‹ Histoire des comtes de Poitou, 778-1204 (volume 4)Chapitre 6 sur 18 · II. - BERNARD · texte numérisé non relu

II. - BERNARD

Le comle Bernard est cité avec la qualiUcalion d'iiomme illustre, vir illnstej\ dans la notice d'un plaid tenu à Poitiers le mercredi 20 juin 815 par Godil, son missus (1), au sujet de deux serfs de Tabbaye de Noaillé qui furent convaincus d'avoir fait fabriquer de fausses chartes d'affranchissennent. (2). En ce moment ce n'était déjà plus Louis le Débonnaire qui régnait en Aquitaine. Devenu empereur des Francs par la mort de son père, en 814, il avait suivi les errements do ce dernier et l'Aquitaine, maintenue dans sa semi-indépendance, reçut pour roi Pépin, le second fils de Louis. Ce prince, élevé dans les sentiments d'une piété extrême, se montra pendant tout son règne, quoiqu'avec quelques défaillances, favorable aux églises, soit en leur accordant desprivilèges d'immunité, soit en leur restituant les domaines dont, suivant les nécessités de la politique, elles avaient pu être dépouillées pour être données en gratification aux fidèles du roi (3). C'est ainsi que le comte lîernard possédait l'important domaine de Tizay, ancienne dépendance de l'abbaye de Saint- Maixent; se disant poussé par des motifs pieux, le comle renonça un jour à la possession de ce bénéfice et^ s'adressant au roi, lui demanda de faire aussi de son côté l'abandon de tous ses droits

(1) La qualité de rnissns paiaissant idenlitjue avec celle de vicecornes (R. de I^asleyr'ie, /Cl tille sur les comtes el les vico/fites île Limoges, p. 4?)» Godil est le premier vicomte de Poitou dont le nom serait parvenu jusqu'à nous. 11 n'est pas à croire que le rnissns fut fout d'abord charge d'administrer un territoire particulier ; ce n'clait encore que le fondé de pouvoir du comle.

(2) Mabille, Le royaume iV Aquitaine, p. /|o; lîcsly, Ilisl. des comtes, preuves, p. 17O.

(3) Voy. le diplôme de ce prince du ler avril 82Ô pour l'abbaye de Saiule-Croix de Poitiers, délivré en la forèl de Moulièrc (Resly, Roijs de Guijenne, p. 21), ceux du 24 juin 827 et du 24 novembre 834, accordes à Sainl-Hilaire-le-Grand (Rédel. Docitmenls pour l'hisloire de Saint-IIilaire, I, pp. ô el 7), celui du 11 janvier 827 pour Saint-Maixent, délivré dans le palais de Chasseneuil (A. Richard, Charles de iSainl- Mai.vent, I, p. 5), celui du 18 mai 826, pour l'abbaye de Noirmoulier [Recueil des hist, de France, VI, p. G04).

sur ce domaine ; Pépin accueillit favoi'ablemenl celle demande cl délivra, le 22 décembre 825, un diplôme qui rendait à l'abbaye la pleine et incommulable possession de Tizay(l).

On ne connaît pas l'origine de Bernard (2). C'était assurément un chef franc, mais on ne saurait, pas plus qu'on ne l'a fait pour Abbon, l'identifier avec un des signataires du traité de 811 avec Hemming, portant ce nom de Bernard et le titre de comie (3). On ignore pareillemenl quand il cessa d'occuper ses fonctions, soit par cas de mort, soit pour toute aulre cause, mais l'événement se produisit sûremeiil de 826 à 828 el fut le point de départ d'un nouvel état de choses dans tacite de Poitiers.

11 no semblait pas que le comte, placé à la têle de celle région, dût avoir jamais à lutter contre l'ennemi extérieur, et, pourtant, le cas se présenta sous l'administration de Bernard el se perpétua sous ses successeurs. Les Normands, ces hardis marins que bien des molifs poussaient à quitter leurs froides résidences pour aller chercher au loin les aventures, avaient depuis plusieurs années paru dans les eaux de la France, mais ils s'étaient jusqu'alors contentés d'écumer les mers. La mort de Charlemagne, qui avait su préserver les côtes de son vaste empire par de sages mesures, négligées sans nul doute par son successeur, les rendit plus hardis; ils prirent l'habitude de relâcher dans l'île d'Her (Noirmoutier), où ils se livraient à des actes de violence, parliculièrement à l'égard des colons du monastère de Saint-Filberl, de qui l'île dépendait.

Les religieux de Saint-Filberl, afin de se mettre personnellement à l'abri de ces incursions pendant l'époque oij elles se produisaient, c'est-à-dire pendant l'été, obtinrent de Louis le Débonnaire l'autorisation de construire un nouveau monastère à Deas, sur les bords du lac de Grand-Lieu ; le 16 mars 819, l'empereur compléta sa concession en leur délivrant un diplôme qui leur permettait de couper la route royale pour amener l'eau de la

(i) A. Richard, Chartes de Sainl-Maijcenl, 1, p. 3. '■2) Voy. Appendice 1. /wv/ç ^ a^^'-*-^

(6 Rec. des hisl. de France, V, p. Oo, Aaaales FraQCorutn; Pertz, Alon. Gerin. SS., I, p. '9^., Eiuhardi auuales.

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