X. — Jeûnes et fêtes
En Orient, la pratique religieuse des fidèles se traduit surtout par l'observance des jeûnes et des fêtes.
L'ancienne discipline prévoyait quatre temps de pénitence par an: le Grand Carême qui commence dès le lundi, et non dès le mercredi, de la même semaine qu'en Occident; le carême des Saints Apôtres, précédant le 29 juin, commençant généralement le lendemain du ier dimanche après la Pentecôte et donc de longueur variable ; le carême de l'Assomption, à partir du 1er août; celui de Noël, dès le 15 novembre; ces trois dernières périodes comportent toutefois des observances moins strictes que la première.
Le concile ruthène de Zamosc maintient cette sévérité primitive; il permet toutefois de dispenser les ouvriers agricoles du jeûne des Apôtres. D'autres Églises unies veulent au contraire sanctionner par leur législation des mitigations qui s'étaient introduites dans la pratique; à diverses reprises le Saint-Siège s'y oppose, disant que, puisque les Orientaux revendiquent sans cesse l'observance de leur rite, ils doivent y être fidèles même en matière défavorable. C'est notamment l'argument du jésuite Dandini aux Maronites en 1596; néanmoins le concile de Moussa en 1598 ne fait commencer le carême des Apôtres qu'à date fixe, au 15 juin, et celui de Noël au 5 décembre. Paul V proteste une fois de plus en 1610; cependant le concile d'Harache en 1644 reprend les décisions de 1598 et il ne restera à celui du Mont-Liban qu'à faire de même : il ne parle que d'abstinence ; le patriarche peut dispenser jusqu'aux 23 juin, 5 août et 12 décembre inclusivement. Le patriarche melkite Cyrille VI autorise en 1731 les laïques à manger de la viande, en dehors des mercredis et vendredis, pendant les trois petits carêmes, sauf aux vigiles, et le concile de Saint-Sauveur de 1736 approuve sa décision. Benoît XIV casse celle-ci en 1743, mais accorde des pouvoirs de dispense au patriarche et les étend en 1746 aux évêques melkites. L'emploi de ces facultés ne peut être qu'exceptionnel, néanmoins les prélats en usent chaque
année pour ne faire commencer le carême des Apôtres que le 17 juin et celui de Noël que le 10 décembre; les conciles de 1790, 1806 et 1849 considèrent ces dispenses annuelles comme ne pouvant plus être supprimées.
Le synode malabare de 1599, par assimilation avec les usages latins, ne maintient comme obligatoires que les temps de jeûne du Carême et de l'Avent; de même, selon le synode arménien de Lwow de 1689, le jeûne n'est de rigueur qu'une semaine avant Noël et pendant le Grand Carême.
Sans parler de ces temps de pénitence, l'abstinence de viande était imposée en Orient tous les mercredis et vendredis de l'année, sauf en certaines époques de fête. Le synode de Diamper de 1599 remplace, conformément à la pratique romaine, par l'abstinence du samedi celle du mercredi, qui devient facultative.
Le concile maronite de 1644 déclare que l'abstinence n'oblige pas de Noël à l'Epiphanie, de Pâques à l'Ascension et à certains jours fériés; le concile de 1736 y ajoute encore le temps entre l'Ascension et la Pentecôte, la semaine précédant le Grand Carême, et tous les jours de précepte. Dans les Églises byzantines aucune obligation d'abstinence n'existait de Noël à l'Epiphanie, pendant les octaves de Pâques et de Pentecôte et pendant la deuxième semaine précédant le Carême; par contre, durant la première semaine avant celui-ci, la viande était interdite. Mais comme les Melkites vivent au milieu des Maronites, ils ont tendance à observer les pratiques plus mitigées de ces derniers. Aussi le concile de Qarqafé permet-il de dispenser de l'abstinence de viande pendant la semaine précédant le Grand Carême, sauf le mercredi et le vendredi, mais non les mercredis et vendredis entre le ier dimanche après Pâques et l'Ascension, tandis que le concile de Jérusalem fait encore cette nouvelle concession. Selon le synode arménien de Lwow de 1689, l'abstinence n'oblige pas pendant la semaine de Noël, le jour de l'Epiphanie, de Pâques à l'Ascension.
En Orient, les jours de précepte ont toujours été particulièrement nombreux. Le synode de Diamper de 1599 introduit des fêtes du calendrier romain et en supprime qui étaient propres à l'Église malabare. Le concile maronite de 1644 énumère quatre fêtes mobiles en dehors du dimanche, vingt-cinq fêtes fixes, plus des célébrations locales; le concile de 1736 réduit le nombre des fêtes fixes à seize. Le Décret aux Arméniens du concile de Florence fixe la date de six fêtes d'obligation; le synode de Lwow de 1689 y ajoute seize autres jours et enlève leur caractère obligatoire à un grand nombre de fêtes. Selon le concile ruthène de Zamosc, il y a vingt-sept jours de précepte fixes, six qui sont mobiles et des fêtes régionales. Les Melkites