LA MINORITÉ MELKITE CATHOLIQUE
Divers patriarches melkites 1 d'Antioche 2 envoyèrent au xvne siècle une profession de foi à Rome, sans rompre cependant complètement avec la hiérarchie dissidente. Le nombre des catholiques sincères parmi le clergé et le peuple melkites était toutefois suffisant pour qu'en 1701 le Saint-Siège leur donnât comme administrateur apostolique Eutime Saïfi, évêque de Tyr et Sidon.
En 1716, le patriarche Cyrille V Zaïm revint à l'Unité 3. Lorsque Cyrille mourut en 1720, son ancien compétiteur Athanase III Dabbas lui succéda, conformément à un accord qui avait été conclu entre eux 4. Athanase III, qui s'était jadis rapproché de Rome pour consolider sa situation, se montra beaucoup plus indécis maintenant
1. Du nom arabe de Mélek, empereur, employé pour désigner l'Église oflicielle, qui adopta progressivement le rite de Constantinople, par opposition aux Églises monophysites.
2. Le seul article détaillé sur la période d'histoire de l'Église melkite catholique ici envisagée est celui de J. puis C. Charon (Korolevskij), L'Église grecque melchite catholique, dans Échos d'Orient, t. iv, 1900-1901, p. 268-275, 325-333; t. v, 1901-1902, p. 18-25, 82-89, 141-147. Cet article est à compléter et à rectifier, sur certains points de détail, grâce aux documents publiés depuis par L. Petit, dans J. Mansi, Arnplissima collectio conciliorum, t. xlvi, Synodi Melchitarum, Paris, 1911.
3. Cyrille était le petit-neveu du patriarche Macaire III Zaïm, qui, en 1672, le désigna pour lui succéder. Mais Cyrille rencontra un compétiteur en la personne d'Athanase Dabbas, qu'il n'évinça qu'en 1694. — Ayant appris que Cyrille V manifestait des désirs d'union, le pape Clément XI lui adressa un bref en date du 9 janv. 1716, pour l'exhorter à prendre cette décision. Ce bref arriva fin mai chez Saïfi, qui le fit porter à la résidence patriarcale de Damas par son neveu. Cyrille signa une déclaration de foi et d'obéissance romaine en septembre. Mais la Congr. de la Propagande exigea qu'il fît la profession de foi selon le formulaire d'Urbain VIII, ce qui eut lieu en novembre 1717.
4. Un résumé italien de ce curieux accord a été publié dans Mansi, loc. cit., col. 122, n. 1. L'accord semble dater non de 1698, comme il est dit là, mais de 1694 (cf. G. Levenq, art. Athanase III d'Antioche, dans Dict. d'hist. et de gêogr. ecclés., t. iv, Paris, 1930, col. 1371-1374). Nous adoptons pour ce patriarche et son successeur la numérotation III et IV plutôt que IV et V, comme font certains auteurs.
conciles. — XI. — 10 —
qu'il occupait seul le siège patriarcal *. Il le garda jusqu'à sa mort en 1724.
Le clergé et les notables de Damas, résidence ordinaire du patriarche, élurent comme successeur d'Athanase le neveu d'Eutime Saïfi, Séraphin Tanas, sous le nom de Cyrille VI 2. Les évêques Néophyte Nasri, de Saidanaya et Basile Finan, de Panéas, ordonnèrent Eutime Maalouli 3 évêque de Fourzol, et à trois ils élevèrent Tanas, qui n'était que simple prêtre, à sa nouvelle dignité, le 1er octobre 1724 4. Mais un autre patriarche fut nommé par le Saint- Synode de Constantinople. Dès lors se forme une double hiérarchie melkite, dissidente et uniate, qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Pendant plus d'un siècle, les Turcs ne voulurent reconnaître que la hiérarchie dissidente. Cyrille VI dut s'enfuir dès janvier 1725 au Liban, qui jouissait d'une large tolérance religieuse sous les émirs Chihab gouvernant le pays depuis 1697. Cyrille se fixa bientôt dans les environs de la communauté du Saint-Sauveur 5, fondée par son oncle en 1708 comme maison de formation du clergé melkite catholique.
Le Saint-Siège ne s'empressa pas de reconnaître Cyrille VI, d'une part à cause des difficultés auxquelles celui-ci était en butte, d'autre part parce que Rome voulait examiner au préalable toute la situation religieuse des Melkites catholiques. Parmi d'autres problèmes, se posaient celui des relations avec les missionnaires latins, jésuites et capucins; celui des latinisations et innovations introduites dans les rites et les usages melkites par Eutime Saïfi 6. La plupart de celles-ci
1 . Au mois de juillet 1724, peu avant sa mort, Athanase 111 avait réuni à Alep les évêques de son patriarcat pour leur faire adopter un décret ramenant à douze jours le jeûne précédant la fête des SS. Pierre et Paul, décret dans lequel il s'appuie sur l'avis donné dans le passé par les patriarches orthodoxes de Constantinople et Jérusalem (trad. latine du décret dans Mansi, loc. cit., col. 153- 156). Parmi les évêques signataires, on trouve Néophyte Nasri, évêque de Saidanaya. L'évêque de Panéas, Basile Finan, ne vint point à Alep et ne signa point le décret.
2. Tanas était né en 1680. Il avait fait ses études au collège de la Propagande à Rome de 1708 à 1710. A son retour en Orient, il avait été ordonné prêtre par son oncle en 1711 (cf. C. Bâcha, L'élection de Cyrille VI Thanas au patriarcat d'Antioche, dans Échos d'Orient, t. x, 1907, p. 200-206; S. Vailhé, A propos de Cyrille VI Thanas, ibid., t. xi, 1908, p. 40-41).
3. Son nom de famille est Fadel; mais originaire de Maloula, le vocable lui en est resté.