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IV. — La vie monastique

Dans l'Eglise orientale, les moines suivaient les enseignements ascétiques de saint Basile et portaient parfois même le nom de Basiliens, mais chaque monastère avait une organisation et une existence autonomes. Ce n'est qu'après l'Union que naquit l'idée d'en grouper un certain nombre en congrégations. L'engagement définitif à la vie monastique se faisait après un temps de probation souvent fort variable; il comportait l'obligation du célibat et c'est ce qui différenciait essentiellement le moine du clerc séculier.

Chez les Ruthènes, le monastère de la Sainte-Trinité à Vilna fut un centre de propagande unioniste et de réformes disciplinaires qui

s'étendirent à d'autres maisons. Toutes acceptèrent, en 1617, un règlement commun s'inspirant en grande partie des constitutions des Jésuites et se mirent sous la dépendance d'un protoarchimandrite ayant une autorité très grande sur chacune d'elles. En 1631, un bref papal approuva officiellement la création de cette congrégation monastique, qui avait pris aussi le nom de la Sainte-Trinité. Elle ne groupait qu'un certain nombre de maisons; une seconde congrégation fut créée pour toutes les autres maisons en 1739 et fusionna avec la première en 1743-1744. Les évêques ruthènes furent choisis parmi les Basiliens, ainsi que le veut explicitement le concile de Zamosc; un grand nombre de monastères avait charge d'âmes sur les paroisses du lieu et des environs; beaucoup de moines exerçaient un ministère en dehors de leur couvent.

Les Maronites avaient de nombreux monastères, qui étaient la propriété ou vivaient sous le patronage d'une puissante famille : les évêques aimaient résider dans un couvent dépendant de leur parenté ou auquel ils avaient eux-mêmes appartenu comme moine. Vers la fin du xvnr9 siècle, le patriarche Etienne El-Douaïhi, qui avait étudié à Rome, réunit trois jeunes gens, dont Abdallah Carali, le futur évêque de Beyrouth, qui formèrent l'embryon d'un nouveau groupe monastique, placé sous le patronage de saint Antoine l'Ermite et auquel s'agrégèrent un certain nombre des monastères existants, formant ainsi la congrégation libanaise. Cependant l'évêque titulaire Gabriel de Blauzawi groupa autour du monastère de Saint - Isaïe quelques autres maisons, afin de créer la congrégation maronite du même nom, qui reçut une impulsion nouvelle du fait de son accession au patriarcat en 1704. Les constitutions définitives des moines libanais s'inspirent d'un prototype italien; à leur tour, celles de Saint- Isaïe copient de très près les statuts libanais. Ceux-ci furent approuvés par bref papal en 1732, celles-là en 1740. Entre ces deux dates, le concile maronite du Mont-Liban avait indiqué quelques règles de vie pour tous les moines. En 1768, une congrégation dite alépine se sépara de la congrégation libanaise, mais garda les mêmes constitutions. Des monastères indépendants, affiliés à aucune des trois congrégations, continuèrent à susbister.

Tous les monastères, indépendants ou non, sont soumis à l'autorité de l'évêque; c'est lui qui accorde aux moines les pouvoirs de confesser, même à l'intérieur des maisons. La messe et l'office doivent être célébrés quotidiennement; les moines ne mangent jamais de viande; un certain nombre d'entre eux seulement sont prêtres; le noviciat dure un an; les abbés généraux des trois congrégations ont le droit de porter la mitre, la crosse, la croix pectorale et l'anneau. Dans certaines maisons, spécialement dans les plus petites, la cuisine

et les soins du ménage sont assurés par des religieuses; d'autre part, dans les couvents de moniales, les moines assurant le service religieux ou la gestion des biens conventuels habitent dans l'enceinte même de la communauté. Le Saint-Siège s'élève aussi bien contre l'une que contre l'autre pratique. A la suite du concile de 1736, l'ablégat Assemani tâche de les faire cesser, mais sans succès ; le concile de 1818 assigne des maisons distinctes aux moines indépendants, aux moniales, aux dévotes menant la vie commune, mais ce n'est qu'en 1826 que le coup de grâce est porté aux monastères doubles. Le concile de 1818 prévoit que les moniales suivront la règle rédigée par Abdallah Carali et qu'un règlement sera composé pour les dévotes; celles-ci acceptent elles-mêmes plus tard la règle de Carali, tandis que les couvents de moniales s'affilient à la congrégation libanaise ou à celle de Saint- Isaïe, ou disparaissent.

En 1708, l'administrateur apostolique des Melkites revenus à l'Unité fonda la communauté de Saint-Sauveur qui, dans son idée, devait être le centre de formation du clergé melkite catholique. Quoique les patriarches melkites vinssent s'établir dans une maison voisine de cette fondation, bien vite celle-ci se considéra plutôt comme un groupement de religieux vivant selon les enseignements de saint Basile. D'autre part, des moines venus d'un monastère orthodoxe avaient fondé plus au nord du Liban, à Choueïr, une communauté catholique. Salvatoriens et Chouérites essaimèrent chacun de leur côté; un essai de fusion en 1736 n'aboutit pas. Vers 1750, les Chouérites adoptent les constitutions de la congrégation libanaise maronite qui, à peine modifiées, sont approuvées pour eux en 1757; les Basiliens alépins qui se détachent des Chouérites en 1829 continuent cependant la même observance.

Chacune des trois congrégations a son supérieur général et des monastères féminins agrégés; les constitutions des moniales chouérites, approuvées en 1764, passent également aux moniales alépines. Souvent les évêques sont pris dans l'une ou l'autre des congrégations d'hommes ; les moines également acceptent de plus en plus des fonctions à l'extérieur; certains s'adonnent à la médecine: les conciles de 1790, 1806, 1831, 1835, 1849 doivent limiter leur activité en ce domaine. Les moines dépendent des évêques diocésains et doivent leur demander tous pouvoirs de juridiction. En 1843, le délégué apostolique, Mgr Villardel, après visite canonique au nom du Saint-Siège, impose différents articles de réforme aux trois congrégations; les décisions du concile de 1849 s'inspirent de plusieurs d'entre eux.

Des monastères basiliens existaient en Hongrie; un autre fut fondé a Blaj en 1741. Les moniales arméniennes de Pologne obtiennent du Suint -Siège, en 1690, de suivre, moyennant certaines adaptations, la

Règle de saint Benoît et les constitutions des Bénédictines polonaises. Il faut enfin signaler l'existence d'une communauté de Visitandines maronites, fondée par les Jésuites.

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