PROGRÈS LÉGISLATIFS DANS L'ÉGLISE SYRIENNE
L'ancienne Église monophysite syrienne, dite aussi jacobite, du nom de Jacques Baradaï, organisateur de sa hiérarchie vers 543, connut au cours des siècles divers essais de rapprochement avec Rome 1. Les catholiques furent même assez puissants pour imposer un patriarche de leur opinion de 1662 à 1701. Le fait se renouvela en 1782 avec Michel Garweh, jusqu'alors évêque d'Alep sous le nom de Denis 2. Mais les schismatiques lui opposèrent un autre patriarche, et Garweh dut quitter la résidence patriarcale de Deir-el-Zaafaran, monastère près de Mardin, pour s'enfuir au Liban, où il fonda la communauté de Notre-Dame-de-la-Délivrance à Charfeh-Daroun 3, qui dans son idée devait mener une certaine observance régulière et former le nouveau clergé syrien, et à laquelle il laissa une grande partie de ses biens. C'est là que la succession patriarcale catholique se continua, malgré les patriarches monophysites.
Dans le second quart du xixe siècle, sous le patriarche Ignace Pierre Garweh 4, plusieurs évêques jacobites revinrent à l'Unité : Jules Antoine Samhiri 5, qui reçut le siège de Mardin; Grégoire
1. Cf. J. Ziadé, art. Syrienne (Eglise), dans Dict. de théol. cath., t. xiv, col 3017-3088.
2. Selon l'habitude des patriarches syriens, il fit précéder du nom d'Ignace son nom de Michel. Il fut confirmé dans sa dignité et obtint le pallium, par procureur, au consistoire du 15 déc. 1783 (actes du consistoire, bulles de confii mation et d'octroi du pallium dans de Martinis, t. iv, col. 270-273, et t. vu,
3. Un décret de la Congr. de la Propagande du 19 sept. 1791 admit le transfert de la résidence patriarcale au Liban. Pie VI confirma la fondation par bref du 22 mai 1797; Pie VII fit de même le 1er avr. 1806. La discipline régulière fut abandonnée en 1841.
4. Il s'était fait élire patriarche en 1820, alors que la Congr. de la Propagande désignait un vicaire pour gérer le siège vacant; aussi ne fut-il confirmé par le Saint-Siège qu'au consistoire du 28 févr. 1828 (actes du consistoire et bulle de confirmation dans de Martinis, t. iv, col. 691-693).
5. Né à Mossoul en 1801, de parents jacobites, prêtre en 1822, évêque de Diarbékir en 1826, converti en 1827 (cf. Mamarbaschi, Les Syriens catholiques et leur patriarche, Mgr Samhiri, Paris, 1853).
Issa Mahfouz1, qui eut celui de Mossoul; Grégoire Jacques Héliani, de Damas; Grégoire Mathieu Naqqar, de Homs 2; Grégoire Zeitoun Jelma, de Médiath.
En 1828, Pierre Garweh avait déjà demandé à la Congr. de la Propagande de pouvoir transformer le monastère de Charfeh en séminaire et avait essuyé un refus; néanmoins, en 1841, il réalisa le changement, supprima la profession monastique proprement dite dans l'établissement et la remplaça par une simple acceptation du célibat, un vœu d'obéissance et quelques obligations testamentaires pour les anciens élèves, vis-à-vis de la hiérarchie et du séminaire. Il ordonna, comme évêque de Beyrouth 3, Hayek, mais il lui confia la présidence du nouveau séminaire de Charfeh.
En 1836, le patriarche avait adopté le calendrier grégorien; en 1843, le missel syrien fut imprimé à Rome. La même année, l'évêque Héliani vint dans la Ville Éternelle et demanda à la Congr. de la Propagande une réduction du nombre des fêtes, des jeûnes et des abstinences prévu par le rite syrien. Pierre Garweh adhéra, en mai 1845, à la convention conclue l'année précédente entre les patriarches chaldéen et arménien, de façon à faire également représenter son Église à Constantinople par l'intermédiaire de ce dernier. Garweh mourut le 17 novembre 1851.
En 1852, la Congr. de la Propagande nomma Samhiri administrateur du siège patriarcal et décida que celui-ci serait transféré à Mardin dès la nouvelle élection. En 1853, elle demanda qu'un concile se tînt immédiatement après celle-ci et que des décisions y soient prises quant à l'organisation du séminaire 4.
L'élection du nouveau patriarche eut lieu au monastère de Charfeh, le 30 novembre 1853, sous la présidence du délégué apostolique de Mésopotamie, Benoît Planchet 6. Samhiri, Héliani, Naqqar, Hayek