‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 3)Chapitre 37 sur 68 · LE CHARROI DE NIMES · texte numérisé non relu

LE CHARROI DE NIMES

Entendez, seigneurs! Dieu vous fasse croître en bonté,

Le Dieu de gloire, la majesté suprême.

Vous avez à écouter une bonne chanson

Sur le meilleur homme qui jamais crût en Dieu.

C’est (la chanson) de Guillaume, le marquis au court nez. (Voici) comme il prit Nimes, monté sur ua chariot ; Comme il conquit ensuite la cité d'Orange...

Seigneurs barons !

Écoutez que je vous dise

Avec quelle adresse

Le comte Guillaume entreprit

D’aller à Nîmes, qui fut prise par ruse.

Cette cité est heureusement située :

Elle est assise dans une vallée, au milieu d’une contrée fertile, Et la vue s'étend sur maintes montagnes et sur maints rochers: Ses murs furent construits par d’habiles ouvriers.

Une fontaine qui sort d’une falaise

Fait mouvoir cent moulins excellents.

Or, dit Géraumes, il me paraît juste qu’on avise

Au moyen de conquérir cette bonne ville.

D’après le conseil que celui-ci leur a donné (Les gens du comte) convoquent le vilain, Et font apporter devant lui largement à manger,

Le, HS.

Et pain et char et bon vin et claré,

Et cil menja qui moult l’at désiré,

Et quant il fu richement comrréez

Li quens Guillaume a ses barons mandez, Et il y vindrent qui ni sont demourez :

Quant il Les voit si les a apelez : —

« Barons, dist-il, a moi en-entendez

Qui aroit ore M. tonniaux arrées,

Come cil est que en ce char veez,

Et fussent plain de chevaliers armez

Les conduisit tout le chemin ferré

Tout droit a Nismes, cette bonne Cité,

Si faitement porrons dedens entrer

Ja ni auroit ne lancie ne rué. »

Et cils repondent : « Vous dites verité

Sire Guillaume ; or en penssez pour Dé,

En ceste terre a il charroy assez,

Char et charretes y a il a plenté

Fetes nos gens arrière retourner

Par Ricordane ou nous sommes passez ;

Si fetes prendre les bues par poesté. »

Guillaume dist : — « Ge lai bien en penssé. » Par le conseil que Giraulme leur donna

A fet Guillaume retourner tuit si home,

Par Ricordane Xüij lieues longues,

Prenvent les chars et les bues et les tonnes : Dolens en furent les vilains sans mençonge De leur charroi com leur tolt qui quen gronde..…

Li quens Guillaume ne vout plus arrester, Tantost a fet Le charroi ateler,

En une place les a fait amener,

Tonniaus et tonues et fet moult asembler, Et puis a fet les paisans mander,

Ceux qui savoient de ce mestier ouvrer,

Plus de III cens en veissies esrer,

Du pain, de la viande et du bon vin rouge et blanc, Quand celui-ci, qui avait grand’faim, eut mangé,

Et quand il se fut parfaitement reconforté,

Le comte Guillaume manda ses barons,

Lesquels vinrent sans retard.

Dès qu’il les voit, il les appelle.

.< Barous, dit-il, que pensez-vous de celui

Qui aurait mille tonneaux attachés

Comnie est celui que vous voyez sur ce char,

Et qui, les ayant emplis de chevaliers armés,

Les conduirait, par le chemin ferré (la grande route), Tout droit à Nîmes, la bonne cité?

Ne pourrions-nous ainsi y entrer

Sans combat et sans un seul coup de lance? »

Ceux-ci répondent : « Vous dites vrai,

Sire Guillaume ; et, pour Dieu, songez-Y,

Dans ce pays, où il se fait un grand roulage,

Il y a quantité de chars et de charrettes.

Faites retourner nos gens en arrière,

Par Ricordane, où nous sommes passés ;

Faites mettre aussi en réquisition tous les bœufs de la contrée. » Guillaume dit : — « C’est bien mon projet. »

Suivant le conseil donné par Géraumes,

Guillaume fait retourner tous ses hommes

A Ricordane; puis, dans un rayon de 14 lieues,

On prend les chariots, les bœufs et les tonnes.

A la vérité, les vilains se plaignent fort;

Mais, quoiqu'’ils grondent, on emmène leurs chariots...

Le comte Guillaume ne veut plus de retard ;

Il fait aussitôt atteler les chariots

Et les réunit sur une place.

Par son ordre, on rassemble aussi les tonneaux et les tonnes ; Puis il fait demander les paysans

Qui savent le métier de tonnelier.

Il en vint plus de trois cents,

Grans doloires et coigniez porter,

Giraulme emprist Guillaume a apeler —

« Sire, dist-il, il convient aviser

Comment on doit ceste ouvraige arréer,

Par quoi nus homs ne nous en puisi gaber. »

« Dont, dist Guillaume, que voulez deviser? » « Je le dirai, dist Giraulme le ber.

Chescun tonnel convient desus trouer

Et trones guiges attacher et cloer,

Si com les puist et ouvrir et fermer,

Et dedess feré I petit solier fer,

Tel qu'on i puist un haubers bouter,

Et en un autre épices d’outremer,

Et en el tierz bon vair pour esgarder,

Et el quar poiles qui fassent aloer,

Par quoi se Turc venoient demander

De nostre avoir, con leur en puist monstrer : Sur chescun char II charoniers pourguier,

Li un si gart le char ne puist verser,

Et li autres face les bucs tirer ;

Et face les chescun deuls atourner

Et gran housians pour miex charonier sembler, Et les face ou par dessous bien armer.

Cil qui premier doit en la vile entrer

Aura I cor qu’il fera haut sonner,

S'il voit aucun qui le doie grever,

Ou qui ses bucs li veuille desteler,

Et fera len vos genz ci demourer;

Ceuz qui o vous n’en deveront aler

Bien savez tous ne les povez mener. »

« Ce, dist Guillaume, bien mi veuill accorder Quar bon consseill ne fet a refuser... »

Guillaume fet le charroiï aprester

Les ouvriers prie par amour euls haster ; Lors viessiez ces tonniaus refoncer

Et relier et par dedens parer,

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