession de ses frères. Dans les préambules des actes il est bien désigné le premier, mais le nom de son frère Guy suit immédiatement et ces premières lignes d'une charte de l'abbaye de Saint-Maixent, du 21 août 1044, nous paraissent indiquer d'une façon précise quelle était en ce moment, c'est-à-dire depuis 1039, la vérilable situation politique du Poitou. « En ce temps, est-il dit, Guillaume, fils du duc Guillaume, et son frère nommé Guy, ainsi que leur mère la comtesse Agnès possédaient le pays de Poitou, et avec l'aide de Geoffroy, beau-père des jeunes comtes, le gouvernaient avec une vigueur et un zèle extrêmes (2) >> ; il arrive même fréquemment que le comte d'Anjou n'est pas indiqué et qu'Agnès apparaît seule en possession du pouvoir, comme dans ce cas où l'on voit le rédacteur d'un acte dire que ces choses se sont passées : « Au temps 011 la comtesse Agnès était à la tête du pays de Poitou avec ses fils Guillaume et Geoffroy et administrait vigoureusement le duché, autant qu'il était en son pouvoir (3) », ou bien encore plus simplement : « Alors que régnaient en Poitou le comte Guillaume, son frère Guy et la vénérable comtesse Agnès, leur mère (4) ».
Il est probable qu'en laissant dans le doute la part qui reviendrait à chacun de ses enfants, Agnès voulait éviter toute déperdition des forces dupouvoir souverain, bien plus puissantsi elles convergeaient vers une seule main, c'est-à-dire vers la sienne. Cette habitude survécut au partage qui se fit en 1044 et l'on voit, vers 1049, (leoffroy Martel désigner les deux enfants de sa femme sous la qualification commune de comtes de Poitou, comités Pictavenses (0).
(i) Arch. hist. du Poitou, II, p. 44> Charles poit. de Saint-Florent. {2) A Richard, Chartes de Saint-Maixent, I, p. i32.
(3) A. Richard, Charles de Saint-Maixent, I, p. i23, et encore pp. 126, 129,
(4) A. Richard, Charles de Saint-Maixent, I, p. 12G.
*')) Arch. hist. du Poitou, I, p. 33, Cart. de. Sainl-Xicolas.
Ou peut encore ciier ce passaye de la charte de doualiou de Friaire du mois de
a/jo LKS COMTES DK l'OlTOU
11 y a toutefois lieu de remarquer qu'elle lit i)rendre à son lils Pierre, dans les actes officiels, le nom de Guillaume. Ce nom (^tait devenu en quelque sorte patronymique et s'appliquait à la dynastie des comtes de Poitou, dont il indiquait la série ininterrompue. Eudesne le porta pas et sembla par suite devoir être tenu en dehors de la suite directe des comtes, c'est-à-dire être considéré comme un usurpateur, justifiant par là la lutte engagée contre lui par Agnès. Il n'est pas impossible du reste que bien avant celle époque elle n'ait eu l'intention de désigner son fils aînécomme le successeur éventuel de Guillaume le Grand et n'ait cherché à lui faire porter le nom de Guillaume, de préférence à celui de Pierre, sous lequel le jeune prince ne cessa pas, du reste, d'être communément désigné (1).
Néanmoins ses contemporains lui donnèrent un surnom que l'histoire a conservé, celui d'Aigret, qui doit être prison bonne part, emportant la signification de vif, de brave et dont la forme latine était Acer (2).
Le premier acte dans lequel on voie intervenir le nouveau comte est du mois de juillet 1039, quatre mois seulement après la mort d'Eu-
juillct 1089, où Guillaume de Parthcnay parle de la comtesse Agnès et de ses deux tils, «nos deux comtes, » dit-il (Besly, Hist. des comtes, preuves, p. 3i6 bis).
(1) C'est ce qui paraît ressortir du relevé des souscriptions qui se trouvent au bas de la donation de l'alleu de Bréjeuille, Briigclia, sur la Dive, faite vers 1020, par Adeline et son fils Rorgon à Hugues de Lusignan, dont il a été parlé plus haut, p. 19G, note 2
(2) La chronique de Saint-Maixent (pag. 388) désigne ainsi le comte de Poitou: « Petrum cognomine Acerrimum », et ailleurs (page 4oo) : « W'illelmus qui et Petrus cognomento Acer »; d'autre part, une charte du carlulaire de Saint-Cypriende Poitiers, que l'on peut dater de l'année io4o, porte cette souscription :« S. Willelmi Aigret coniitis » {Arc/i. hist. dit Poil<jii,l\, p. 291). On ne saurait douter que de son vivant Pierre-Guillaume n'ait porté ce surnom; il lui est officiellement donné dans la charte par laquelle Agnès concède vers io5o à l'abbaye de Saint-.Iean d'Angély les coutumes dudil lieu etdans laquelle elle indique expressément qu'elle est venue àSaint- Jean avec le comte de Poitou, Guillaume, qui est surnommé Aigret, « qui cognominatus est Aigrel » (Besly, Hist. des comtes, preuves, p. 028 bis). Agnès, abbesse de N.-D. de Saintes, ayant vers ii5o à rappeler les dons faits par des comtes de Poitou à son monastère, cite les noms des fils d'Agnès, Guillaume Aigret et Guy {Carl.de N.-D.de Saintes, p. i33j. Dans \' Histoire des comtes de Po/c/om, Pierre-Guillaume est appelé le Hardy (p. 9/1) ; cette dénomination est moderne, elle fut empruntée par Besly à Vinet (jui crut devoir interpréter de cette façon le mot Aigret, dont le sens ne lui paraissait pas très clair. Ce surnom d'Aigret n'est pas particulier à Guillaume V; on le rencontre à diverses dates dans les textes poitevins et nous citerons en particulier, au xii'' siècle, « Gauterius Aigret, » archiprctrc de Pareds [Arcli. hist. du Poitou, I, p. G2).
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des. C'est le début de la politique d'x\gnès, qui, pour assurer la tranquillité du paysoùelle venaitde revenir en souveraine, chercha proiiiptement à s'atlirerde nouveaux adhérents. Dansée but, elle s'attacha k gagner les établissements religieux que Guijlaume le Gros avait particulièrement favorisés et spécialement Saint-Jean d'Angély, qui avait été son séjour de prédilection. Non seulement elle fit faire parle comte une donation importante à cette abbaye, mais encore elle obtint d'un de ses fidèles, Guillaume de Par- Ihenay, que celui-ci lui abandonnât des droits qu'il possédait dans la localité de Priaire, et qu'il tenait de la comtesse Adèle (1). Il est à remarquer que, dans cet acte, rédigé sous l'inspiration d'Agnès, elle fit donner à son fils la qualification de Guillaume le Jeune, par opposition à celle de Vieux, portée par Guillaume le Grand, dont elle tenait à le présenter comme l'héritier direct et immédiat (2).
Elle mit aussi la main sur l'abbaye de Saint-Maixent, en y faisant élire abbé le fils d'un de ces seigneurs de Gàtine qui lui avaient prêté une aide si ellicace, Archcmbaud, dont elle fit quelques années après un archevêque de Bordeaux, et qui fut toute sa vie un de ses conseillers préférés (3). En retour, celui-ci lui abandonna quelques portions des domaines de l'abbaye qui lui servirent à récompenser ses partisans. C'est ainsi qu'un chevalier, nommé Hainaud Bercho, assurément encore un Gàtineau (4), obtint d'elle l'alleu de Ihorigné ; c'était un domaine fertile et dont le donataire tint à s'assurer la possession. Dans ce but Bercho, qui nous apparaît comme un habile homme, afin de se
(i) D. Foaleneau, XIII, p. i6i ; Besly, Histoire des comtes, preuves, p. 3ij bis.
(2) Le même surnom de Jeune est donné au comte de Poitou dans une charte de l'abbaye de 15ourgucil (Cari, inau., p. 3G) publiée par Besly {/list.des comtes, preavcs, p. 3/n bis).
(3) Plusieurs historiens ont avancé qu'Archembaud appartenait à la famille de Parthenay et que c'est à la suite de son élévation à l'archevêché de Bordeaux que les seigneurs de Parthenay ont pris le surnom, devenu par la suite héréditaire chez eux, de Larchcvc(iue. Mu cela ils se trompent: l'abbé de Sainl-iMaixenl était le tils de Hainaud, et le frère de Bernard Tireuil, de Thebaut et de Rainaud, pussessionnés eu Câline et (pii ont assuréineat donné leur nom au bourg- de la Chapelle-Tireuil (Voy. A. Richard, Charles de Saiul-Maijjent, 1, pp. lxxiv, lxxv;. L'archevêque de Bordeaux, à qui les seigneurs de Parlhcuay ont emprunté leur surnom, est Joscelin, successeur d'Archeiubaud.
(4) Il nous semble présumable que le domaine de la Bercholière, commune de la Boissièrc-enGàtine, a tiré son nom de celui de la famille Bercho ou Berchoz.
it)
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mettre en garde contre unerevendication possible, le contraire de ce qui venait de se passer pouvant bien se présenter dans l'avenir, vint déclarer aux moines qu'il ne se considérait que comme un possesseur viager de Thorigné et par le moyen de cette condescendance il obtint d'eux la confirmation du don d'Agnès, auquel acquiesça aussi le frère d'Acfred de Brizay, qui avait précédemment donné ce domaine à l'abbaye et pouvait le revendiquer(l). Ce fait n'est pas isolé, car on sait par l'histoire de sa vie qu'Agnès était généreuse envers ceuxqui la servaient bien, mais aussi que souvent ses largesses se produisaient au détriment d'autres personnes ; c'est ainsi que l'abbaye de Saint-Maixent lui dut encore la perte de ses droits de coutume à Monlamisé (2).
Elle aimait aussi à faire des libéralités aux élablissements religieux, car, dit le chroniqueur, elle avait beaucoup à se faire pardonner (3), mais, tout en y contribuant grandement de ses deniers, elle savait amener, de gré ou de force, ses proches ou des gens de son entourage à l'imiter. C'est ce qui apparaît lorsque, peu après son mariage avec Geoffroy Martel, afin d'obtenir que l'Eglise oubliât ce que les chroniqueurs appellent son inceste, elle fonda, à Vendôme, une abbave sous le vocable de la Trinité.
La dédicace de ce monastère se fit avec la plus grande pompe le 31 mai 1040, en présence du roi de France, du duc d'Aquitaine, et d'une nombreuse assistance dans laquelle on remarquait encore plus dechevalierspoilevinsque d'angevins; aux côtés de Guillaume Aigret se tenaient Guillaume-Audouin, le comte dépossédé dAngoulême, Guillaume de Parthenay avec ses Gâtineaux, Manassès, lefrèredel'évêquede Poitiers, enunmot,lousceuxque la comtesse avait attachés élroiteuient à sa fortune. Agnès et son mari constituèrent à rétablissement qu'ilscréaient une dolalionimportante, composée de domaines situés non seulement dans l'Anjou, mais encore en Poitou et surtout en Saintonge. Parmi ces derniers il devait s'en trouver qui faisaient partie du douaire qu'Agnès n'avait pu manquer de se faire reconnaître par Geoffroy Martel
(i) A. Richard, Chartes de Saint-Maixent, I, p. 128.
(2) A. Kicliard, Ckai-les de Saint-Maixent, \, o. i4o.
(3) « Que domina, si in muilis Domiuuai oflendit, iterum in mullis eum placavil » (Marchegay, Chron. des é(jl, d'Anjou, p. 897, Saint-Maixent).
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dès qu'il fut en possession de ce dernier pays.Oulre ces donations communes aux deux époux, il en était de particulières à cliacun d'eux; tel était le cas de l'église et du domaine de Puyravault et de ce qui pouvait appartenir à la comtesse dans l'écluse du pont de Saintes, pour lesquels il fallut que le comte de Poitou donnât son autorisation spéciale (1).
Le clergé ne fit pas défaut h cette solennité, mais on constate que l'action d'Agnès s'était bien plus énergiquement exercée à l'égard des dignitaires ecclésiastiques du Poitou qui se rendirent en foule à la convocation, que sur les Angevins, bien moins nombreux qu'eux. On y trouve en effet les évêques de Poitiers, de Saintes, d'Angoulême et d'Albi, les principaux membres des chapitres catliédraux de Poitiers, d'Angoulême et de Saintes, le chantre de Saint-llilaire-le-Grand de Poitiers et les abbés de Charroux, de Saint-Jean d'Angély, de Nanteuil-en-Vallée, de Saint-Savin, de Saint-Michel-en-Llierm, de Saint-Maixent, de Lugon, de Quinçay et de Saint-Martial de Limoges, qui tous furent témoins des concessions de privilèges faites à la nouvelle abbaye par l'archevêque de Tours et l'évèque de Chartres (2).
Du reste, peu après la délivrance de ces actes, Agnès fit de nouvelles démarches auprès de son fils pour obtenir de lui qu'il confirmât l'ensemble de la donation des biens sur lesquels il avait droit de suzeraineté. ils consistaient dans l'église de Saint- Georges d'Oléron, les bois de Saint-Aignan et de Coulombiers, la moitié des terrains mis en culture dans la forêt de Marennes et les églises construites dans cette forêt, la moitié des cens de sèches en Saintonge et l'église de Puyravault avec ses dépendances, tous domaines compris dans l'acte primitif. Guillaume y ajouta l'église de Notre-Dame de Surgères et le bois de Fié. Tous ces biens étaient situés en Saintonge ; quant à ceux du Poitou faisant partie des donations de sa mère, à savoir l'église d'Availles près Chizé et la moitié de l'église d'Olonne avec ses dîmes et ses salines, il en confirma en môme temps l'abandon. 11 n'est toutefois pas question dans cet acte du domaine de la Peyre de Jaunay, de deux maisons sur le marché de Poitiers et d'une autre
(i) Teulet, Lui/elles du Trésor des Charles, I, p. i8. (2) Mcluis, Cari, de la Trinité de Vendôme, l, j>(). Sû-yo.
24/i LES COMTES DE POITOU
maison dans le faubourg de la ville, énoncés dau.Ua charte de fondation de la Trinité et qui dans l'intervalle avaient sans doute été échangéspour d'autres domaines. En ce moment Guillaume Aigrel était assurément de retour à Poitiers ; sa mère n'était pas à côté de lui, mais on y trouve deux vicomtes du Poitou, Egfroi de Châtellerault et Guillaume d'Aunay, ainsi que la plupart des assistanlsdes l'êtes de Vendôme, tels que le comte Guillaume-Audouin Manassès, Aimeride Rançon^ Guillaumede Partlienayelautres(l). Puis ce fut au tour de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur de se ressentir des générosités d'Agnès. En 1043, elle lui donna le domaine des Fosses, primitivement nommé Beltron, situé entre Niort et Chizé, et que de gré ou de force elle s'était fait abandonner par les religieuses de Sainte-Croix. Dans ce but, elle s'était rendue au mois de juin à Poitiers pour y tenir sa cour, accompagnée de son mari, du vicomte de Ctiàlellerault et de tous les seigneurs de son entourage ordinaire ; les évoques de Poitiers et d'Angoulème, les abbés de Maillezais, de Sainl-Cyprien et de Noaillé, consacrèrent par l'autorité de leur présence le renoncement de Pétronille, abbesse de Sainte-Croix, et de ses religieuses ; celles-ci dureste ne faisaient que ratifier une usui'pation ancienne, car la comtesse jouissait de ce domaine depuis longtemps par suite de l'abandon que lui en avaient fait les abbesses précédentes. Elle obtint en môme temps que le viguier de Melle renonçât aux droits inhérents à ses fonctions qu'il possédait sur ce domaine des Fosses (2).
Agnès obtint encore le consentement de l'abbesse Pétronille pour faire don, à la même abbaye de Saint-Florent, de l'église de Sainte-Hadegonde de Villeneuve d'Argenson, qui avait été usurpée sur Sainte-Croix par quelques seigneurs et qu'elle leur enleva à son tour (3). Enfin il esta croire que c'est pour lui être agréable
(i) Mêlais, Cariai, saint, de la Trinité de Vendôme, p. 43- Cet écrivain place cette charte entre les années io/|2 et io58, mais elle ne peut être postérieure à l'année io46, date de la mort d'Egfroi, vicomte de Ghàtellerault, et elle est probablement de l'année lo/jo, comme lu charte primitive à laquelle elle venait donner toute consécration (\ oy. aussi, pour le relevé des domaines de Sainlonj^e donnés par A;^uès à la Trinité, les pièces reproduites aux paijes 33, 34, 35, 44 et 45 du même recueil, dont nous avons corri<>-é <|ucl(iucs attributions géographiques.)
(a) Arcli. hist. du Poitou, II, pp. 85, 87, 89, 90, Chartes poit. de Saint-Florent.
(3) Arch. hist. du Poitou, II, p. 84, Chart. poit. de Saint-Florent.
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que Guillaume voiilul bion, on ce qui le concernait, roconnaîiro à l'abbaye de Sainl-Maur-sur-Loire la possession de l'église de Concourson,qiie tenait de lui en bénéfice le viconnte de Thouarset que celui-ci avait inféodée à un particulier qui en avait fait don au monastère (1).
Deux faits importants dans la vie d'Agnès signalèrent Tannée suivante : le mariage de son fils Guillaume Aigrct et la proclamation de sa majorité. Comme il était à supposer que par ce dernier acte il échapperait quelque peu à l'influence que sa mère exerçait sur lui, celle-ci lui chercha une femme et nous pouvons être assuré qu'en politique avisée elle fixa son choix sur une personne qui no pouvait, soit par elle, soit par les siens, lui inspirer aucune crainte; la jeune comtesse s'appelait Hermensende, et n'est connue que par raffoction profonde qu'elle voua à son mari; d'autre part elle devait appartenir à une famille qui était alors assez peu en évidence pour qu'aucun texlo ne nous ait fourni la moindre indication sur son origine (2). Guillaume devait donc atteindre ses vingt et un ans en 1044, et la comtesse sentait que la situation qu'elle avait établie et qu'elle maintenait depuis cinq ans ne pouvait se perpétuer. Son rôle de régente allait cesser et il était bien délicat de laisser le pouvoir indivis entre ses deux fils; c'est alors que, continuant les traditions de toute sa vie, elle songea, sans avoir à démembrer le duché d'Aquitaine, à donner satisfaction à chacun d'eux. Elle fit tenir à Poitiers un grand plaid où furent appelés tous les vassaux du duché, et là, assistée de son mari, elle fit reconnaître Guillaume en qualité de comte de Poitou et de duc d'Aquitaine, tandis que l'on attribua le comté do Gascogne à Geoffroy qui, légalement, n'y avait aucun droit. Dans son ambition excessive, elle ne craignit pas de poser
(i) Ararclio.gny, Archives (VAnjnn, p. SGq, Cart . do Sainl-.NTaiir.
12) La chioui(|ue de l'Kviôre, suivie en cela parcollede Sainl-Maixent.qiii l'a copiée, place cet cvtMienient en io5i (Marclie^ay, Ckron. des égl. d'Anjou, pp. 167 et 898), mais celte alléi^ation toml)e devant le texte formel de la charte de Saini-.Mai\ent,dout l'oriçinal nous a été conservé (A. Richard, Chnrics de Saint-Mai.reni, I, pp. i34i3f)), qui dit formellemcnl que Guillaume était marié en io/|5. Celle charte donne à la comtesse les noms d' « Hermcnsendis » et d' « Ermensendis « ; on relève aussi celui d' « Ermenscldis » dans la Cluon. de Sfiinl-.Vai.rent, p. 898, d' « Hermisindis » dans Besly, Comtes de Po//o^/, preuves, p. 333 bis, d'après Pierre Damien, et d" « Ermesendis « dans le cartulaire de Talmond, p. 77.
son fils comme héritier du malheureux Eudes, s'emparant ainsi sans vergogne des dépouilles de sa victime (1).
Un des premiers actes d'Agnès qui suivirent ce grand événement fut sans doute la donation qu'elle fit à la Trinité de Vendôme de la moilié de l'église de Villerable, dans laquelle, outre elle et son mari, on voit apparaître Guillaume, duc des Aquitains, Guy- GeofTroy, pourvu du titre de comte, et Robert le Bourguignon, neveu d'Agnès, fils de sa sœur Mahault et de Landri, comte de Nevers (2).
Bien que de droit il fût émancipé, Guillaume resta de fait de sous la tutelle de sa mère ; c'est ce que nous apprend naïvement un simple rédacteur de chartes. Vers cette époque, en 1044 ou 1045, un chevalier, Hélie de Vouvant, quel'on voit enjuin 1043 aux côtés du comte lors des donationsqu'ilfit àl'abbaye de Vendôme, eut des difficultés avec son suzerain. Or, dans l'acte qui rapporte ce fait, il est dit que ce fut Agnès qui fit marcher contre lui ses troupes, et, « selon son habitude », s'empara de Vouvent [A); elle en chassa Hélie et confia la garde du château au fils d'un chevalier nommé Baimond,qui en avait été autrefois ledétenteur. Celui-ci abusa de sa situation pour vouloir imposer certains droits sur les domaines que l'abbaye de Saint-Maixent possédait dans cette région; l'abbé Archembaud s'adressa au comte et, profitant de ce qu'il se trouvait à Saint-Maixent cinq jours avant Noël avec sa femme et sa mère, il lui fit consentir l'abandon de tous ses droits en faveur de l'abbaye et obtint même le cadeau d'autres domaines importants. Il est intéressant de remarquer que l'abbé, pour assurer plus efTicacement la perpétuité de ce don, chercha à lui attribuer le caractère d'une vente en faisant à son tour cadeau au comte d'une somme de 300 sous en argent et d'un cheval valant 500 sous, et, d'autre part, que le scribe, qui se contente de signaler la présence d'Hermensende aux côtés de son mari, rapporte que le duc Guillaume et sa mère Aj^^nès gouvernaient alorsrAquitaine(4).
(i) Marcheçav, Chron. des égl. rfAnjon, p. Sg^, Saint-Maixent. Le chroniqueur, en relatant ces (hIis, ajoute que les deux princes firent l'un et l'autre de grandes choses.
(2) Métais, Cartul. de la Trinité de Vendôme, I, p. 127,
[i] Bruel, Charles de Cliimj, IV, p. 54-
(f\] A. Richard, Chartes de Saint-Mai.rent, I, p. i36. Si l'on reconnaît an son d'ariçent à cette époque la valeur de cinq francs de notre monnaie actuelle, on voit que le cheval Honné par les moines de Saint-Maixent au comte était apprécie 2. 5oo francs.