I. — Établissement d'une hiérarchie particulière
Longtemps après que le reste de la péninsule fût passé sous le pouvoir des peuples nouveaux d'Occident, une partie du sud de l'Italie et la Sicile demeurèrent sous la domination politique de Byzance et sous l'autorité religieuse du patriarche de Constantinople, qui s'y était imposée en 733. Puis ce furent les Arabes qui vinrent attaquer la Sicile au ixe siècle; au xie, les empereurs d'Orient reprirent en partie l'île pour quelque temps, mais les Normands mirent bientôt fin au régime byzantin, aussi bien en Sicile que dans toute l'Italie méridionale. Au xve siècle, les conquêtes turques dans les Balkans chassèrent vers ces territoires un grand nombre de chrétiens grecs et albanais; Clément VIII donna à leur intention sa célèbre instruction du 31 août 1595, que Benoît XIV adapta et compléta dans sa Constitution Etsi pastoralis du 26 mai 1742. Entre ces deux dates, l'élément purement grec avait disparu à peu près complètement1; les immigrés albanais, par contre, conservèrent leur langue et leurs coutumes, devinrent insensiblement catholiques et parfois même passèrent entièrement au rite latin. Respectivement en 1735 et en 1784, un évêque ordinant fut attaché aux séminaires italo-albanais de Calabre et de Sicile, mais les populations demeurèrent soumises aux Ordinaires latins.
Le 13 février 1919, la Constitution Catholici fidèles de Benoît XV créa l'évêché de rite byzantin de Lungro 2, en Calabre, et nomma le curé du lieu, Jean Mêle, comme premier titulaire, avec juridiction sur tous les villages d'Italie méridionale où la population italo-albanaise était prépondérante 3, et même sur les fidèles de rite latin y
1. On n'en trouve de traces aujourd'hui que dans un patois encore parlé dans quelques villages de la terre d'Otrante et autour de Bova, en Calabre.