L'usure est interdite
Le décret conciliaire contenant ces canons fut signé par le patriarche, les trois évêques, le procureur de celui d'Alep 3, le secrétaire du concile; Mazloum fit ajouter également le nom de l'évêque Obéïd, absent, ce dont celui-ci lui tint rigueur.
Le quatrième jour, 16 décembre, à la session du matin, le concile prit connaissance d'une lettre de notables melkites du Caire, transmettant une pétition de près de deux cents Melkites qui demandaient la création d'un siège épiscopal en cette ville et le supérieur général des Chouérites, Flavien Kfouri, comme évêque, ainsi que d'une autre lettre des Melkites d'Alexandrie et de Damiette, protestant contre ce projet. Le concile discuta l'affaire et remit sa décision au lendemain 4.
L'après-midi, il examina une requête des prêtres et fidèles de diverses localités de l'ancien diocèse de Homs, se plaignant de ce que l'évêque de Baalbek ne s'occupait pas d'eux et refusant encore de le reconnaître. Il vit aussi divers témoignages récents et des lettres plus anciennes confirmant ces plaintes. Il ajourna également sa sentence à ce sujet au lendemain.
Le cinquième jour, 17 décembre, le matin, fut promulgué ui décret conciliaire 5 rejetant la pétition des fidèles du Caire parce que les Melkites d'Egypte relevaient depuis longtemps du patriarche, que Le Caire n'était pas un siège épiscopal et que l'élection du P. Kfouri s'était faite sans que le patriarche en fût informé. Par contre, le patriarche pourrait nommer un vicaire patriarcal au Caire, revêtu de la dignité épiscopale, mais qui n'agirait donc que comme son délégué tant au point de vue spirituel que temporel : le patriarche
3. Celui-ci déclara qu'en signant après l'évêque de Tyr il ne renonçait pas à la revendication de préséance du siège d'Alep sur celui de Tyr.
4. En 1789, le Saint-Siège avait déjà demandé que le futur concile melkite s'occupât de la création éventuelle d'un diocèse d'Egypte, mais le concile de 1790 ne semble pas avoir abordé la question.
5. Signé comme le précédent. Le nom d'Obéïd est également ajouté.
concile d'ain-traz EN 1835 387
continuerait à nommer lui-même les prêtres; les revenus ecclésiastiques allant à l'évêque dans un diocèse x seraient partagés à raison de 2/3 pour lui et 1/3 pour le vicaire patriarcal.
L'après-midi, un autre décret 2 fut adopté, statuant que le patriarche enverrait un délégué aux frais de l'évêque de Baalbek, pour enquêter sur place au sujet des faits reprochés à celui-ci et tâcher de réconcilier les habitants avec leur prélat 3.
A la troisième session de ce jour, fut examinée une supplique de l'évêque de Sidon se plaignant de ce qu'il ne touchait rien d'autre que la dîme et le revenu d'une offrande, et demandant d'être mis sur le même pied que les autres évêques diocésains. Le concile lui rendit justice par un décret 4 déclarant que, comme ceux-ci, il avait droit à deux parts dans le casuel des baptêmes, mariages, funérailles et bénédictions diverses, dans les quêtes, dons et autres revenus qui se partagent entre les prêtres de la ville épiscopale 5, ainsi que dans les intentions de messes célébrées pour les défunts après un décès, suivant testament ou à la demande des héritiers. Ceci valait à la fois pour sa double résidence de Sidon et de Deir-el-Kamar6; il y percevrait également le produit intégral de quelques autres offrandes solennelles.
Le 18 décembre au matin, le P. Flavien Kfouri, qui avait été convoqué, se présenta devant les évêques; le secrétaire du concile lui lut les lettres reçues d'Egypte et le décret conciliaire du jour précédent à leur sujet, puis le patriarche lui manifesta son désir de le nommer évêque vicaire en Egypte, mais le P. Kfouri refusa, et devant l'insistance du concile, il demanda le temps de réfléchir 7.
L'après-midi eut lieu la séance de clôture du concile.
Il semble bien que Mazloum aurait voulu profiter du concile pour élever le P. Basile Chahiat, supérieur d'Aïn-Traz, à l'évêché de Fourzol. Devant l'opposition des diocésains, le délégué aposto-
1 . Le décret indique comme tels non seulement les dîmes, mais aussi les droits sur les baptêmes, mariages, funérailles, quêtes et offrandes diverses.
2. Signé comme les autres décrets, mais cette fois, bien entendu, le nom d'Obéïd n'est pas ajouté puisqu'il était en cause.
3. Cette réconciliation ne s'avéra pas possible. En 1842, Obéïd renonça à sa juridiction sur ces régions de l'ancien diocèse de Homs, que Mazloum gouverna lui-même par l'intermédiaire de vicaires, notamment de Michel Ata, qu'il ordonna ensuite évêque de Homs, en mars 1849, sous le nom de Grégoire.
4. Signé comme les autres décrets, sauf par l'évêque de Sidon qui était en cause. Le nom d'Obéïd est ajouté.
5. L'évêque participait d'ailleurs souvent aux fonctions paroissiales des endroits où il résidait.
6. Le concile base ce privilège d'une double ville épiscopale sur le fait que l'évêque habitait aux deux endroits à ses frais propres.
7. Il confirma son refus, mais le retira néanmoins deux ans plus tard, et fut ordonné évêque le 17 sept. 1837, sous le nom de Basile.
lique écrivit de surseoir à l'ordination, qui n'eut lieu que plus tard 1.
Dès le 22 décembre, Mazloura envoya à Rome les actes du concile d'Aïn-Traz, mais en même temps il faisait imprimer à Saint- Jean de-Choueïr le décret conciliaire contenant les vingt-cinq canons disciplinaires.
Mazloum fut confirmé dans sa dignité patriarcale et reçut le pallium par procureur, au consistoire du 1er février 1836 2. En sa réunion générale du 23 mai 1837, la Congr. de la Propagande s'occupa du concile de 1835, dont elle avait fait traduire les actes. Mgr Raphaël Fornari avait été chargé du votum, que le cardinal Frezza résuma dans sa ponenza ou rapport présenté à la réunion 3 : Mazloum n'aurait pas dû tenir un concile avant d'être confirmé par Rome et d'avoir reçu le pallium 4; en toute hypothèse, il n'aurait pas dû en imprimer les canons sans l'approbation romaine des actes conciliaires; des réserves étaient faites sur la teneur de certains canons; il était proposé d'écrire une lettre au patriarche, louant son zèle mais lui soumettant ces diverses observations. La Congrégation adopta ce point de vue, mais décida que la lettre ne serait envoyée qu'à titre officieux 5. On ne voulait faire à Mazloum aucune peine même légère et l'envoi de la lettre fut d'ailleurs retardé jusqu'au 29 mai 1838
Entre temps en effet, une autre question importante avait retenu l'attention de la Propagande et mit Mazloum en excellente posture. Le 1er octobre 1837, celui-ci avait obtenu du sultan de Constantinople un diplôme le reconnaissant comme chef civil des Melkites catholiques 6; pour récompenser et augmenter le prestige du
1. Le 19 mai 1836 (cf. C. Charon [Korolevskij], Hist. des patriarcats melkites, t. h, p. 138).
2. Actes du consistoire dans Mansi, t. xlvi, col. 976-978. — Dans son discours très élogieux (reproduit également dans de Martinis, t. v, p. 150-151), Grégoire XVI fit état de la réprobation des doctrines de Germain Adam et du concile de Qarqafé par Mazloum (texte des bulles de confirmation et d'envoi du pallium dans Mansi, t. xlvi, col. 976-980).