I. — Les circonstances du concile
L'Union s'affermit rapidement dans les diocèses de Przemysl, de Lwow et de Lutsk \ mais leur intégration dans la province ecclésiastique ruthène catholique ne fit que mieux ressortir les divergences dans les usages liturgiques 2 ou la discipline existant dans les différentes régions et la nécessité d'une unification.
Léon Kiszka, devenu métropolite en 1714, demanda à Rome la permission de tenir un concile. La Congr. de la Propagande, en date du 27 mai 1715, donna au nonce de Pologne, Jérôme Grimaldi, archevêque d'Édesse, la faculté d'autoriser le métropolite à convoquer le concile, tout en réservant à la Propagande l'approbation des décisions qui seraient prises. Un bref de Clément XI du 20 mars 1716 chargea le nonce de présider le concile. Plusieurs années se passèrent cependant avant que l'assemblée se réunît ; elles servirent à préparer, d'accord avec le nonce, le texte des décisions qui seraient proposées et à le soumettre par avance aux évêques. Kiszka, qui était en même temps évêque de Vladimir, lança de cette ville, à la fin de mai 1720, les convocations au concile qui devait se tenir à Lwow le 26 août suivant. Fin juin, comme la peste sévissait à Lwow, il transféra le lieu de réunion à Zamosc, dans le diocèse de Chelm 3. Le 19 juillet,
t. Cf. supra, p. 96-101.
2. Cf. A. Raes, Le rituel ruthène depuis V Union de Brest, dans Orient, christ, period., t. i, 1935, p. 361-392 et Le Liturgicon ruthène depuis l'Union de Brest, ibid., t. vin, 1942, p. 102-105.
3. L'édition officielle latine des actes du concile de Zamosc fut imprimée, aux frais de la Congr. de la Propagande, sous le titre Synodus Ruthenorum habita in civitate Zamosciœ anne MDCCXX, Rome, 1724. Elle a été réimprimée en 1838 et en 1883. L'éd. romaine de 1724 a été reproduite dans J.-B. Mansi, Amplissima collectio conciliorum, t. xxxv, col. 1437-1538; celle de 1838, dans Acta et décréta sacrorum conciliorum recentiorum, Collectio Lacensis, t. ii,Fribourg-en-Br., 1876, «•ol. 1-74. — Cf. J. Pelesz, Geschichte der Union der ruthenischen Kirche mit Rom von den âltesten Zeiten bis auf die Gegenwart, t. il, p. 420-425.
Clément XI adressa au métropolite et à ses suffragants un bref les exhortant à profiter du concile pour éliminer tous les abus qui sévissaient dans l'Église ruthène et à suivre docilement les directives du nonce, leur président.
Le concile tint ses assises en l'église ruthène du Secours de la Vierge et de saint Nicolas. Tous les évêques de la province furent présents autour du métropolitain : Florent Hrebnicki, de Polotsk; Joseph Wyhowski, de Lutsk; Joseph Lewicki, de Chelm; Athanase Szeptycki, de Lwow; Jérôme Ustrycki, de Przemysl; l'évêque nommé de Pinsk, Théophile Godebski, fut ordonné au cours même du concile; l'archevêque de Smolensk, en territoire russe, Laurent Drucki Sokolinski, semble avoir eu quelque peine à pouvoir venir et arriva avec quinze jours de retard. Le protoarchimandrite de la congrégation basilienne de Lithuanie et 7 archimandrites basiliens x assistèrent au concile, ainsi que 129 membres du clergé séculier et régulier, dont 92 délégués des diocèses, en grande partie des protoprêtres ou vice-protoprêtres. Toutefois les diocèses de Polotsk et de Smolensk n'envoyèrent pas de délégués. La fameuse confrérie laïque de Lwow envoya deux représentants.
Le lundi 26 août, le métropolitain célébra la messe d'ouverture, puis le nonce chanta les prières prescrites par le pontifical romain et prononça en latin une allocution dans laquelle il insista sur les réformes à décider, principalement en ce qui concerne l'admission aux ordres 2. Il fît lire ensuite le texte des brefs de Clément XI du 20 mars 1716 et du 19 juillet 1720, ainsi que, conformément au pontifical, les décrets du concile de Trente sur la résidence des évêques 3 et la profession de foi et d'obéissance au pape à faire lors du concile provincial 4. Une première partie des membres du synode prêta alors le serment selon la formule prescrite par Urbain VTÏÎ pour les Byzantins, et en signa le texte.
On décida d'attendre jusqu'à la fin de la semaine les membres du concile qui devaient encore arriver, et la seconde séance fut prévue pour le samedi 31 août. Par suite d'une indisposition du métropolite, elle fut remise au lendemain dimanche. Ce jour-là, Kiszka célébra à nouveau la messe5, puis lecture fut donnée de la bulle In CœnaDomini,
1. Dont l'archimandrite Josaphat Jachimowicz, qui semble n'avoir eu cette dignité qu'à titre honorifique et résidait auprès du métropolitain en qualité d'auditeur. L'archimandrie de Suprasl était seulement représentée par un vicaire, le métropolite en détenait le titre.