CONCILE DE DEIR-EL-KAMAR EN
dose V et tous les évêques des deux partis *, ou leurs procureurs, notamment ceux de Jouahar et de Sallal 2 qui étaient encore à Rome et avaient déclaré se soumettre à tout ce que déciderait le Saint-Siège. Les supérieurs généraux des Salvatoriens et des Chouérites, quelques missionnaires latins et les anciens élèves melkites du collège de la Propagande étaient également présents.
Sans révéler les intentions du pape, Bossu proposa très habilement une double catégorie de conditions, à accepter selon que le patriarche à reconnaître par tous serait salvatorien ou chouérite. Ces conditions mettaient dans les deux cas le paiement des dettes contractées par Jouahar à la charge du nouveau patriarche 3 et comportaient des compensations pour les évêques n'appartenant pas à la congrégation religieuse dont ferait partie le patriarche. Les partisans de Jouahar acceptèrent en premier lieu les doubles conditions; Théodose et les siens se montrèrent plus hésitants : Théodose était effrayé, dans le cas où il serait confirmé comme patriarche, d'avoir à payer des dettes qu'il n'avait pas contractées, et Basile Jelgaf aurait à abandonner son évêché de Sidon en faveur de Jouahar. Cinq jours de palabres n'aboutirent pas et les trois évêques salvatoriens 4 retournèrent à Saint-Sauveur où Macaire Ajeimi était à toute extrémité. Mais ils déléguèrent des plénipotentiaires qui continuèrent les négociations; Théodore V et ses partisans finirent par accepter les conditions; Basile Jelgaf ne céda que sur les objurgations de Bossu. Celui-ci fit alors connaître l'alternative adoptée par le Saint-Siège, à savoir la confirmation de Théodose V. Il l'intronisa comme patriarche le 23 décembre. Pendant ce temps, Macaire Ajeimi étant mort, les trois évêques salvatoriens tramèrent un nouveau coup : ils ordonnèrent un successeur à Macaire et deux autres évêques, tous religieux de leur congrégation 5. Théodose V riposta en déclarant ces nominations sans valeur et en interdisant aux nouveaux évêques l'exercice de l'ordre qu'ils venaient de recevoir. Bossu signa égale-
I ùlutime Maalouli, Clément Tabih, Ignace Jarhou, Philippe Casir, Basile Jelgaf, Gèrasime Moubayed, André Fakhoury et Ignace, d'Homs.
1^. Il y avait en outre les procureurs de Macaire Ajeimi, malade, et des deux concurrents au siège de Qara : Joseph Safar, partisan de Théodose V, et Grégoire lladdad, partisan de Jouahar.
3. Los instructions de la Propagande du 2 oct. avaient refusé d'endosser la dette de Jouahar à Théodose V, tout en permettant à Bossu d'encourager Théodose V à en prendre la charge.
't. l'Intime Maalouli, Gèrasime Moubayed, André Fakhoury.
à. Maxime Fakhoury, qui prit le nom de Macaire, pour S.-Jean-d'Acre; Arsène Caramé, qui prit le nom de .Jérémie, pour Damas; Francis Siage, qui prit If nom de Cyrille, pour le Hauran.
ment la sentence et les coupables, sauf un *, se soumirent. Bossu installa aussi Basile Jelgaf sur le siège vacant de Beyrouth en place de celui de Sidon abandonné à Jouahar.
Sans le départ précipité des trois évêques salvatoriens, Bossu aurait réuni une assemblée plénière autour du patriarche confirmé par Rome. Il ne put réaliser ce projet; il demanda à la Propagande d'insister auprès de Théodose V pour que celui-ci tînt un véritable concile législatif, et il indiquait comme modèle à suivre le concile ruthène de Zamosc.
La même commission particulière de la Propagande, qui s'était réunie le 25 septembre 1763, s'assembla le 25 juin 1764 pour examiner tout ce qui avait été fait par Bossu, son délégué. Sans approuver explicitement les conditions de l'accord patronné par lui 2, elle le loua de sa conduite; elle décida de proposer au Saint Père l'envoi de la bulle de confirmation et du pallium à Théodose V et de permettre à Jouahar de retourner au Liban, pourvu qu'il reconnût l'autorité de Théodose; elle confirma la sentence portée contre les trois évêques nouvellement ordonnés à Saint-Sauveur; enfin elle estima qu'une instruction spéciale devrait être rédigée concernant le concile plénier à tenir 3.
Au consistoire du 8 juillet, Clément XIII confirma solennellement l'élection de Théodose V comme patriarche melkite. Le lendemain, il signa la bulle de confirmation et les lettres apostoliques d'envoi du pallium; il y ajouta, le 23 juillet, un bref au patriarche et un autre aux évêques melkites les exhortant à la concorde 4.
L'accord intervenu à Deir-el-Kamar contenait deux points faibles : le paiement des dettes de Jouahar par Théodose V, et le retour de Jouahar comme évêque de Sidon. Théodose V savait ce qu'il avait à craindre de ce retour et voulait d'abord voir comment il se passerait avant de commencer à payer les dettes. Jouahar, ayant quitté Rome après avoir signé ce qu'on désirait de lui et ayant pris possession de son diocèse, argua du non-paiement de ses anciennes dettes