‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 330 sur 1172 · LÉGISLATION MELKITE DE SAINT-SAUVEUR ET DE QARQAFÉ · texte numérisé non relu

LÉGISLATION MELKITE DE SAINT-SAUVEUR ET DE QARQAFÉ

Ignace Jouahar qui, par ses intrigues pour accéder au patriarcat, avait retardé le développement pacifique et normal de l'Église melkite, une fois obtenue, après une longue attente, cette fonction tant désirée, se fit un honneur et un devoir de réunir enfin un concile chargé d'élaborer une législation ecclésiastique assez complète. Cependant un de ses évêques les plus capables, Germain Adam, plus sévère que le pape à l'égard de Jouahar, refusa d'y assister et laissa ainsi, assez malencontreusement, le champ ouvert aux fantaisies de son collègue Ignace Sarrouf, ce qui empêcha le concile de faire tout le bien qu'on attendait de lui.

Seize ans plus tard, sous le patriarche Agapios II, Germain Adam espère prendre sa revanche en se faisant l'animateur d'un nouveau grand concile. Mais, comme si une triste fatalité s'abattait sur l'Église melkite, pendant ces années d'intervalle Adam s'était rendu en Europe et était devenu l'adepte des théories erronées de Scipion Ricci. Celles-ci se retrouvent dans les décrets du nouveau concile, qui lui aussi sera donc vicié.

Malgré tout, les deux assemblées ici étudiées promulguent diverses sages règles canoniques. Celles-ci se complètent ou même se répètent; elles seront cependant suivies dans la pratique et mettront donc un peu d'uniformité dans la discipline melkite.

Le patriarche melkite Théodose V étant mort le 10 avril 1788, les évêques, assemblés au monastère chouérite de Saint- Antoine à Qarqafé, lui élurent comme successeur Ignace Jouahar, dit x\thanase IV, malgré l'opposition de Germain Adam et de Benoît Turkmany 1. Ceux-ci en appelèrent à Rome, tandis qu'Ignace Sarrouf, évêque de

1. Adam refusa de venir à l'assemblée électorale et Turkmany, évêque de Baalbek, se retira lorsqu'il vit que le choix allait tomber sur Jouahar (cf. P. Bacel, L'Église melkite au XVIIIe siècle : la lutte du patriarche Jauhar et du métropolite Germanos Adam, dans Échos d'Orient, t. xv, 1912, p. 309-321).

Beyrouth, se rendait dans la Ville Éternelle, pour obtenir la confirmation de l'élection h

Clément XIII était mort en 1769, et depuis lors le préfet 2 et le secrétaire 3 de la Propagande avaient changé; le souvenir du passé tumultueux de Jouahar n'était donc plus trop vivace, on passa l'éponge et Pie VI confirma l'élection 4. Au consistoire du 30 mars 1789, la nomination fut publiée et le pape imposa le pallium à Ignace Sarrouf, procureur de l'élu 5.

C'est à Athanase IV qu'échut l'honneur de réunir le concile plénier désiré par le Saint-Siège depuis un quart de siècle. Le 29 mai 1789, la Congr. de la Propagande lui adressa une instruction à cet effet 6. Elle imposait aux évoques un certain nombre de décisions à prendre; elle leur laissait la liberté de délibérer sur toutes autres questions, mais se réservait de sanctionner ou non les canons adoptés.

L'instruction comprend dix-neuf articles. Neuf d'entre eux 7 ne font que demander la confirmation de décisions déjà prises au concile de Saint- Isaïe de 1761, avec parfois quelques précisions complémentaires. Il faut toutefois noter, en ce qui concerne la délimitation des diocèses, que la Congr. de la Propagande tient compte de ce qu'elle

1. H était muni d'une lettre signée par les dix évêques électeurs de Jouahar, datée du 27 avr. 1788 (vieux style) et adressée à la Congr. de la Propagande (texte latin dans Mansi, t. xlvi, col. 601-602).

2. Le cardinal Castelli, préfet de la Propagande de 1763 à 1780, avait été remplacé par le cardinal Léonard Antonelli.

3. Mario Marefoschi, secrétaire de la Propagande depuis 1759, avait été remplacé en 1770.

4. Cf. Mansi, t. xlvi, col. 602-615. Le décret de confirmation de l'élection est, du 2 mars 1780 et fut approuvé par le pape le 14 mars.

5. Cf. Mansi, loc. cit., col. 615-618. — Les deux bulles de nomination et de concession du pallium datent du même jour que le consistoire et sont semblables à celles envoyées au prédécesseur de Jouahar avec les formules de profession de foi et de serment à prêter. Athanase IV montra immédiatement qu'il ne s'était pas beaucoup amendé; il répondit en envoyant une déclaration de fidélité de son cru (texte et commentaire dans Mansi, loc. cit., col. 654, n. 1), beaucoup moins nette que les formules imposées par Rome.

Page 1