III. — Conférence épiscopale à Saint-Sauveur en
Les sept évêques melkites se réunirent le mois suivant au couvent chouérite de Saint-Georges à Makkin, près de Beyrouth, pour donner un successeur à Agapios IL Ignace Sarrouf posa avec insistance sa candidature; il fit les plus belles promesses de gouverner selon les intérêts de tous. Bien qu'il les eût confirmées par écrit le 20 février 4, il ne parvint à réunir que trois partisans. Si lui-même et un concurrent éventuel s'étaient abstenus, il n'y aurait eu pratiquement que cinq électeurs; aussi, le 21 février, les évêques signèrent-ils un compromis selon lequel l'élection serait acquise à trois et non à quatre voix 5. Sarrouf fut dès lors élu et prit le nom d'Ignace IV 6. Vu les
1. Le concile invoque un précédent qui se produisit sous Benoît IX et un autre sous Clément XIV.
2. La fin de cette lettre aux cardinaux promettait l'envoi de tous les écrits de Germain Adam, comme l'avait demandé Mgr Quarantotti. Mais Agapios II mourut avant de l'avoir fait.
3. On les trouve insinués dans la IIIe partie des canons, i, 10, et explicitement indiqués dans l'instruct. IV, rép. 8. Le concile ne fait pas à ce sujet les distinctions juridiques nécessaires. D'ailleurs, les prêtres d'Alep avaient fait un premier recours auprès du délégué du Saint-Siège avant d'encourir la censtire patriarcale.
4. Cf. la lettre d'Ignace Qarout à la Congr. de la Propagande en 1849 (publiée en partie dans Mansi, t. xlvi, au bas des col. 933-934).
5. Cf. Mansi, t. xlvi, col. 933-934. — L'élection devait normalement se faire à Ja majorité absolue des voix.
6. Sur l'histoire de l'Église melkite depuis ce patriarche jusqu'à l'avènement de Maxime Mazloum au patriarcat, cf. C. Charon (Korolevskij), L'Église grecque, melchite catholique (suite), dans Échos d'Orient, t. vi, 1903, p. 16-24, 113-118, 198-307. La suite de ces articles, ainsi que d'autres articles du même auteur, dans la même revue, sur Maxime Mazloum, ont été repris et amplifiés dans l'ouvrage Histoire des patriarcats melkites, t. n, Rome, 1910.
circonstances, il fut confirmé par la Congr. de la Propagande, alors que la collation du pallium était remise à plus tard *. Il ne voulut pas établir sa résidence à Aïn-Traz, mais demeura au couvent de Saint-Siméon, au milieu de la congrégation qu'il avait fondée, toujours existante malgré la condamnation portée contre elle par le Saint-Siège.
Cependant, dans l'affaire de Maxime Mazloum, Ignace Sarrouf agit en parfaite conformité avec les directives romaines. Les adversaires de Mazloum ayant été ébranlés par l'argument selon lequel ils devaient d'abord se soumettre aux censures portées contre eux par Agapios II, Ignace IV leur adressa une lettre le 13 juin 1812 pour leur dire qu'ils n'y étaient nullement astreints. Le 6 mars précédent, Mgr Quarantotti, qui enquêtait également sur les théories de Germain Adam, avait fait paraître, au nom de la Propagande, une première instruction condamnant la thèse selon laquelle les paroles de l'épiclèse sont aussi nécessaires que celles de la consécration 2, thèse qui avait été adoptée pendant un certain temps par Maxime Mazloum également 3. Au moment où cette instruction parvint au Liban, les moines de Saint- Jean de Choueïr étaient occupés à imprimer un petit catéchisme composé jadis par Germain Adam. Le 1er novembre 1812, Ignace IV lançait un décret ordonnant de rassembler tous les écrits d'Adam, afin de les envoyer à Rome, et il faisait imprimer par les Chouérites l'instruction de la Propagande avec, à sa suite, ce décret, sa lettre du 13 juin et quelques autres documents 4. Mais il mourait le même mois, assassiné par une famille qui avait eu à se plaindre de lui.
Les six évêques melkites ne se réunirent qu'au mois d'août de l'année suivante, au monastère de Saint-Sauveur 5, pour élire un
1. Texte latin du décret dans Mansi, loc. cit., col. 933-934.
2. Cette thèse était développée dans les écrits de Germain Adam. Le concile de Qarqafé, tel qu'il est imprimé, ne contient aucune erreur sur cette question.
3. Cf. C. Charon (Korolevskij), Hist. des patriarcats melkites, t. n, p. 6-11.
4. Le tout forme un opuscule de 48 pages, dont voici la traduction du titre : Hescrit de la S. Congrégation de la Propagande par rapport à la forme de l'eucharistie, où il est dit que cette forme consiste dans les paroles divines, et déclaration des évêques grecs catholiques sur leur croyance à cette vérité de religion et réprobation faite par les patriarches, évêques, clergé séculier et régulier de tous les rites orientaux des opinions nouvelles et des nouveautés erronées. Imprimé par Vordre de la S. Congrégation de la Propagande, signifié par Louis Gandolfi, délégué apostolique, et par Vordre de Mgr Ignace, patriarche d'Antioche et de tout l'Orient.
5. Et non à Aïn-Traz, comme le dit C. Charon (Korolevskij), art. cit., p. 17, et op. cit., t. ii, p. 19 et t. m, p. 367.
Ignace Sarrouf n'avait pas été remplacé comme évêque de Beyrouth. Maxime Mazloum, ayant continué à s'occuper des affaires du diocèse d'Alep, avait été déclaré irrégulier par la Congr. de la Propagande le 23 avr. 1813 (texte
nouveau patriarche. Mais ils délibérèrent d'abord sur diverses questions en cours. Dans une lettre adressée le 10 août à tous les fidèles melkites \ ils protestèrent contre le ton de l'instruction de Mgr Quarantotti, contre le fait qu'elle ne leur avait pas été communiquée et qu'elle avait été imprimée au Liban, par ordre du patriarche, sans que les évêques fussent consultés 2. Mais ils proclamèrent leur adhésion à la doctrine catholique tenant que la transsubstantiation se fait uniquement par les paroles de la consécration, et leur fidélité au Saint-Siège. Ils ordonnèrent que tous les exemplaires du catéchisme de Germain Adam, ainsi que de ses autres œuvres, fussent gardés sous scellés tant que le Saint-Siège n'aurait pas rendu un jugement définitif sur ces ouvrages. De même ils soumettaient à ce jugement l'opuscule imprimé sur ordre d'Ignace IV ainsi que, une fois de plus, toutes les affaires d'Alep, auxquelles en attendant rien ne pouvait être changé 3. Maxime Mazloum pouvait craindre que celui qui serait élu patriarche montrât quelque indépendance à son égard, et il voulait donc faire prendre position à tous les évêques ensemble avant l'élection 4. Celle-ci eut lieu le 13 août. Athanase Matar, évêque de Sidon, fut élu; intronisé le lendemain sous le nom d' Athanase V, il confirma, le même jour, de son autorité patriarcale le « décret synodal » qu'il avait déjà signé comme simple évêque quatre jours auparavant 5.
Frère de feu Agapios II, il était comme lui un partisan de Mazloum. Celui-ci n'avait donc plus rien à craindre. Il en profita pour se venger d'un des missionnaires latins qui lui étaient les plus opposés à Alep. Le 16 août, le patriarche et les évêques se constituant en « tribunal synodal » prononcèrent l'interdiction de toutes fonctions ecclé-
du décret dans Mansi, t. xlvi, col. 933-936), mais il n'en vint pas moins à l'assemblée des évêques, y jouit des mêmes droits qu'eux et continua à signer comme évêque d'Alep.
1. Traduction italienne dans Mansi, I. xlvi, col. 935-938, d'après les archives de la Congr. de la Propagande.
2. Le patriarche doit consulter les évêques dans les affaires les plus importantes concernant tout le patriarcat (cf. concile de Qarqafé, III, n), mais il ne s'agissait, dans le cas présent, somme toute que de l'exécution d'un ordre du Saint- Siège.
3. Cf. le Ristretto de la réunion générale de la Propagande du 24 juill. 1815, sous le n. 23 (Mansi, t. xlvi, col. 945). — Selon C. Charon (Korolevskij), Hist. des patriarcats melkites, t. n, p. 19-20, les évêques auraient signé le même jour une apologie de Maxime Mazloum, que le patriarche aurait également ratifiée le jour de son intronisation et transmise à Rome.
4. Nous avons ici une ébauche de ces capitulations électorales, ou résolutions prises avant l'élection patriarcale par ceux qui vont y prendre part, comme il s'en conclura plus tard dans l'Église melkite catholique.