‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 682 sur 1172 · CHEZ LES MARONITES ET LES RUTHÈNES · texte numérisé non relu

CHEZ LES MARONITES ET LES RUTHÈNES

Chez les Maronites et les Ruthènes unis à Rome, des conciles eurent lieu dès le xvie siècle. Dans la première moitié du xvne siècle, le concile ruthène de Zamosc et le concile maronite du Mont-Liban furent approuvés par bref spécial du pape; le Saint-Siège insista à plusieurs reprises pour qu'ils fussent observés. L'un était cependant trop concis et l'autre trop étendu : défauts auxquels l'épiscopat du rite s'efforcera de porter remède dans la deuxième moitié du xixe siècle.

Le milieu du xixe siècle fut une époque troublée pour les Maronites. En 1841, la dynastie des Chihab avait cessé d'administrer le Liban; le pays fut arbitrairement coupé en deux tronçons séparés par la route Beyrouth-Damas : celui du Nord fut considéré comme chrétien et mis sous un gouverneur maronite; celui du Sud fut déclaré druse et attribué à un gouverneur de ce peuple. Des troubles étaient inévitables : en 1845 les Druses massacrèrent un grand nombre de chrétiens. La Porte, désireuse de dégager sa responsabilité, envoya au Liban son ministre des Affaires étrangères, Chakib-efîendi : celui-ci pensa remédier aux difficultés en adjoignant à chaque gouverneur des conseillers appartenant aux différentes confessions l; il les désigna lui-même de façon assez arbitraire. Dès lors l'apaisement ne fut qu'apparent.

Lors des troubles de 1845, le patriarche maronite Joseph Hobaïch était mort le 23 mai, frappé de paralysie. Les évêques ne purent se réunir qu'au mois d'août pour lui donner un successeur, en la personne de Joseph El-Khazen 2. Le Saint-Siège s'efforça d'obtenir du

1. Cf. Testa, Recueil des traités de la Porte ottomane avec les puissances étrangères, t. m, Paris, 1866, p. 200-202.

2. Jusqu'alors évêque de Damas (cf. les documents concernant son élévation au patriarcat dans T. Anaïssi, Bullarium Maronitarum, Rome, 1911, n. 201-203, p. 509-523).

nouveau patriarche la réunion d'un concile : il n'y en avait plus eu depuis 1818 et l'opportunité d'une telle assemblée, après les guerres et les massacres, était indiscutable. La Congr. de la Propagande, dans une lettre du 18 juin 1854 1, insista pour qu'un concile ait lieu aussi rapidement que possible et désigna le délégué apostolique de Syrie, Paul Brunoni, pour le présider. Mais Joseph El-Khazen mourut le 3 novembre de la même année.

Paul Masad, évêque titulaire de Tarse et vicaire patriarcal, fut élu patriarche par acclamation le 12 novembre. Il se rendit luimême à Rome et fut confirmé dans sa dignité au consistoire du 23 mars 1855 2. Dans la bulle du même jour, le pape lui rappelle l'obligation de réunir le concile maronite. Par lettre du 1er mars 1856, Masad convoqua les évêques et les trois abbés généraux des antonins maronites, à la résidence patriarcale de Békorki, pour le début d'avril. Il désigna comme officiers du concile uniquement des membres du clergé de son rite, la plupart anciens élèves du Collège de la Propagande. Brunoni avait proposé d'inviter également quelques missionnaires latins, mais, devant les objections du patriarche, il n'insista pas et laissa dès lors à celui-ci le soin de préparer les décrets synodaux, tout en lui signalant quelques points de discipline à réformer 3.

Au moment de l'ouverture du concile, un texte arabe et un texte italien des décisions à adopter se trouvèrent tout rédigés, grâce au patriarche et aux anciens élèves romains. Masad écartait ainsi dès l'abord un premier écueil rencontré en 1736 : la divergence entre un texte original et sa traduction. Mais il voulait surtout remédier à un second obstacle. Les décisions proposées sont brèves, sans digressions inutiles; elles suivent très précisément le concile du Mont- Liban, qu'elles résument et adaptent : l'intention du patriarche était évidemment de mettre fin aux difficultés nées de celui-ci, en lui adjoignant une sorte de code qui serait accepté partout, alors que les textes de 1736 étaient beaucoup trop longs.

1. Cette lettre figure au début du dossier se trouvant aux archives de la Congr. de la Propagande, Miscellanea Maroniti, Sinodo Maronita 1856.

2. Cf. T. Anaïssi, Collectio documentorum Maronitarum, Livourne, 1921» n. 118, p. 181.

3. Nous publions en appendice (sous le n. m) la traduction italienne des actes conciliaires, d'après le dossier romain que nous avons signalé. Un Sommario, qui figure également dans celui-ci, contient, sous le n. 2, un intéressant rapport de Brunoni sur le concile, adressé à la Congr. de la Propagande le 19 avr. 1856. — C'est par erreur que P. Dib, dans l'art. Maronite (Église), du Dict. de thèol. cath., t. x, Paris, 1927, col. 106, dit que « les recteurs des missions latines et quelques notables de la nation » furent invités au concile ; le rapport du délégué apostolique dit explicitement le contraire.

Le concile se tint les 11, 12 et 13 avril; il y eut chaque jour une session le matin et une l'après-midi. Y assistèrent, outre le patriarche et le délégué apostolique : les trois abbés généraux; les évêques résidentiels : Paul Moïse Kassab, de Tripoli; Etienne El-Khazenj de Damas; Tobie Aun, de Beyrouth; Joseph Giagia, de Chypre; Joseph Matar, d'Alep; et les évêques titulaires : Philippe Hobaïch, d'Apamée; Nicolas Murad, de Laodicée1; Joseph Rizq, de Cyr. Les évêques Antoine El-Khazen, de Baalbek, et Abdallah Boustani, de Tyr, étaient représentés par des procureurs.

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