Avec l'aide d'un évêque catholique de rite syrien
la première fois dans les temps modernes 1 à un siège patriarcal oriental : à la mi-mars, il annula la double élection 2 et nomma luimême Simon Aouad patriarche 3. Il notifiait cette double décision aux évêques maronites 4, tout en déclarant qu'elle ne changeait rien pour l'avenir à leur droit d'élire le patriarche indiqué dans le concile du Mont-Liban et confirmé par le Saint-Siège. En même temps, il leur annonçait l'envoi d'un nouvel ablégat, le frère mineur Jacques de Lucques, ancien gardien et encore visiteur apostolique du Saint-Sépulcre de Jérusalem. L'ablégat recevait comme instructions 5 de faire reconnaître par tous le nouveau patriarche, de réclamer à Élie Saad toutes les pièces qui lui avaient été confiées et de les remettre lui-même à Simon Aouad.
Ces nouveaux documents furent confiés au frère mineur î.ouis de Casale, professeur d'arabe au collège de Saint-Barthélemy-enl'Ile à Rome, qui les porta en Orient. Lorsqu'il les eut reçus, le P. Jacques de Lucques se rendit au Liban, s'assura l'appui de membres de la famille El-Khazen qui réussirent à convaincre leur parent, l'évêquo de Chypre, de se soumettre. Le P. Jacques n'hésita dès lors plus à convoquer les évêques maronites au couvent franciscain de Harissa pour le 7 octobre 1743.
Simon Aouad, jusqu'alors évêque de Damas; Elie Mohasseb, d'Arka; Philippe El-Gémaïel, de Lystra; Etienne El-Douaïhi, de Batroun; Gabriel Aouad, de Saint- Jean-d' Acre; Ignace Chrabaï, de Tyr; Jean Estéphan, de Beyrouth; Michel El-Khazen, de Panéas; Tobie El-Khazen, de Chypre, et sans doute aussi des notables laïques, se réunirent sous la présidence du P. Jacques à l'église du couvent, dans l'après-midi du jour fixé. Après les avoir exhortés à obéir au Saint-Siège, l'ablégat lut les documents qu'il avait reçus du P. Louis de Casale. Les décisions romaines furent acceptées par tous, Simon Aouad fut proclamé patriarche et il reçut un premier hommage d'obéissance de la part des évêques. On décida que la cérémonie de l'élévation au patriarcat aurait lieu le 11 octobre.
1. Il avait fait rechercher par le cardinal Petra, préfel de la Propagande, les précédents dans les temps anciens.
2. Constitution du 13 mars 1743 (dans de Martinis, Jus poutificium, t. m, p. 96-98; Anaïssi, Bullarium..., n. 123, p. 278-281).
3. Lettre de confirmation du nouveau patriarche en date du 16 mars, reprenant la Constitution du 13 mars et contenant la formule de profession de foi et du serment à prêter (de Martinis, t. m, p. 98-103; Anaïssi, Bullarium..., n. 124, p. 282-284). — Le pallium ne serait accordé que quand il aurait été postulé.
4. En date du 14 mars (dans de Martinis, t. ni, p. 96-97; Anaïssi, Bullarium..., n. 126, p. 289-291).
5. Bref de nomination de l'ablégat, en date du 16 mars, dans de Marlinis, t. m, p. 103-106; Anaïssi, Bullarium..., n. 125, p. 285-289.
Dans l'intervalle, le P. Jacques de Lucques régularisa la situation des évêques ordonnés par Tobie El-Khazen et tint plusieurs réunions avec le patriarche et tous les évêques; il leur transmit toutes les pièces concernant le concile du Mont-Liban, qu'il avait reçues de Élie Saad. On commença à discuter de l'application du bref du 14 février 1.742 relatif à la stabilisation des sièges épiscopaux; exceptionnellement toutefois la région d'Ajaltoun fut attribuée à l'évêque deTyr1.
La cérémonie du 11 octobre eut lieu à 7 heures du matin afin d'éviter toute manifestation.
Le même jour les huit évêques maronites adressèrent une lettre de soumission au pape; ils le remerciaient d'avoir confirmé le concile du Mont-Liban, promettaient de l'observer, et demandaient le palliùm pour le patriarche. Le lendemain, ils signèrent également un procès-verbal de la réunion du 7 octobre, tandis que Simon Aouad écrivait à Benoît XIV ses remerciements et désignait Joseph- Simon Assemani (l'ablégat du concile du Mont-Liban), comme procureur, pour demander le pallium. Le P. Jacques confia ces trois documents 2 à son secrétaire, le frère mineur Désiré de Casabasciana, qui partit pour Rome.
Le consistoire du 13 juillet 1744 3 rappela quelque peu celui du 23 décembre 1595, qui avait reçu les évêques ruthènes. Benoît XIV prononça une allocution concernant la nomination de Simon Aouad, puis Assemani et le P. Désiré s'avancèrent, portant dans un coffret doré les trois documents du concile d'octobre 1743 qu' Assemani remit au Saint Père. Celui-ci en fit donner lecture en arabe et en latin 4 et reprit ensuite la parole pour faire l'éloge des Maronites et agréer la pétition du pallium.
Le 11 juillet suivant, Benoît XIV adressait diverses lettres au patriarche 5, aux évêques 6 et aux notables 7 maronites. Le pape se
1. La région d'Ajaltoun devait faire partie du diocèse de Damas (selon l'Appendice, n. xli, au concile du Mont-Liban, décision approuvée par le bref du 14 février 1742).
2. Texte dans de Martinis, t. m, p. 153-155; Anaïssi, Bullarium..., n. 127, p. 298-301.
3. Actes du consistoire, dans de Martinis, t.. ni, p. 151-156; Anaïssi, Bullarium..., n. 127, p. 292-308.
4. En arabe par André Scandar et en latin par le secrétaire des brefs aux princes.
5. Texte de la lettre dans de Martinis, t. ni, p. 157-158; Anaïssi, Bullarium..., n. 128, p. 308-310.
6. Texte de la lettre dans de Martinis, t. m, p. 158-159; Anaïssi, Bullarium..., n. 129, p. 310-311. — Lettres particulières à Élie Mohassed et à Tobie El-Khazen, dans de Martinis, t. m, p. 157, n. 1 ; Anaïssi, Bullarium..., p. 130-132, p. 312-314.
7. Texte de la lettre dans de Martinis, t. in, p. 157, n. 1 ; Anaïssi, Bullarium..., n. 133, p. 314-315.
réjouissait de la concorde rétablie et approuvait l'attribution d'Ajaltoun à Ignace Chrabaï; cette ratification devait en effet être faite par le pape, puisqu'elle dérogeait à la description des diocèses fixée au concile du Mont-Liban x et approuvée par Benoît XIV.
Mais la concorde ne fut qu'éphémère. En mai 1745, cinq évêques, dont ceux de Chypre et de Tyr 2, firent appel à Rome contre diverses décisions de Simon Aouad, nommèrent un vicaire patriarcal et enjoignirent à leurs diocésains de ne plus reconnaître le patriarche. Benoît XIV, dans une lettre du 20 juillet 1746 3, blâma leur conduite, ajoutant que leur appel était examiné à Rome, mais que ceci ne les dispensait point d'obéir au patriarche. En même temps, il écrivait à leur clergé et à leurs fidèles 4 pour les exhorter à rester soumis à Simon Aouad. Mais il semble bien que les torts n'étaient pas exclusivement d'un seul côté, car, dix jours auparavant 5, le pape avait invité le patriarche à observer rigoureusement les décisions du concile du Mont-Liban, et il avait annoncé l'envoi du P. Désiré de Casabasciana, devenu custode de Terre sainte, comme commissaire apostolique 6. Ce dernier parvint à rétablir la paix; il demeura encore plusieurs années chez les Maronites et fut nommé ablégat apostolique auprès d'eux en 1753, pour enquêter au sujet d'une visionnaire, Anne Ajeimi, dite Hendiyé 7. Celle-ci s'était établie au petit couvent de Békorki, racheté aux moines de la congrégation de Saint- Isaïe.
Arrivé à Rome à la fin de 1753, le P. Désiré de Casabasciana non seulement fit son rapport sur l'affaire d' Hendiyé, mais mit également le Saint-Siège au courant de l'état général de l'Église maronite. Aussi, le 6 mars 1754, Benoît XIV rappela-t-il 8 au patriarche Aouad
t. Appendice, n. xli.
2. Les autres évêques étaient Etienne El-Douaïhi, de Batroun; Jean Estéphan, de Beyrouth; Germain Saker.
3. Texte de la lettre dans de Martinis, t. m, p. 289-291 ; Anaïssi, Bullarium..., n. 138, p. 329-333.
4. Texte de la lettre dans de Martinis, t. ni, p. 289, n. 1, et p. 5-6 (avec la date erronée du 20 sept. 1740); également Anaïssi, Bullarium ..., n. 117, p. 249-251.
'). Lettre du 10 juill. 1746, dans de Martinis, t. m, p. 292, n. 1; Anaïssi, Bullarium..., n. 141, p. 336-337.
f>. Bref du 20 juill. 1746 adressé au P. de Casabasciana, dans de Martinis, I. m, p. 292-294; Anaïssi, Bullarium..., n. 140, p. 333-335.
7. Le meilleur exposé succinct sur l'affaire d'Hendiyé se trouve dans C. Karalevsky, Histoire des patriarcats melkites, t. n, Rome, 1910, p. 348-371.
8. lin se basant sur le concile du Mont-Liban {Appendice, n. xli) et sur le bref pontifical du 14 févr. 1742. — Texte de la lettre pontificale du 6 mars 1754 dans 'I' Martinis, t. m, p. 560-561; Anaïssi, Bullarium..., n. 145, p. 349-351.
conciles. — XI. — 19 —
l'obligation de résider à Qannoubin, celle des évêques de se trouver dans le diocèse qui leur avait été assigné, ainsi que l'ordre strict de distribuer gratuitement les saintes huiles. Il lui demandait de n'ordonner des évêques et des prêtres que dans la mesure où les nécessités de l'Église et les canons l'exigeraient, et de veiller à ce que les biens ecclésiastiques servent à entretenir le culte et à secourir les pauvres, et non à enrichir les parents de ceux qui en bénéficiaient.
C'est pour donner connaissance de cette lettre pontificale et pour promouvoir son application que le patriarche Simon Aouad réunit, sans doute à Qannoubin, onze évêques en concile du 28 au 30 novembre 1755 h II commença par leur parler de la lettre et de la nécessité de vivre en conformité avec les prescriptions du concile libanais de 1736. Quinze canons furent ensuite adoptés.