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Armés de leurs grandes doloires et de leurs cognées. Alors Géraumes, s'adressant à Guillaume :
« Sire, dit-il, il convient d’aviser
Comment on doit travailler à cet ouvrage,
Afin que personne ne puisse se moquer de nous. »
« Eh bien! dit Guillaume, que prétendez-vous faire? » « Je vais vous le dire, répond Géraumes le baron.
Il convient de percer chaque tonneau par le dessus,
D'y clouer des courroies trouées,
Pour qu’on puisse ouvrir et fermer chacun d’eux.
Vous ferez, dans le premier, une petite chambre,
Telle qu’on puisse y loger un haubert ;
Dans le second, vous mettrez des épices d'outre-mer ; Le troisième contiendra le vair le plus beau à voir;
Le quatrième des tissus qui excitent l’admiration,
Afin que, si les Turcs venaient à demander Quelques-unes de nos marchandises, on leur en puisse montrer. Chaque chariot sera conduit par deux charretiers,
L'un veillera à ce qu’il ne puisse verser,
Et l’autre à ce que les bœufs tirent bien.
Et, pour mieux ressembler à des charretiers,
Ces conducteurs auront de grands houseaux (sorte de guêtres en cuir). Mais qu’ils soient bien armés sous leurs vêtements.
Le premier qui doit entrer dans la ville
Aura un cor, dont il faudra qu'il sonne bien fort
Si quelqu'un lui veut nuire
Ou essaye de dételer les bœufs.
Vous ferez demeurer ici ceux de vos gens
Qui ne doivent pas vous accompagner,
Vous savez bien que vous ne les pouvez tous emmener. » « Je consens, dit Guillaume, à ce que vous me proposez, Car il ne faut jamais refuser un bon conseil. » Guillaume fait apprèter les chariots
Et prie les ouvriers de se hâter par amour de lui.
Alors vous auriez vu remettre des fonds aux tonneaux, Les relier ct les préparer en dedans,
san ae.
Chars chevilliez, refere et ratourner, Dedens les tonnes les chevaliers entrer. …
Li quens Guillaume vesti une capele
De viex buriax com il at en la terre;
Et en ses jambes at unes chausses noires Soulers de buef qui li font moult mesaises ; Une couronne qui ne fu gueres bele,
Et un coutel et une gainele ;
Un iument quert souillie de terre,
Il viex estriers at pendus a la sele,
Ses esperons perent dalesnes estre Trente ans avait qui orent en maistre ; Un chapel at de gourpill sur sa teste...
Parmi le gué ont trouvé le passage ;
Vers la cité acueillent leur voiage,
Cils de la vile qui vont en leur afere
Les ont choisiz. Si a dit l’un a l’autre —
« Par foy vez ci de marcheans grant masse;
Mes tant ensemble nen vi en mon aage. »
Puis leur demandent li paissans sans faille —
« Qu'amenez-vous seigneurs en cest terrage ?
Oit les Guillaume. Si respont, come sage —
« Bien le saurez ains que tout Le jour passe. » A tant cheminent sacueillent leur voiage Dusques as mestres ne finent ne ne targent, Voit le li mestres qui dit que ne sen targe
« Quel charroi es ce que menez par ces marches? » Respont Guillaume : « Marcheans sommes d’Atix Et marchandise amenons, bonne et sage,
Ou gaaigner porrons en cest finage,
Bons syglatons, bons pourpres et bons poiles,
Cheviller, refaire et réparer les chars, Et les chevaliers entrer dans les tonnes.
Le comte Guillaume vêtit une cape
De vieille bure, semblable à celles du pays,
Et couvrit ses jambes de chausses noires.
De gros souliers de bœuf le font beaucoup souffrir. Une laide coiffure remplace sa couronne,
Et un petit couteau, dans sa gaîne (pend à sa ceinture) ; Sa jument est couverte de boue;
De vieux étriers pendent à la selle;
Ses éperons, qu’on prendrait pour des alênes, Semblent, depuis trente ans, n’avoir pas eu de maître. Son chapeau est en peau de renard...
Ils ont trouvé le gué pour le passage,
Et les voilà se dirigeant vers la ville.
Ceux de Nîmes allant à leurs affaires
Les ont remarqués. Ils se disent l’un à l'autre :
« Par ma foi! voici une grande quantité de marchands; Jamais, de ma vie, je n’en ai tant vu ensemble! »
Puis ces gens leur demandent sans malice : —
« Qu'apportez-vous, seigneurs, dans ce pays? »
Guillaume, qui les entend, leur répond avec sagesse :
« Vous le saurez bien avant que le jour soit passé. »
Ils se hâtent donc de continuer leur voyage,
Et ne s'arrêtent que devant les gardiens.
Ceux-ci leur disent aussitôt (1) :
« Quelle marchandise charriez-vous par ce pays? » Guillaume répond : « Nous sommes des marchands d’Atix, Et nous apportons de bonnes et belles marchandises,
Sur lesquelles nous pouvons faire du profit en cette contrée. . Nous avons de bons syglatons (2), de bons pourpres, de bonspoiles (3),
(1) Le texte est ici fort obscur, peut-être a-t-il été altéré. (2) Etoffe écarlate qui venait de l'Orient, (3) Autre étoffe d'Orient or et rouge.
Et bons vers d’Ypre et pers et eskarlates, Tranchans espieuz, et haubers et vers hiaumes, Escus pesans et espées qui taillent. »
« Lors passe avant par un guichet en sache, Del avoir monstre et de l’un et de l’autre, Dient païens, ci a moult riche afere;
Or alez donc, la vile est mout prisable;
Bien i vendrez : marcheans y a sages
Qui votre avoir acheteront sans faille. »
A ces paroles les uns di autres partent.
Quant ont François chevauchié
Vaux et champaignes et grans tertres passé Qu'il sont venus à Nismes la cité
Dedens la porte font le charroi entrer,
L'un après l’autre si cons furent serré. Parmi la vile en est li nous alé
Marcheant riche de cet autre regné
Tel avoir mainent et tant sont assemblé Que tant rien vit nus home de mere né :
Mes en tonniaus ont tout fet ensserrer.
Le Roi Otran en a oy parler,
Deux Sarrasins li alerent conter,
Il et Harpin avalent les degrez :
Il furent frères, miex sen durent amer.
Seigneurs estoient de la bonne cité Dusquau marché ne sa sont arresté
XX paiens ont avec euls amené
Le charroi voient, grant joie en ont mené...,
Li quens Guillaume que l’en dit Fierebrace Estoient venus tres tout droit sur la place.
Perron y et qui iert taillie de marbre.
La descendi Guillaume au fier visage,
Et prist la bourse maintenant la delasce ;
À granz poignées les bons deners en lache;