III. — Le clergé diocésain
Dès avant l'Union, dans plusieurs chrétientés d' Europe orientale, le clergé d'un même diocèse s'assemblait à peu près tous les ans sous la présidence de l'évêque. Dans les circonscriptions trop cl enclins, ou bien cette réunion a lieu en plusieurs fois en des endroits différents c'est ainsi que dans le diocèse de Polotsk, au temps de saint Josaphat, et chez les Ruthènes de Hongrie, en 1690, nous Voyons plusieurs synodes la même année, tandis que le concile de Zamosc de 1720 se contente d'une réunion tous les trois ans — - ou bien seuls les protoprêtres viennent à l'assemblée — ainsi qu'on le voit chez les Roumains, où parfois quelques prêtres du district ;<('< ompagnent le protoprêtre, et plus tard aussi chez les Ruthènes,
où les vice-doyens se joignent aux doyens. D'ailleurs, Je fait que les évêques s'entourent d'un conseil ou même d'un chapitre diminue l'importance et la fréquence du synode diocésain. Celui-ci n'était pas inconnu des Malabares; le concile maronite de 1736, les conciles melkites de 1790 et 1849 prévoient que les évêques réuniront chaque année une assemblée de leur clergé, mais ces prescriptions restent lettre morte. Le synode diocésain établit des règles de conduite pour le clergé et les fidèles; elle ne doivent, ni en Occident ni en Orient, être soumises à l'approbation romaine; le Saint-Siège condamne exceptionnellement de sa propre initiative une décision qui lui paraît nocive.
Le synode diocésain exerce parfois une certaine activité judiciaire. Chez les Roumains, les protoprêtres jugent eux-mêmes, entourés du clergé du district, les délits mineurs des clercs, tandis que le synode diocésain statue en appel; ce dernier connaît en première instance de toutes les accusations émanant de laïques ou des causes concernant des protoprêtres ou des officiers de la curie diocésaine. Mais lorsqu'il ne se réunit pas, l'évêque juge, entouré d'un certain nombre d'assesseurs.
Chez les Roumains, la dignité de vicaire général apparaît avec l'érection canonique du diocèse de Fagaras; chez les Ruthènes et les Arméniens de Pologne, le même nom sera peu à peu attribué à l' officiai, qui est le délégué de l'évêque dans les affaires criminelles et contentieuses et est responsable de la discipline du clergé; dans le diocèse de Przemysl, nous voyons des instigateurs ou promoteurs nommés dans chaque doyenné pour lui dénoncer les délinquants. Chez les Roumains et Ruthènes, les protoprêtres ou doyens et les vice-protoprêtres ont également un rôle de surveillance et de visite des clercs et églises de leur district. La dignité de chorévêque chei les Maronites et les Melkites, et celle de périodeute ou archiprêtrc chez les premiers, sont avant tout honorifiques.
Évêques et moines portaient toujours une robe descendant jusqu'aux pieds, mais cette règle était moins observée par le clergé séculier subalterne. Elle est rappelée par de nombreux conciles: le synode de Diamper indique comme couleur le noir, le bleu ou h blanc; le concile de Zamosc le noir; le concile du Mont-Liban le noii ou le violet foncé. L'habitude ecclésiastique orientale était de gardei les cheveux longs; le synode malabare de 1599 la supprime; le* Ruthènes l'abandonnent peu à peu et la remplacent par l'usage dt la tonsure; celle-ci est également imposée par le concile roumain de 1700; chez les Maronites, la taille des cheveux en couronne n'est permise qu'à partir de la prêtrise par le concile du Mont-Liban. Ruthènes de Hongrie, Roumains de Transylvanie, Melkites portent
le bonnet cylindrique; chez ces derniers, le concile de 1849 impose aux prêtres mariés d'y ajouter un ruban de couleur bleue.
Chez les Ruthènes, divers essais de séminaires locaux ne sont pas très fructueux. Le collège pontifical de Lwow, fondé pour les Arméniens, est ouvert également aux Ruthènes en 1709. Après le premier partage de la Pologne, Joseph 1 1 supprime ce collège et crée un séminaire général dans la même ville; ce n'est qu'une vingtaine d'années plus tard que l'internat des séminaristes orientaux devient à nouveau une organisation autonome et passe sous l'autorité de la hiérarchie.
Chez les Roumains, un séminaire et une école secondaire furent ouverts à Blaj en 1754; un séminaire est fondé dans le nouveau diocèse d'Oradea en 1792, mais à partir de 1806 les théologiens suivent les cours de l'académie de rite latin. Chez les Maronites, un séminaire est établi à Aïn-Warka en 1789; en 1818, le couvent de Roumijah lui fut adjoint comme collège préparatoire. L'ouverture d'un séminaire melkite à Aïn-Traz fut décidée en 1811; le Saint- Siège fait fermer la maison en 1815, autorise la reprise des cours en 1831, mais dix ans plus tard les bâtiments sont incendiés par les Druses. Grégoire XIII avait créé en 1576 un collège grec où eurent accès les Ruthènes et les Russes, et à partir du milieu du xvir9 siècle les Melkites; il avait fondé en 1580 un collège pour les Maronites qui fut fermé en 1829.
L'éducation reçue dans ces séminaires et collèges accrédite beaucoup l'idée du célibat, lequel n'est cependant pas obligatoire; le règlement du séminaire d' Aïn-Traz prévoit très nettement le choix entre le mariage et le célibat après la fin des études. Le synode de Diamper impose aux prêtres malabares de se séparer de leur femme s'ils veulent continuer à exercer leur ordre; celui de Lwow interdit de confier aux prêtres arméniens mariés une charge d'âmes, ils ne peuvent accepter qu'un bénéfice simple. Partout ailleurs dans les villages — le concile melkite de 1806 et le synode roumain de 1821 décrivent très exactement la situation — presque toujours on établit des prêtres mariés. Ceux-ci sont en général choisis par les fidèles eux-mêmes, souvent parmi les parents du prédécesseur, puis envoyés pour quelques semaines de formation à la ville épiscopale. Fréquemment, il n'y a pas de presbytère ou bien, chez les Roumains, celui-ci doit être racheté de curé à curé. Le clergé célibataire demeure plutôt dans l'entourage des évêques et assume des tâches d'administration, d'enseignement ou de prédication.
Il est admis que le prêtre, principalement s'il a charge de famille, exerce un métier décent; le commerce et les autres occupations moins conformes à son état lui demeurent interdits. Les conciles maronites de 1596 et 1644 défendent au clergé de récolter les impôts
pour le compte de l'autorité civile; le concile maronite de 1736 et le concile melkite de 1806 ne lui permettent pas d'être tuteur ou de défendre les intérêts de tiers devant le tribunal civil. Cependant les clercs peuvent éventuellement porter leurs plaintes personnelles et celles de leur église contre des laïques devant le tribunal civil, mais eux-mêmes ne sont justiciables que des tribunaux ecclésiastiques. Les biens d'Église doivent être exempts d'impôts. Les évêques insistent à plusieurs reprises sur l'obtention ou l'observation de ce statut privilégié de la part de l'État; les Ruthènes de Pologne le réclament et l'obtiennent en 1596, ceux de Hongrie en 1692, les Roumains de Transylvanie en 1699, 1701, 1743; des difficultés pratiques d'application ou des violations des privilèges se produisent souvent. L'autonomie du Liban assure au clergé une situation prépondérante; la reconnaissance du patriarche melkite comme chef civil de ses fidèles en 1837 lui permet de sauvegarder en partie ces avantages, au moment précis où l'autonomie libanaise va disparaître et où les Melkites deviennent de plus en plus nombreux dans les pays voisins.
Chez les Malabares, le synode de 1599 introduit une division en paroisses ayant à leur tête un prêtre responsable ; en Europe orientale, un système analogue se développe; dans le Levant, chaque église locale est desservie par un ou plusieurs prêtres qui ont tous la même charge d'âmes, les familles pouvant recourir librement à l'un on l'autre d'entre eux. — L'office est chanté en partie dans les églises par le clergé local, au moins les dimanches et jours de fêtes; l'assemblée du clergé roumain de 1728 recommande que le chant de l'office ait lieu immédiatement avant la messe, de façon à favoriser l'assistance des fidèles à la double cérémonie. Les livres contenant l'office, manuscrits ou imprimés, étaient difficiles à se procurer; cela explique l'impossibilité pratique d'imposer la récitation individuelle et privée. Le concile maronite de 1736 promulgue cependant cette obligation à partir du diaconat, et elle est rendue plus aisée du fait qu'une édition du bréviaire férial avait paru à Rome. Le synode malabare de 1599 impose de dire l'office à partir du sous-diaconat, mais permet de le remplacer par un certain nombre de Pater, Ave et Gloria Patri; le synode arménien de 1689 se contente pour la récitation privée d'une heure de l'office seulement.
En dehors de ses fonctions liturgiques proprement dites, le prêtre de paroisse a pour devoir d'enseigner au moins une fois par semaine — - généralement le dimanche — le catéchisme aux enfants et de rappeler les éléments de la doctrine chrétienne aux adultes. En 1580, le jésuite Bruno rédige un catéchisme pour les Maronites, qui est traduit en arabe; plus tard, celui de Bellarmin l'est également et
sert aux Maronites comme aux Melkites; mais pour ces derniers Germain Adam fait paraître à Choueïr, en 1812, un catéchisme qui n'a que quelques années de succès, vu les doctrines dangereuses de son auteur, et est remplacé par un autre, plus court, publié à Choueïr également, en 1828, par Ignace Ajjouri, évêque de Fourzol. Alexis de Menezes rédige un catéchisme pour les Malabares en 1599, qui est aussitôt traduit en malayalam; saint Josaphat en compose un pour les Ruthènes; le jésuite François Szunyogh fait de même pour les Roumains à la fin du xvir9 siècle.
Le concile maronite de 1736 veut qu'il y ait un établissement d'instruction dans les bourgs les plus importants, sous la surveillance du clergé; pratiquement, on voit surgir de petites écoles locales; chez les Melkites, le concile tenu en 1790 en prône sans succès la création et celui de 1835 se borne à engager les prêtres à enseigner la langue maternelle aux enfants. Chez les Roumains, et chez les Ruthènes aussi à partir du xixe siècle, un instituteur ou le sacristain enseignent, sous la surveillance du curé, au moins pendant la mauvaise saison. La prédication dominicale des adultes est souvent négligée en Orient. Le synode malabare de 1599, saint Josaphat, le concile maronite de 1736 en imposent l'obligation, mais les prêtres ne possèdent généralement pas la formation nécessaire pour l'accomplir.
Une autre occupation du clergé local était la visite des familles, traditionnelle en Orient et prenant généralement beaucoup de temps; le concile melkite de 1849 limite le temps de chaque visite à une heure, veut que chaque famille soit visitée avec la même fréquence et trace diverses règles de prudence. Les évêques interdisent à leur clergé l'accès des tavernes ou bien le mettent, d'une façon générale, en garde contre l'ébriété. Le synode roumain de 1 700 défend aux prêtres tout usage du tabac.